Home | Économie | Vives inquiétudes suscitées par la crise de l'euro

Vives inquiétudes suscitées par la crise de l'euro

image
La baisse qu'a connue la monnaie européenne récemment est capable de créer un séisme économique à Maurice, vu son degré d'ouverture sur le monde extérieur. Avec des exportations dirigées essentiellement vers l'Europe, les secteurs économiques de Maurice risquent d'en souffrir, surtout si cela perdure.

La crise de l'euro a des effets directs sur le secteur de l'exportation qui se traduisent en premier lieu par une baisse des revenus dans les affaires. Plusieurs secteurs sont touchés notamment le tourisme, le textile, l'industrie de la pêche, les technologies de l'information et de la communication. Pour que des solutions soient trouvées, un comité technique a été institué au ministère des Finances, comprenant les techniciens de ce ministère, des représentants du Joint Economic Council et des officiers de la Banque de Maurice.

Du côté de l'industrie du textile, les opérateurs expriment déjà leur crainte. A l'instar de la Compagnie mauricienne de textile dont le directeur général François Woo soutient que la marche à suivre est que tous les employés restent solidaires, fassent moins de gaspillage et moins de faute. Il affirme que la crise financière suivie de la crise en Europe n'a laissé guère de répit aux entreprises pour faire face aux difficultés qui ont surgi.

Pertes importantes pour les entreprises exportatrices

Le secteur du textile est plus touché que celui de la canne car “nous achetons nos matières premières en dollar, nous payons nos employés en dollar, mais nos recettes sont en euro”, explique François Woo, directeur général de la Compagnie mauricienne de textile.

La dépréciation de l’euro face à la montée du dollar fait que les entreprises exportatrices subissent des pertes importantes. Il explique que la CMT pourrait faire des pertes de plus de Rs 800 M à un milliard. Concernant le prix du fil acheté, François Woo soutient qu’il était de $ 2,20 en 2009 et est à $ 4,20 aujourd’hui, soit une hausse de 60 %. Il affirme d’autre part qu’avec la recrudescence de la crise en Europe, il va falloir se serrer les coudes : “La question qui se pose est comment sauver l’emploi”.

Le directeur de la CMT soutient qu’au-delà du profit de la vente, la priorité est de sauver l’emploi. “Chaque personne doit jouer son rôle”, déclare-t-il tout en estimant que son entreprise sera légèrement affectée. Les mesures qui sont prises sont la solidarité entre les employés, éviter les fautes et les gaspillages. Par ailleurs, il mentionne que tout ne repose pas sur le gouvernement : “Le gouvernement joue son rôle, mais nous ne pouvons pas uniquement dépendre de lui. Nous avons notre responsabilité et le gouvernement apporte son soutien là où il le faut”.

Du côté de la Mauritius Export Association, c’est le même son de cloche. “La situation n’est pas alarmante, mais elle est grave”, soutient son président, Mukeshwarsing Gopal. Il affirme que le secteur de l’export est très dynamique et dépend sur deux facteurs, interne et externe. Sur le plan externe, il soutient que si les pays vers lesquels l’Ile Maurice exporte ses produits jouissent d’une bonne santé économique, les entreprises locales ne seront pas alors en difficulté. Mais il ajoute que le gouvernement veut que le secteur de l’exportation puisse sortir la tête hors de l’eau.  “Les mesures appropriées sont prises pour aider le secteur et nous travaillons en étroite collaboration avec le gouvernement”, dit-il. Le président de la Mexa explique que le soutien du ministère du Commerce et de l’industrie se traduit par l’offre de toutes les facilités pour attirer un plus grand nombre de clients pour acheter les produits mauriciens.

Au niveau du tourisme, les difficultés sont fortement ressenties également, vu que l’Europe demeure le marché principal de Maurice. Tout comme le secteur de la pêche, Maurice exporte majoritairement ses produits de mer, notamment les thons en boite, vers l’Europe. La crise de l’euro mettra ainsi ce secteur dans des eaux troubles. La dépréciation de la roupie serait préférable, disent les opérateurs touristiques, pour permettre à ce secteur de souffler.

Par ailleurs, le comité mis en place par le gouvernement a commencé son travail à partir de jeudi. Les trois groupes se sont rencontrés à 15 heures pour se pencher sur les propositions du JEC et aussi de trouver des solutions pour le secteur de l’exportation.

