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Commémoration au Morne ce jour

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Une fois libérés après la période d’apprentissage, les esclaves et les travailleurs engagés n’avaient que leur force de travail pour survivre.

En ce 1er février, comme de coutume, il sera encore question de recueillement dans le pays à l’occasion du 176e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. De nombreuses cérémonies sont prévues avec, en point d’orgue, celle qui se déroulera au Morne. Organisée par le ministère des Arts et de la culture, en collaboration avec le Centre Nelson Mandela, cette commémoration commencera à 15 heures à l’International Slave Route Monument.

De nombreuses personnalités politiques sont attendues : sir Anerood Jugnauth, Navin Ramgoolam, Rashid Beebeejaun, Xavier-Luc Duval, Mookhesswur Choonee, Paul Bérenger, Hervé Aimée et Maya Hanoomanjee.

D’autres responsables impliqués dans l’organisation seront également présents, dont Olga Ivanova (doyenne du corps diplomatique), les présidents du conseil de Rivière-Noire, du Morne Heritage Trust Fund, du conseil d’administration de Nelson Mandela Centre for African Culture et de l’Association socio-culturelle rastafari).

Le programme comprendra le dévoilement de deux sculptures, la présentation d’ordinateurs aux meilleurs élèves aux examens du CPE, une fête culturelle préparée par le Père Sullivan et une chorégraphie par SR Dance Group.



Le Morne, symbole de la souffrance des esclaves et de leur lutte pour la liberté…


L’ignorance ou l’occultation d’événements historiques majeurs constitue un obstacle à la compréhension mutuelle, à la réconciliation et à la coopération entre les peuples. A cet effet, l’UNESCO a décidé de briser le silence sur la traite négrière et l’esclavage qui ont impliqué tous les continents et provoqué des bouleversements considérables qui modèlent en conséquence les sociétés modernes.

L’île Maurice célèbre, ce mardi 1er février, le 176e anniversaire de l’abolition de l’esclavage au Morne, lieu où les célébrations officielles se tiennent depuis que le site a été classé patrimoine mondial par l’UNESCO en 2008.

La montagne du Morne est située à l’ouest de l’île Maurice, elle a été utilisée comme refuge par les esclaves en fuite, les marrons, au cours du XVIIIe siècle et les premières années du XIXe.

Protégés par les versants abrupts de la montagne, quasi inaccessibles et couverts de forêts, les esclaves qui se sont enfuis, ont formé de petits peuplements dans des grottes et au sommet du Morne. La tradition orale autour des marrons a fait de cette montagne le symbole de la souffrance des esclaves, de leur lutte pour la liberté et de leur sacrifice.

Malgré cette longue période, les Mauriciens descendants d’esclaves sont toujours à la recherche de leur identité et de leur place au sein de cette société mauricienne plurielle. L’esclavage a conduit à une négation identitaire et culturelle. Le processus d’acculturation a abouti à la perte de l’identité africaine, de l’esprit africain pour devenir une création à l’image du maître. Cette période atroce de l’histoire mauricienne, il faut l’assumer sans pour autant l’oublier car il est légitime de savoir d’où nous venons et ce que nous sommes.

D’où l’importance de la mise sur pied récemment de la Commission Justice et Vérité, par le gouvernement mauricien, pour faire la lumière sur l’esclavagisme et l’engagisme à Maurice. Cette démarche devra permettre de dépassionner cette période sombre de notre histoire, de démystifier les idées reçues et de surmonter les préjugés vis-à-vis des Mauriciens descendants d’esclaves. La commission a pour rôle aussi d’élaborer des mesures appropriées afin d’améliorer le sort des descendants d’esclaves et des travailleurs engagés. Elle recueille ainsi des doléances, autres que celles de nature frivole et vexatoire, venant de personnes s’estimant victimes d’expropriation et de prescription de terrains intervenues durant cette période de la colonisation.

Les propriétaires d’esclaves ont été dédommagés financièrement à environ 40 % de la valeur de leurs esclaves à l’abolition de l’esclavage en 1835. A Maurice, il y avait environ 67 619 esclaves et le Parlement britannique accorda une somme d’environ 2,000,000 de livres sterling aux propriétaires d’esclaves. Une fois libérés après la période d’apprentissage, les esclaves n’avaient que leur force de travail pour survivre.

