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20 parlementaires en faveur de l’avortement

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C’est à minuit, vendredi, que les débats sur la légalisation de l’avortement dans des cas spécifiques ont été ajournés à mardi prochain. Pas moins de 26 orateurs sur 39 ont pris la parole à l’Assemblée nationale sur The Criminal Code (Amendment) Bill jusqu’ici.

Des points de vue divergents sur la dépénalisation de l’avortement dans des cas spécifiques ont été notés parmi les parlementaires du gouvernement comme ceux de l’opposition qui sont intervenus vendredi. Au total, 20 sont pour, cinq contre et un (Raffick Sorefan) compte s’abstenir.

La PPS de la majorité gouvernementale Aurore Perraud (PMSD) s’est exprimée contre ces amendements (tout comme Lysie Ribot du MMM mardi), Ariane Navarre-Marie, Reza Uteem et Francisco François de l’OPR. Par contre, les députées Leela Devi Dookun-Luchoomun et Pratibah Bholah (MSM), Josique Radegonde (MMM) sont en faveur du projet de loi.

Lormus Bundhoo : “Mettre fin à l’avortement clandestin”


La loi archaïque de 1838 qui n’autorise dans aucun cas l’interruption d’une grossesse a encouragé bon nombre de femmes, dont la majorité appartenant à une couche socio-économique de bas niveau, à avoir recours à l’avortement clandestin. Cela dans des conditions non hygiéniques et dangereuses. Des études effectuées à Maurice démontrent que les méthodes utilisées consistent à insérer des rayons de bicyclette ou d’autres objets similaires dans l’appareil génital de la femme pour mettre fin à toute grossesse. Ainsi, se pose la question : doit-on continuer à cautionner cette pratique illégale ou doit-on passer à l’action et prendre la décision qui s’impose ? Le projet de loi que nous proposons vise, en effet, à permettre aux femmes d’avoir le choix à l’avortement dans des cas spécifiques. Car, à force de me répéter, l’avortement clandestin est une des principales raisons de la mortalité maternelle et la morbidité maternelle. En sus, le projet de loi fait provision de garde-fous nécessaires pour s’assurer que l’interruption d’une grossesse se fait selon les critères établis et non pour d’autres raisons. Parallèlement, au niveau de mon ministère, on s’est embarqué dans des discussions avec University College de Londres pour la création prochaine d’un institut de santé de la femme comme mentionné dans le discours-programme 2012-2015.”
   

Leela-Devi Dookun Luchoomun : “Un pas en avant”


“C’est en se mettant dans la peau des victimes de viol ou d’inceste qu’on pourra mieux comprendre l’importance d’une telle législation. Les victimes, souvent, s’enferment, s’isolent, éprouvant d’énormes difficultés à faire face aux autres. Il faut également penser à l’enfant conçu de cette manière qui éprouvera, à son tour, des difficultés quand il aura grandi.

C’est pour cette raison que je pense qu’on doit faire un pas en avant, mettant fin aux souffrances des femmes victimes de viol et par conséquent de grossesses indésirables. De par ce projet de loi, elles se verront offrir la chance de faire le choix, soit de garder l’enfant soit de se faire avorter. C’est un point extrêmement important à souligner car à aucun moment on ne vient imposer l’avortement. Tout en respectant l’opinion de ceux qui sont contre, je leur demanderai toutefois de prendre en considération le nombre de victimes sexuelles, dans la fourchette de 2000 par an, et de penser à l’humiliation qu’ont subie et vont subir celles concernées. En ce qui concerne la nécessité d’une femme de se faire consulter par un panel de trois spécialistes, soit un médecin et deux gynécologues, on aurait pu assouplir les procédures pour ne par retarder les choses. Ainsi, au lieu de deux gynécologues, on aurait dû en avoir un seul.”
 

Sheila Bappoo : “IVG, pas de carte blanche à toutes les femmes”


“A l’annonce même de ce projet de loi, il semble y avoir eu une confusion dans la presse et par conséquent parmi plusieurs personnes. Les amendements proposés ne visent nullement à légaliser l’avortement. Ce qu’on préconise c’est l’interruption de la grossesse dans certains cas spécifiques. Il est important de faire cette différence pour éviter toute confusion. Ainsi, pendant 175 ans, des femmes se sont retrouvées face à une injustice imposée et une politique hésitante alors que plusieurs d’entre elles étaient dans la souffrance, ne pouvant faire face à la société. Violées et rejetées, elles ont été contraintes à mettre leur vie en péril en raison d’une loi archaïque datée de 1838.

