Olivier Rolin : “La littérature aide à changer nos vies”
Olivier Rolin, écrivain âgé de 63 ans, se trouve pour la première fois de sa vie, de passage à Maurice, où il a participé à de nombreuses activités littéraires. Il nous a accordé une interview en toute décontraction à son hôtel ‘Le Tamarin’. C’est un homme modeste pour qui la liberté constitue une place prépondérante.
Etes-vous heureux d’être à Maurice ?Très content d’autant que c’est la première fois. Je suis arrivé à Maurice le mercredi 17 novembre et je découvre un peu l’île. Je reste sans doute quelques jours supplémentaires après mes interventions que je dois faire à l’Institut français de Maurice (IFM), afin de louer une voiture, me balader et approfondir cette découverte.
En outre, je tiens à préciser que je reviendrai certainement car je ne suis jamais allé dans un pays sans y retourner une seconde fois !
Vous avez écrit une dizaine de romans, lesquels vous ont les plus inspirés ?
Je n’écris pas tant que ça car j’en suis à moins de quinze livres en 27 ans. Quand j’écris, c’est qu’il y a quelque chose de fort. Je suis peut-être un des plus étranges mais pas le plus original.
J’aime bien cette espèce de portrait d’une journée du monde qui s’appelle ‘L’invention du monde’, un livre bizarre qui ne ressemble à aucun autre. J’aime bien aussi le livre que j’ai consacré aux années 68 ‘Tigre en papier’ et le dernier ‘Bakou derniers jours’.
Le dernier roman, c’est un peu un journal de voyage ?
Oui, un peu. Par pur jeu, j’avais décrit ma mort dans une chambre d’hôtel à Bakou. J’avais fixé une date et, comme c’était un jeu, j’avais mis sur la couverture du livre ma vraie date et mon vrai lieu de naissance, date et lieu de mort à Bakou.
Quand 2009 est arrivé, ça m’a semblé drôle d’aller là-bas et de surcroît, ça donnait une tonalité particulière à ce voyage vu que je n’avais pas d’autres raisons de me rendre là-bas hormis ce rendez-vous fictif avec ma propre mort !
On parle de voyage, vous avez pas mal voyagé dans votre vie. Êtes-vous né au Sénégal ?
Non, on dit souvent ça mais en fait je suis né banalement à Paris. Puis, tout petit, je suis allé au Congo. Enfin, j’ai passé mes années d’adolescent… au Sénégal.
Votre vision de l’Afrique ?
Ce n’est pas le continent que je connaisse le mieux, je ne peux donc pas me vanter d’une très grande familiarité. J’aime beaucoup voyager et cela reste sans doute lié à mon enfance africaine.
On sait l’ensemble de votre œuvre inspirée par mai 1968 et la gauche prolétarienne. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la politique actuelle menée en France par Nicolas Sarkozy ?
Je ne le souhaite pas car je pense que ce n’est pas le rôle d’un écrivain de faire le prédicateur politique. Mon passé m’a appris à me défier de cette pensée binaire car j’étais dans un groupe extrêmement radical. Même dans n’importe quel parti traditionnel, la pensée de tous les partis c’est ‘Nous avons raison, les autres ont tort’. Dans la littérature, c’est exactement le contraire, on apprend le scepticisme, l’ambiguïté…
La littérature sert-elle à changer le monde ?
Oui, elle peut changer le monde car elle peut changer l’esprit des gens mais elle n’est pas un instrument à mes yeux, de combat politique. La littérature nous aide à changer nos vies et donc par là, à changer le monde… mais pas en nous donnant des directives.
Etes-vous proche de certains écrivains ?
Oui mais pas du tout dans la façon d’écrire car dans ceux qui m’intéressent, aucun ne ressemble à aucun autre. Je me sens proche amicalement de Jean Echenoz. J’admire énormément Antoine Volodine qui décrit toujours un monde après une catastrophe planétaire, Emmanuel Carrère ou encore les petits écrits magnifiquement ciselés de Pierre Michon.
Collaboriez-vous en tant que correspondant à ‘Libé’ ainsi qu’au ‘Nouvel Obs’… ?
Effectivement, j’ai fait plusieurs reportages pour ces journaux, de la critique littéraire pour ‘Libe’ mais tout cela sans faire partie de la rédaction. J’ai aussi été éditeur. Je n’ai jamais été attaché dans quoi que ce soit, je me suis toujours débrouillé pour être libre de mes mouvements.
Je ne demanderais pas mieux de recommencer mais en France, les journaux ne proposent quasiment plus à des gens extérieurs à leur rédaction de réaliser des reportages.
Avez-vous d’autres passions que l’écriture ?
J’ai encore des passions sentimentales, ça m’arrive ! En dehors de ça, j’ai une passion pour la mer. Je suis assez marin, je possède un bateau et je passe environ un mois et demi par an à naviguer en Bretagne, en Angleterre… Mon autre passion s’oriente vers les voyages de par ma curiosité mais aussi car j’aime bien voir à quoi ressemble le monde où je vis.
Votre avenir, avez-vous des projets en vue ?
J’espère commencer un livre qui partira sans doute d’un épisode assez tragique de la guerre d’Algérie. J’ai aussi deux petits livres qui vont sortir : l’un, un recueil de réflexion sur la littérature intitulé ‘Bric et broc’ car il sera fait de bric et de broc et l’autre ‘Sybérie’ un recueil d’articles sur la Sybérie où je suis allé très souvent. Les deux sortiront probablement en mars.
A l’heure où le livre électronique occupe de plus en plus le devant de la scène, où vous situez-vous ?
Je défends le bon vieux bouquin, il est irremplaçable mais je vis avec mon époque. J’utilise l’ordinateur pour écrire, Internet…
Un message aux Mauriciens ?
Je n’aime pas donner des leçons ou me prendre au sérieux. Je ne suis pas un délivreur de messages mais il y en a un que n’importe quel écrivain devrait dire c’est ‘LISEZ’ ! La meilleure façon de cultiver sa langue c’est la lecture.
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