Selon certains auteurs, les conditions de vie durant la période d’apprentissage était pire que la période d’esclavage et Maurice était parmi les territoires les plus oppressants de cette période. Par conséquent, les conditions difficiles infligées durant la période d’apprentissage (1835-1839) ont poussé une partie des ex-esclaves à partir.

D’autres ont été purement et simplement expulsés car il revenait moins cher de recruter des travailleurs engagés en provenance de l’Inde. La résultante de cette situation explique la précarité dans laquelle se trouvaient les ex-esclaves à la fin de leur libération et cette situation a perduré de génération en génération.

Finalement, l’esclavage a produit non seulement un système mais a aussi favorisé le développement des préjugés qui perdurent en tant que séquelles de l’esclavage dans la République de Maurice. D’où l’espoir placé en la Commission Justice et Vérité pour permettre aux descendants d’esclaves de ‘faire leur deuil’ et de poursuivre leur quête identitaire.

La Commission aura aussi à aborder la question de réparation. Ce sera un débat qui va agiter le pays sur l’interprétation de ce concept. De façon plus globale, la Commission doit pouvoir permettre aux citoyens mauriciens de mieux comprendre leur passé pour pouvoir affronter l’avenir.

Dans ce contexte, le programme de l’UNESCO, ‘La Route de l’Esclave’ dans lequel la République de Maurice s’est engagée s’inscrit dans une perspective visant à ‘briser le silence en faisant connaître universellement la question de la traite négrière transatlantique et de l’esclavage, dans l’océan Indien et en Méditerranée, ses causes profondes, les faits historiques et les modalités d’exécution par des travaux scientifiques’.

Il cherche aussi à ‘mettre en lumière, de manière objective ses conséquences, et notamment les interactions entre tous les peuples concernés d’Europe, d’Afrique, des Amériques et des Caraïbes et enfin, contribuer à l’instauration d’une culture de la tolérance et de la coexistence pacifique des peuples’.

Enfin la démarche de l’Etat mauricien de soumettre à l’UNESCO en 2007 une demande d’inscrire la montagne du Morne comme vestige de l’esclavage et haut lieu de la mémoire, et de la résistance contre l’esclavage, sur la liste du Patrimoine mondial, a contribué à une meilleure appropriation de leur passé par les descendants d’esclaves et la reconnaissance de leur contribution au développement de la République de Maurice.



Jocelyn Chan Low : “L’abolition de l’esclavage procède d’une démarche de la métropole”


Pour Jocelyn Chan Low, historien à Maurice, l’abolition de l’esclavage procède d’une démarche de la métropole car le parlement était sous la pression des forces abolitionnistes soutenues par un large éventail de groupes sociaux à savoir des ouvriers, des femmes, des aristocrates qui étaient animés par des considérations religieuses.

“Pour eux, l’esclavage, c’est un péché devant Dieu tandis que la société insulaire voit ça différemment, c’est un fait de société. L’esclave, c’est une propriété. En outre, il y a le racisme. Pour le maître, le noir ne travaillera pas s’il n’est pas enchaîné. Le Noir refusera de travailler s’il n’est pas dans l’esclavage. Il y a aussi les considérations économiques que les maîtres avancent”, constate Jocelyn Chan Low.

Jocelyn Chan Low.“Pour les esclaves, l’abolition signifie absence de main-d’œuvre, absence de production sucrière, manque d’activité économique, d’où le risque que l’économie court à la ruine. Les esclaves se sont opposés donc à l’abolition, proclamée en 1833 en Grande-Bretagne, puis le 1er février 1835 à Maurice”.

“Il y a une période de transition où l’esclave devient apprenti du maître. Quand l’esclave est libéré, on fait appel aux engagés indiens et on leur offre des conditions de vie quasi similaires qu’aux anciens esclaves. L’abolition de l’esclavage a été un “unfinished business” (un business qui se prolonge, ndlr)”, reprend Jocelyn Chan Low.

Ce dernier explique qu’après l’esclavage, il existe une autre forme de servilisme et qu’il est vrai que dans le droit, l’abolition de l’esclavage marque une très grande avancée.