Ce sont essentiellement celles au bas de l’échelle qui ont vécu ce cauchemar. Après toutes ces années, l’heure est enfin arrivée à rectifier le tir. Depuis le mardi 28, date historique voire symbolique dans l’histoire du pays, le Parlement est engagé dans des débats ayant trait à l’intervention thérapeutique de grossesse. Je profite ainsi de cette occasion pour féliciter le Premier ministre, l’Attorney General et également le leader de l’opposition qui ont fait évoluer le dossier dans la bonne direction.”

Arianne Navarre-Maire : “Oui, à la prévention, non à l’IVG”


“Je me sens mal à l’aise avec ce projet de loi car la vie est quelque chose de trop importante qu’on ne peut interrompre. Ce qu’on aurait dû faire, c’est d’accorder priorité à l’éducation préventive dans nos écoles, en commençant par la maternelle. Car le sexe, ne nous voilons pas la face, est toujours un sujet tabou. Ainsi, il est important de briser cette barrière et aider nos jeunes à mieux comprendre la vie. La clé c’est la prévention, c’est l’utilisation de la contraception et non l’avortement. Mais, à ce jour, très peu a été fait dans se sens. Et ce sont essentiellement les plus vulnérables de la société qui en ont fait les frais. La maternité, je dois le dire, n’est pas une fatalité. Un enfant ne doit pas être subi, mais doit être désiré. Mais ce sera l’inverse avec le projet de loi.”

Patrick Assivaden : “La fin d’une injustice”


Le président du Parti travailliste Patrick Assirvaden,a déclaré que la présentation du projet de loi est un jour historique pour certains et un jour de deuil pour d’autres. “Avec ce projet de loi nous donnons un choix à la femme pour rendre obsolète une loi archaïque qui date de 1938. Je pense que le projet de loi met fin à la situation d’injustice qui a trop duré envers la femme.”

Il dira aussi que le projet de loi essaie d’apporter une solution la plus humaine possible leur permettant d’interrompre leur grossesse sans payer les conséquences pénales et de leur vie. “Quand je voterai ce projet de loi, cela ne fera pas de moi un criminel”, a dit le président du PTr. Il ajoutera qu’aucune loi au monde ne peut imposer à une femme de mettre fin à sa grossesse. Il se dit convaincu que ce projet de loi ne constitue pas un chèque en blanc.

Reza Uteem : “Je voterai contre”


Le député du MMM Reza Uteem dira qu’il votera contre ce projet de loi. Il devait affirmer que cette loi n’est pas assez ficelée. Il s’est demandé pourquoi ce projet de loi fait une fixation sur un fœtus de 14 semaines. Il a souligné que souvent, lorsqu’une fille de 16 ans tombe enceinte, c’est souvent les parents qui font pression sur elle pour qu’elle se fasse avorter. Que faudra-t-il faire dans ce genre de cas ?, se demande-t-il. Comment peut-on établir qu’une grossesse est le résultat d’un viol ? s’est-il encore demandé. Il a ajouté qu’il n’a pas l’impression que ce projet de loi va mettre fin à l’avortement illégal. “This bill will not stop madam parasol”, a-il conclu.

Kalyanee Juggoo : “Cela concerne la vie d’une femme”


La député Kalyanee Juggoo est d’avis que ce projet de loi concerne plus particulièrement la vie d’une femme. Pour elle, il y a déjà eu un consensus national autour du projet de loi. En le présentant, le gouvernement n’est pas en train d’accorder un permis pour pratiquer l’avortement. La femme a le droit de choisir ce qu’elle veut. Elle s’est demandée si on a le devoir moral de laisser mourir une femme. L’inceste et le viol sont des expériences traumatisantes. Citant Mahatma Gandhi, elle a dit que la vie doit continuellement être ponctuée de changement.

Aurore Perraud : “Je vote contre”


La député du PMSD Aurore Perraud a déclaré que même si on a fait pression sur elle pour voter ce projet de loi, elle va refuser de le faire en raison de ses convictions personnelles. Légaliser l’avortement dans certains cas, c’est toujours tuer une vie. Comment peut-on être contre la peine de mort et en même temps être pour l’avortement dans des cas spécifiques ? La vie n’est pas une chose banale mais précieuse. Oter la vie à quelqu’un est un “acte barbare”.  Est-ce que l’avortement dans des cas spécifiques va permettre à une fille d’oublier l’acte barbare et bestial qu’elle a subi lors d’un viol ? Au contraire, dit-elle, un avortement peut entraîner un débalancement spécifique chez la personne concernée.

