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Voyage au cœur du ‘double je’

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Le regard de l'autre est une interrogation très importante dans le spectacle.

Lâchez vos ceintures : deux solis de hip hop vous emmènent en voyage. Sur le ‘qui j’aurais aimé être’, ‘qui on voudrait que je sois’, ‘qui j’aurais pu être’, ‘qui j’étais’ et ‘ce que j’ai été’ pour parvenir à ‘qui je suis’ réellement.

Ce n’est pas tous les jours que nous pouvons apprécier des spectacles de danse hip hop de haut niveau. Abdou N’Gom, de la Cie Stylistik, et Junior Bosila, de la Cie Wanted Posse, nous en ont offert à travers une double identité. Ils sont en tournée chez nous après celle de l’Afrique du Sud. Puis, ils mettent le cap sur Madagascar avant une grande virée, en octobre, en Afrique de l’Ouest.

Avec la pièce ‘Entre deux’, Abou N’Gom se questionne sur l’identité culturelle. Ses mouvements d’une souplesse désarmante, sur une musique d’ambiance, entre ombre et lumières nous embarquent pour un voyage sur l’art et la manière de se construire lorsque l’on est partagé entre plusieurs appartenances, lorsqu’on est toujours perçu comme “l’autre”, que ce soit ici ou ailleurs. Tel un fauve dans la nuit, le solis éveille différentes émotions dont le suspense, l’appréhension, l’incompréhension ou la dérision. Il souligne aussi les malaises, parfois, de se retrouver coincé entre deux cultures, deux appartenances ou deux systèmes.

C’est clair qu’Abou N’Gom souhaite réveiller les consciences à travers l’esthétique du noir et blanc. Il utilise le langage corporel pour s’exprimer et susciter la réflexion sur le vivre ensemble. Il tente de poser des questions profondes sur ce qui définit notre personnalité et ce qui nous amène à parler d’identité. C’est un combat contre sa double identité, contre lui-même. Un double jeu, un double je… Tout en présence et en puissance, il masque, démasque et désarme. Il ramène bon nombre au livre de Frantz Fanon, ‘Black skin, white Masks’, qui remet l’identité culturelle en question et qui décrie le problème psychologique d’être un intellectuel noir dans un monde ‘blanchi’.

Besoin d’être différent


B-Boy Junior est l’un des dix meilleurs breakers au monde. La ‘break dance’ n’a pas de secret pour lui et cela saute aux yeux. Sur les bras, sur le coude ou en pompes sans toucher le sol avec les pieds, il s’exprime tout en puissance et en aisance. Il se distingue avec son style puissant basé sur la force et une maîtrise de l’équilibre dans n’importe quelle position. A travers la ‘buanattitude’ qui est un voyage initiatique qui nous bascule entre une Afrique fantasmée et sa réalité multiple, B-Boy Junior raconte son histoire et les différentes étapes de son mal-être identitaire qui culminent cependant par la découverte du “qui je suis”.

Son spectacle joue sur le regard de l’audience qui est, entre les lignes, le regard de l’autre. Une complice dans le public lui lance des piques et à travers ses répliques, il dévoile son combat intérieur et extérieur envers ceux qui le voient différemment. Avec puissance, il revendique le besoin de savoir ce qu’il est vraiment. “Dans le voyage, il y aura beaucoup d’escales : nous passerons par le ‘qui j’aurais aimé être’, ‘qui on voudrait que je sois’, ‘qui j’aurais pu être’, ‘qui j’étais’ et ‘ce que j’ai été’ pour parvenir à ‘qui je suis’ réellement, explique-t-il.

A deux ans, B-Boy Junior a contracté la polio, une “saleté de maladie” qui lui a amoché la jambe et l’a séparé de sa terre natale, le Congo, de sa famille et de sa mère biologique. Le jeune homme a vaincu le mal qui a failli lui pourrir la vie. “Mais je suis bel et bien là”, clame-t-il à travers son spectacle. “Tu est petit, noir, boiteux et tu fais pitié à voir”, laisse entendre son complice dans la salle. Et Junior réplique : “Ma différence, je l’ai épousée pour le meilleur et pour le pire. Le pire, c’est quand on voudrait me faire croire que j¹aurais mieux fait d’être comme tout le monde. ‘Si t’es différent, tu dégages’, c’est la devise d’une société intolérante.” “Retourne chez toi”, répond son complice avec perversité. “Chez moi ? riposte-t-il. Je peux vivre partout et n’importe ou, ici ou ailleurs, lâchez-moi.” Il a raison : à Maurice ou à l’étranger, on peut toujours se fabriquer un ‘chez-moi’.



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