“Dorénavant, aucun être esclave n’est considéré comme un objet ou ‘meuble’. Il est dorénavant admis que tous les hommes et femmes sont reconnus comme tels devant la loi”. A partir de là, un combat pour l’égalité entre les hommes s’est engagé. Après l’abolition de l’esclavage, on trouve une marginalisation sociale et économique des anciens esclaves et de leurs descendants.

“Les raisons sont multiples”, confie l’historien. “Déjà, il y a le racisme de la société insulaire. Le fait que les anciens esclaves refusent de s’engager sous contrat avec les grands planteurs sucriers explique aussi cet éloignement des esclaves. Ils vont se retrouver hors de la grande culture afin de s’adonner aux petits métiers. Dans le secteur informel, ils étaient encore plus fragilisés. Il y a aussi les grandes épidémies du XIXe siècle comme le choléra, la malaria, la petite vérole qui vont décimer cette population. En raison de la persistance de la traite négrière illégale à Maurice, la structure démographique du groupe avait été très défavorable à la libération, puisqu’il y avait un grand nombre de jeunes esclaves et de personnes âgées. Enfin, évoquons la négligence des autorités coloniales”.

Jocelyn Chan Low est également revenu sur les commémorations de l’abolition de l’esclavage, longtemps occulté dans les commémorations officielles. “C’est une vision réductrice de l’histoire qui était commémorée. L’histoire était utilisée pour justifier la main mise d’une élite coloniale sur la société insulaire. On voit clairement la position entre histoire et pouvoir”.

Qu’est ce qui a alors contraint à faire de l’abolition de l’esclavage, un événement national ? “C’est la décolonisation de l’histoire, les revendications populaires, la création d’une identité ethnique parmi ceux qui se réclamaient descendants d’esclaves”, conclut Jocelyn Chan Low.



Un monument signé Pandey Rajivanayan


Un artiste est un réceptacle d’émotions qui surgissent de partout, voire du ciel, de la terre, à partir d’un morceau de papier, d’une forme de passage ou même d’une toile d’araignée… C’est ce qu’a dit Pablo Picasso, le fameux artiste-peintre. Au cours de l’évolution de l’art indien moderne, la sculpture créative a pris son temps pour sortir avec ce concept de plasticité, structure interne, vitalité, rythme spatial alliant à la fois les différents matériaux et techniques de l’art contemporain.

Dean de la faculté “Arts & Crafts” du collège des Beaux-arts et en charge du département de sculpture à l’université de Lucknow en Inde, Pandey Rajivanayan a sculpté un monument en pierre dans le carré ‘Monument International sur la route des esclaves’ situé  au pied de la montagne du Morne en face de la plage publique. Edifice remarquable qui sera d’ailleurs dévoilé ce mardi 1er février dans le cadre de la célébration nationale de la commémoration de l’abolition de l’esclavage.

Pandey Rajivanayan.Puisant sa source d’inspiration du thème de la liberté, le sculpteur indien a taillé deux esclaves en relief dans un rocher qui se jettent dans le vide de la montagne et qui ne tombent pas mais qui s’envolent à la place. Ainsi, l’artiste à travers sa créativité transmet une belle illustration qui témoigne une page de notre histoire. Cette initiative a été possible grâce à la collaboration conjointe du ministère des Arts et de la culture  et de ‘Le Morne Heritage Trust Fund’.

Dans le cadre de sa visite à Maurice, le professeur a voulu rencontrer les artistes locaux. A cet effet, une interaction sur les sculptures, a été organisée au siège du ministère des Arts et de la culture par la National Art Gallery.

P.Rajivanayan a partagé son savoir-faire avec les sculpteurs mauriciens présents. Après avoir élaboré sur la réalisation et présenté certaines pièces de sa collection “The Silent Spaces”, il a donné des conseils pratiques à l’assistance sur les techniques clés de la sculpture.

Sollicité pour expliquer cet art, il explique que le sculpteur a une pléthore de choix en termes de matériaux et médiums qui d’ailleurs offre d’immenses possibilités à explorer en termes de concepts et expressions artistiques. Les matières qui peuvent être sculptées sont la pierre, l’argile, le laiton, le bronze, le fer et autres métaux ainsi que des pierres, entre autres. Pour lui, la sculpture évoque les humeurs et les émotions auxquelles l’artiste répond à travers son imagination.



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