Jameel Peerally : “On a remporté une bataille mais il y a du chemin à faire pour remporter la guerre”
Le Film Classification Board a, lundi, autorisé le réalisateur Jameel Peerally à projeter le film documentaire “Paradi An Dey” qui traite du problème de la drogue à Maurice avec des témoignages d’anciens toxicomanes. Il spécifie également que le documentaire ne pourra être vu par les moins de 15 ans. Le film a d’ailleurs été projeté légalement à Camp Créole, cité Mangalkhan, Phoenix, lundi soir. Ce documentaire avait défrayé la chronique. Conçu spécialement pour la Journée internationale de la lutte contre la toxicomanie et l’abus des drogues, le film devait être présenté à la Place de la cathédrale Saint-Louis le 26 juin. La projection a été interdite par la police qui a avancé que le film n’avait pas eu l’autorisation du comité de censure. Paradi An Dey fut projeté en privé, à l’initiative du vicaire-général du diocèse de Port-Louis, le père Jean-Maurice Labour, à la cure de la cathédrale. Une enquête a été ouverte par le Central CID par la suite et Jameel Peerally, Ally Lazer et Jean-Maurice Labour devaient être interpellés par la police. Le réalisateur a aussi vu son domicile perquisitionné. Le Matinal a sollicité Jameel Peerally, quelques heures avant qu’il s’envole pour l’Inde, pour avoir ses impressions mais également pour savoir comment il a vécu la polémique autour du documentaire.
Quels sont vos sentiments vu que le film documentaire Paradi An Dey peut dorénavant être visionné légalement ?C’est un sentiment de satisfaction. On a remporté une bataille mais il reste encore du chemin à faire pour pouvoir remporter cette guerre. Je tiens à saluer les autorités qui ont pris une direction positive. La diffusion du documentaire a eu lieu, lundi, à la chapelle de Camp Créole, cité Mangalkhan où beaucoup de personnes se sont donné rendez-vous. Il a suscité beaucoup d’émotion dans le public. Plusieurs personnes sont venues vers moi, surtout les mamans dont les enfants sont dans la drogue. Ce documentaire est appelé à devenir un film culte. Il est même appelé à conscientiser surtout les jeunes sur le fléau de la drogue.
Comment avez-vous vécu vos démêlés avec la force policière ? Vous avez été interrogé plusieurs fois par le CCID et une perquisition a même eu lieu à votre domicile...
Je qualifie cet acte de barbare et archaïque. C’est surtout dans les dictatures que l’on agit ainsi, par exemple dans un pays comme l’ex-Union soviétique. Maurice peut paraître comme une île paradisiaque, mais il y a plusieurs couches qui masquent les fléaux de notre société. Lorsqu’on le découvre en profondeur, on réalise que le pays n’est pas si démocratique qu’il en a l’air. Ma famille et mes parents se sont fait un sang d’encre pour moi et il faut dire que tout au long de cette polémique, ils m’ont bien soutenu. Cette expérience ne m’a à aucun cas démoralisé. Bien au contraire, il m’a rendu plus fort.
Envisagez-vous de faire un autre documentaire dans un proche avenir ?
Je travaille actuellement sur un documentaire sur la pauvreté avec Dany Phillippe, membre de la plateforme du Mouvement Anti Drogue (MAD). Le “pre-production shot” se fera d’ici le mois prochain. Ce documentaire montrera les dessous des choses de la pauvreté qui ne sont bien souvent pas mises en avant ou même qui ne souhaitent pas l’être. L’objectif de mes documentaires est surtout de montrer les différents fléaux qui rongent notre société. Il y a une nécessité de prendre les choses en main.
Comment percevez-vous la toxicomanie à Maurice ?
Les toxicomanes sont des humains comme nous. A Maurice, la toxicomanie prend de plus en plus d’ampleur dans n’importe quelle couche de la société. N’importe qui peut tomber n’importe quand dans ce fléau. Ce sont principalement les jeunes qui sont les plus concernés. Ils sont d’ordinaire mal guidés mais il y a aussi l’influence du cinéma. Par ailleurs, une majorité de jeunes ont tendance à consommer de la drogue qui les détruit mais également, ils risquent de contracter le VIH/sida. Je considère que la toxicomanie est le problème No 1 du pays. Si un jour, le Christ doit redescendre sur terre, je pense que ce serait auprès d’eux qu’il se rendrait. Ce sont principalement les familles qui sont meurtries par ce fléau de la drogue.
Si vous aviez un conseil à donner aux autorités concernant ce fléau ?
Je regrette le système de criminalité concernant les drogués à Maurice. Au lieu de se mettre à la recherche des consommateurs de drogue, je pense qu’il est plus important pour la Brigade antidrogue (Adsu) de rechercher les vrais coupables, dont notamment les trafiquants. Cela aiderait la police à réduire le nombre de cas de crimes et de vols et à mieux utiliser ses ressources.





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