Natacha Henry pour plus de parité hommes-femmes
Women in Networking (WIN ) s’est offert une invitée de prestige en la personne de Natacha Henry dans le cadre de la Journée de la femme célébrée début mars. Ce projet soutenu par l’Ambassade de France et la Barclays Bank a permis à cette Franco-britannique, spécialiste sur la question du genre, d’animer deux conférences à l’intention de la presse mauricienne, récemment au siège social de la Barclays à Ebène.
Diplômée de la ‘London School of Economics’ et de Paris 4 Sorbonne, Natacha Henry travaille sur le sexisme dans la culture populaire. Auteure d’essais, de nombreux articles et de documentaires, historienne et journaliste indépendante, cette ancienne présidente de l’association des femmes journalistes a fondé en 2005, l’association Gender Company ayant pour but d’analyser les inégalités et préjugés sexistes dans la culture populaire, les médias et la société.Difficile de trouver mieux que cette spécialiste pour s’exprimer sur les différents problèmes que rencontrent les femmes au quotidien et surtout leur mise en retrait par rapport aux hommes. Natacha Henry a évoqué le peu de place consacrée aux femmes s’exprimant dans la presse. Un problème récurrent en France et ailleurs où, comme la plupart des participantes l’ont affirmé, les femmes, dans n’importe quel domaine, doivent demander l’autorisation à leur mari ou leur famille avant de parler. Question de pouvoir bien évidemment, car ici difficile de se débarrasser des idées reçues. La femme doit rester bien tranquille dans son coin sous silence, ne pas s’afficher et encore moins se mettre en valeur.
“En France, on a pourtant essayé de changer et de donner la parité dans des domaines comme la politique avec notamment une nouvelle constitution qui demande du 50-50 mais les partis préfèrent payer les amendes. Cela étant, on constate, à un an des présidentielles françaises, une hausse importante dans le nombre de femmes qui vont y concourir telles Martine Aubry, Ségolène Royal, Cécile Duflot…”.
Autres problèmes récurrents, les couples politiques et journalistes de télévision tels Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg, Béatrice Schonberg et Jean-Louis Borloo ou encore Christine Ockrent et Bernard Kouchner. “La femme doit généralement quitter son poste à l’antenne ou dans les journaux soi-disant pour qu’il n’ y ait pas de prise de position, mais on sait bien que tous les journaux prennent position”, reprend Natacha Henry.
Le langage sexiste dans les médias français où la femme est souvent réduite à un sujet et à une représentativité négative, a occupé une place prépondérante lors de ce débat passionnant.
Des emplois réservés aux hommes aux articles sur les violences sexistes et sexuelles, Natacha Henry a fait ressortir que la presse française était loin d’agir en faveur de l’égalité des sexes. L’emploi du masculin à la place du féminin étant malheureusement très souvent une réalité bien qu’il y ait eu une petite évolution mais vraiment minime.
“Si le masculin cache le féminin, c’est parce que la presse, en général, est pensée pour les hommes, centrée sur un public masculin qui lui ressemble et à qui elle s’adresse”.
Impossible également pour Natacha Henry de ne pas parler du paternalisme lubrique. “Il désigne le comportement d’un ou plusieurs hommes vis-à-vis d’une femme qui est plus jeune ou en situation vulnérable, voire précaire. Exemple : la femme demande à son supérieur s’il désire jeter un coup d’oeil à son dossier et il lui répond : ‘Avec des yeux pareils, je ne peux rien te refuser !”
Natacha Henry a abordé, par ailleurs, les faits divers où, en France, derrière un meurtre ou viol, se cache très souvent une histoire de coeur. Une situation qui donne très souvent lieu à une prise de position du meurtrier qui bénéficie de l’immunité amoureuse.
“Pour un triple meurtre à Rivesaltes, on trouvait des titres tels ‘Une déception amoureuse à l’origine du triple meurtre de Rive-saltes’, ‘Une rupture amoureuse à l’origine de la tuerie’, ‘Un amant déçu’… La presse emploie des titres tels ‘Amoureux éconduits’, ‘Crime passionnel’, ‘Drame de la rupture’, alors les femmes qui lisent ‘amour’ quand elles pensent terrorisme se demandent qui les prendra au sérieux”, précise l’interlocutrice.
Et de poursuivre “qu’il faut être du côté des victimes et non l’inverse”.
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