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Seize millions de Pakistanais piégés par les inondations

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Des habitants des faubourgs de Sukkur (province du Sindh) reçoivent de l’eau potable par hélicoptère.

Des travailleurs humanitaires présents au Pakistan décrivent les difficultés pour porter assistance aux populations chassées par les eaux, alors que les pluies persistent.

Une catastrophe majeure. Pire que le tsunami de 2004 dans l’océan Indien, pire que le séisme de janvier dernier en Haïti, selon un porte-parole de l’ONU. Même s’il est vain, et impossible, d’établir un classement des désastres, les inondations qui ravagent le Pakistan s’inscrivent déjà comme un des pires drames du siècle, aux conséquences encore largement incalculables.

« Des millions de personnes souffrent, la pluie continue de tomber et de nouvelles pertes humaines sont à redouter. J’appelle le monde entier à nous aider », a lancé lundi 9 août le premier ministre pakistanais Yousuf Raza Gilani.

Seize millions de personnes sans abri dans un pays très pauvre de 170 millions d’habitants. Des villages rayés de la carte. Des récoltes perdues et des troupeaux décimés. Un pouvoir faible, corrompu, et débordé par les événements, qui s’en remet à l’armée et appelle à l’aide internationale pour tenter de secourir les populations.

Même si de nombreuses ONG et plusieurs pays ont répondu présent, la tâche des secours s’annonce gigantesque. Interrogés par La Croix, des travailleurs humanitaires présents sur le terrain racontent la tragédie pakistanaise.

Les inondations au Pakistan.


LES ZONES INACCESSIBLES

Plusieurs vallées du nord du Pakistan, notamment la vallée de Swat, considérée comme un fief des groupes talibans, sont inondées depuis plus d’une semaine, sans que les secours aient pu y avoir accès.

« Le problème, c’est que certaines zones sont encore inaccessibles. Les inondations ont démoli des ponts et des routes. Et les conditions météo sont tellement mauvaises que même les autorités, en hélicoptères, doivent parfois faire demi-tour », explique Christian Cardon, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Diarrhées, gastro-entérites, choléra, malaria, maladies de peau et malnutrition sont à redouter, alors que le manque d’eau potable menace la survie de nombreux rescapés.L’organisation travaille avec le Croissant-Rouge, présent sur place en permanence, ce qui permet, au niveau logistique, de gagner du temps et d’avoir des contacts. « Le Croissant-Rouge dispose de 50 000 volontaires sur place. Le CICR de 800 personnes, dont 100 expatriés », précise Christian Cardon.

« Nous n’allons que là où nos véhicules tout-terrain nous permettent d’aller, confirme Marc Tyrant, responsable de mission Médecins du monde au Pakistan. Les zones impossibles d’accès, en montagne par exemple, sont évacuées par hélicoptères par l’armée. »

Mais l’armée pakistanaise, qui a mené une offensive militaire anti-talibans dans cette même vallée de Swat, il y a quelques mois, renonce parfois à s’y rendre, pour des raisons de sécurité ou à cause des mauvaises conditions météo.

LES PLUIES PERSISTANTES

Il pleut depuis plus d’une semaine sur les sinistrés. Selon le chef de mission de Médecins sans frontières à Islamabad, Thomas Conan, « le premier problème c’est l’accessibilité aux populations avec l’augmentation du niveau de l’eau, les ponts cassés et les routes brisées. Cinquante centimètres d’eau croupissent partout, et elle pourrit lentement. »

Lundi 9 août, il a constaté que les eaux remontaient. « Une de nos équipes dans un hôpital a dû monter en urgence sur le toit, par peur que l’eau ne monte. » L’eau inonde maintenant le centre et le sud du pays. « Nous craignons que les barrages de ces régions ne cèdent sous la pression », ajoute-t-il.