Pratibah Bholah : “Je voterai pour”

 

“Je voterai pour ce projet de loi”, a déclaré le député du MSM Pratibah Bholah. “Everybody will agree that a woman who becomes pregnant after rape and incest should at least be given, in all fairness, the chance to choose if she wants or not to carry on with pregnancy. This will be concrete proof of women rights to make their own choice without any pressure. Up to now under the current law she not only has to bear the misfortune of rape and incest but also has to suffer the burden of carrying on with an unwanted pregnancy from an unwanted genitor”, a-t-elle déclaré. Une fille de 16 ans qui a été violée n’est pas prête psychologiquement pour devenir une mère, a-t-elle souligné.

Joe Lesjongard : “Nous ne sommes pas prêts pour cette loi”


“Non, je ne pense pas que nous sommes prêts pour cette loi”, a dit Joe Lesjongard, député du MMM, intervenant sur la loi sur l’avortement. Il a affirmé être peu convaincu des dispositions prises pour faire appliquer correctement cette loi à Maurice. C’est un sujet complexe, a-t-il précisé, qui soulève des questions relatives au trafic d’organes à des fins cosmétiques.

De quelle façon faudra-t-il se débarrasser du foetus, s’est-il demandé. “Faudra-t-il l’enterrer ou l’incinérer ?” Et d’ajouter qu’“Aucune mention n’est faite sur l’encadrement psychique de la maman après l’avortement”. Cependant, même si le choix paraît cornélien, selon lui, dans certains cas, l’avortement devrait être toléré, notamment quand la santé de la femme est en danger ou en cas de viol.

Jim Seetaram : “Une loi qui respecte le choix”


Jim Seetaram, ministre du Commerce, a émis une opinion très favorable à la nouvelle loi sur l’avortement, précisant qu’elle serait applicable dans certaines circonstances spécifiques seulement. “The general rule is that abortion is prohibited”, a-t-il, toutefois précisé. Il a surtout identifié les cas où l’avortement serait acceptable. “The life of the mother is of the utmost importance. We must allow abortion in some circumstances, for instance, to avoid traumatize women who are raped”, a rappelé Jim Seetaram. Pour lui, la nouvelle loi respecte parfaitement la liberté de choix dans une société laïque.

Dernière heure

Pas moins de sept orateurs ont pris la parole entre 22 heures et minuit, vendredi. Parmi figure le député du MMM, Kee Cheong Li Kwong Wing. Ce dernier est d’avis qu’il ne faut pas banaliser l’avortement. Les avis divergent sur la question, dit-il. Certains affirment que l’avortement ne peut pas être considéré comme une contraception. D’autres pensent que la naissance d’un bébé à la suite d’un viol peut contribuer à négliger un enfant. Tout compte fait, la loi ne peut pas dicter le choix d’une femme. C’est pourquoi, il est en faveur de l’amendement dans des cas spécifiques. Le député Jean Francisco François a réclamé une minute de silence. Il dit douter que l’avortement dans des cas spécifiques mettra fin à une grossesse non désirée. Le ministre des Technologies de l’information et dela communication, Tassarajen Chedumbrum Pillay, a souligné qu’il a ses convictions religieuses. N’empêche, qu’il pense qu’on ne peut pas faire l’impasse sur les problèmes de société. C’est, pourquoi, dit-il, il votera en faveur de ce projet de loi.

Le ministre du Tourisme, Michael Sik Yuen, dira, de son côté, que la présentation de ce projet est une décision courageuse. Il a déclaré qu’il votera ce projet de loi, car la femme doit avoir un choix lorsque sa santé est remise en question ou lorsqu’elle a été violée. Le député Christian Leopold dira qu’on ne peut rester insensible lorsqu’on enlève la vie d’une personne quel que soit son âge. Cependant, il s’est demandé si on a le droit moral de dire à une fille de 11 ans qui a été violée qu’elle doit devenir maintenant une mère. “Poul ki ponn ki konn so douler”, a-t-il avancé. Il a également mentionné que l’actuel projet de loi renforcera l’arsenal légal contre les violeurs. Désormais, ils auront que cela en tête : “To violé to tassé”, a-t-il conclu.


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