Interrogé par Le Matinal, Roshan Seetohul, porte parole de l’OTAM (Outsourcing and Telecommunications Authority of Mauritius), a expliqué qu’”il faut rester vigilant”. Les opérateurs de l’industrie TIC, travaillant beaucoup pour le compte des pays européens, ont négocié des contrats en euros. Donc, lorsque l’euro baisse par quatre à cinq roupies sur une année, les recettes vont aussi diminuer. Leur marge de manœuvre pour renégocier les prix des contrats est limitée, car ils perdront leur compétitivité. Le licenciement de la part des opérateurs des TIC n’est pas souhaitable, car cela enverrait un mauvais signal à ce secteur recruteur et souteneur de la croissance économique.

Répondant aux actions possibles que les opérateurs des TIC peuvent prendre, le président de l’OTAM appelle à une meilleure gestion de la part des opérateurs de ce secteur. Il préconise une meilleure gestion de dépenses, tout en payant des salaires décents à tous les employés, et surtout, une meilleure organisation de leur travail pour une meilleure productivité. Le dynamisme de tout le personnel du secteur est donc requis pour surmonter cette mauvaise passe. Le président de l’OTAM entend négocier avec le gouvernement une baisse de la connectivité des bandes passantes et d’autres innovations afin que ce secteur puisse rester globalement compétitif. Les défis auxquels font face le secteur des TIC sont en effet énormes. Et le développement de nouveaux créneaux dans ce secteur, en collaboration avec le nouveau ministère de la Recherche et du développement, propulserait le secteur à l’avant.

Le cours de l’euro s’est effondré, atteignant un niveau creux depuis plus de quatre ans. Jeudi après-midi, l’euro s’échangeait jusqu’à Rs 41,69 dans certaines succursales bancaires qui, elles, l’achetaient à Rs 39,75.

L’économiste Swadiq Nuthay, pense que l’impact économique de la crise de l’euro risque d’être important, puisque les deux monnaies, l’euro et la livre sterling, ont été durement touchées. La plupart des exportations sont libellées en euros, et nos importations, en dollars. De ce fait, un euro faible et un dollar élevé, ne sont pas de bon augure pour l’économie de Maurice. La crise de l’euro risque d’affecter les secteurs textile, manufacturier, touristique et BPO.

Swadiq Nuthay explique aussi que “Maurice est très euro-centrique”. Selon lui, la crise de l’euro pourrait accélérer la dépréciation de la roupie. Une dépréciation prolongée de la roupie serait apte à nuire les équilibres macroéconomiques, notamment la stabilité des prix et l’équilibre dans la balance des paiements. L’augmentation de notre facture d’importation pourrait créer des tensions inflationnistes, compromettant alors notre pouvoir d’achat. De surcroît, les variations des prix facturés sur nos exportations  et des prix payés pour nos importations pourraient aussi perturber les volumes des échanges que Maurice effectue avec le reste du monde.

“Cette crise de l’euro a été provoquée par la crise grecque, qui a eu du mal à contenir ses dépenses publiques et présenter des conditions budgétaires saines pour rester dans la zone euro. Mais il n’y a pas que la Grèce qui a du mal à exercer de la rigueur budgétaire”, explique Swadiq Nuthay. “Il y a aussi d’autres pays tels que l’Espagne et le Portugal”.

Le secteur sucrier sera aussi affecté par cette crise de l’euro. Les recettes de nos exportations de sucre vers l’Europe céderont, provoquant un manque à gagner dans ce secteur, qui souffre déjà d’une crise de compensation salariale non-payée.

Sur les marchés boursiers internationaux, l’effet de la crise s’est déjà fait sentir. En Europe, les valeurs boursières ont atteint leur niveau le plus bas depuis deux semaines. En Asie et aux Etats-Unis, les valeurs boursières ont observé une tendance à la baisse. L’indice de référence, le ‘Dow Jones Stoxx 600’, a perdu 2,5 % pour passer à 237.63 jeudi après midi. Le ‘MSCI Asia Pacific Index’, l’équivalent du benchmark index en Asie, a perdu 1,6 %.

Comments
Comment icon Please read our disclaimer & comment policy before posting.