Le Dr Anthony Morris, responsable de la délégation de la Fédération internationale de la Croix-Rouge au Pakistan, explique qu’il avait prévu lundi des distributions de nourriture, de bouteilles d’eau, de couvertures. « Elles devaient avoir lieu dans le nord du pays, dans une ville à l’ouest d’Islamabad, mais elles ont dû être reportées en raison de nouvelles inondations. »

LES RISQUES D’ÉPIDÉMIE

Diarrhées, gastro-entérites, choléra, malaria, maladies de peau et malnutrition sont à redouter, alors que le manque d’eau potable menace la survie de nombreux rescapés. Anila Gill, secrétaire exécutive de la Caritas Pakistan, et Éric Dayal, chargé des opérations d’urgence, expliquent : « Nos unités diocésaines ont envoyé des équipes d’urgence dans les zones sinistrées pour évaluer les besoins immédiats. La Caritas s’occupe de cinq diocèses : Multan, Hyderabad, Rawalpindi, Islama-bad/Faisalabad et Quetta…

Soit au total plus de 4 000 familles que nous prenons en charge – abris, nourriture, médicaments. Nous avons levé des fonds et maintenant nous attendons l’aide, pour pouvoir la distribuer. Tous les diocèses nous aident. Nous sommes 250 au Pakistan pour les secours de première urgence. Mais nous redoutons des épidémies de choléra dans le district de Nowshera, où des centaines de cadavres d’animaux gisent toujours sur le sol. »

La Caritas va mettre en place des camps médicaux gratuits, avec deux médecins et deux infirmières, pendant six jours, pour procurer des soins d’urgence et des services de vaccination à environ 8 000 personnes, afin de prévenir les épidémies. « Les hommes et les femmes seront soignés séparément, en raison de la culture du pays », précise-t-elle.

LES HÔPITAUX PRIS D’ASSAUT

Les travailleurs humanitaires ont à cœur de repérer les personnes les plus fragiles, pour éviter qu’ils ne soient écartés des hôpitaux surchargés. Ainsi, témoigne Thomas Conan, de MSF, « les femmes qui accouchent n’ont quasiment pas accès aux structures de santé. Arriver dans une ville et réaliser que trois ou cinq femmes sont mortes durant la nuit, ce n’est pas acceptable. »

Les enfants sont également en danger. Marco Jimenez Rodriguez, porte-parole de l’Unicef à Genève, souligne que « selon des estimations de vendredi dernier, 1,8 million d’enfants étaient touchés. Mais depuis, le nombre de personnes touchées augmente, donc le nombre d’enfants a dû lui aussi s’accroître. »

Pour les enfants de moins de 5 ans, le risque mortel dû aux maladies diarrhéiques est élevé. L’Unicef envoie « dans les régions affectées des matériaux qui permettent aux gens de récolter de l’eau propre : citernes d’eau potable, tablettes désinfectantes, sel pour éviter la déshydratation, des jerricans ».

Environ 130 personnes de l’Unicef travaillent à la réparation des puits et des tubes permettant l’acheminement d’eau potable. « Il est important d’identifier les enfants vulnérables, les orphelins par exemple », ajoute l’Unicef. Elle a pu évacuer vendredi, 56 enfants de la vallée de Swat.

LES RÉCOLTES PERDUES

Peter Kessler, porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés au Pakistan, explique : « Les gens qui habitaient près des fleuves qui ont débordé étaient essentiellement des agriculteurs pauvres, qui ont perdu leurs maisons, dont les champs ont été ravagés et dont les semences ont pourri. La situation alimentaire risque donc d’être très complexe pour longtemps. »

Anila Gill et Éric Dayal, de la Caritas Pakistan, confirment la vulnérabilité des habitants des campagnes. « Des centaines de milliers de personnes ont perdu leur logement et toutes leurs affaires – vêtements, literie, ustensiles de cuisine, etc. Dans les villes, les victimes se sont réfugiées sur les toits, les routes, les bâtiments scolaires et autres. Mais dans les campagnes, la situation est plus grave, car les maisons ont été emportées. Les troupeaux et les récoltes ont été décimés. Et, pour aggraver la situation, le prix des denrées alimentaires a grimpé ces derniers jours », soulignent-ils.

LES URGENCES APRÈS L’URGENCE

Selon Amjad Jamal, porte-parole du Programme alimentaire mondial au Pakistan, « le PAM estime que six millions de personnes vont avoir besoin d’une assistance alimentaire dans les trois prochains mois ».

Tsedeye Girma, du Secours catholique, rappelle que le PAM fournissait déjà une assistance à près d’un million de personnes au Pakistan avant la catastrophe. Aucune estimation n’est faite sur l’ampleur des récoltes et des troupeaux qui ont été perdus.

Le retour des populations dans les zones sinistrées, la reconstruction des ponts et des maisons ne sont pas encore à l’ordre du jour. Nul doute pourtant que la tâche sera immense.

Source: La Croix



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