Le Matinal: Carême 2010 : Mgr Maurice Piat préoccupé par l’éducation que reçoivent les jeunes Carême 2010 : Mgr Maurice Piat préoccupé par l’éducation que reçoivent les jeunes ================================================================================ Jean-Denis Permal on Wednesday 17th of February 2010 - 12:25:00 Dès le début de la lettre pastorale, Mgr Maurice Piat, affirme qu’il est préoccupé par l’éducation que reçoivent les jeunes actuellement. “Malgré de gros moyens déployés et malgré l’engagement généreux des enseignants dans les écoles d’Etat comme dans les écoles privées, le taux d’échec en fin de primaire se situe aux alentours de 35 % et le taux d’abandon scolaire au cours du secondaire est de 15 %. Ce qui est alarmant”, dit l’évêque de Port-Louis. Cette situation mérite qu’on s’y attarde car comment se fait-il que malgré une scolarisation gratuite offerte à 100 % des enfants mauriciens jusqu’à l’âge de 16 ans, près de 50 % d’entre eux sorte de là sans aucune qualification académique. Pour lui, “l’éducation humaine de nos jeunes laisse à désirer”. Plusieurs faits émergent de l’actualité comme des signes inquiétants : taux d’absentéisme scolaire élevé, violence verbale et physique à l’école, circulation de drogue et des objets de pornographie dans les cours de récréation. “Comment se fait-il que notre pays qui a connu tant de succès au niveau du développement économique, donne des résultats si décevants au niveau du développement humain de la jeunesse”, se demande l’évêque de Port-Louis. Pour tenter d’expliquer cette situation, on a trop souvent tendance à accuser les parents. “On dit souvent que les parents sont négligents et qu’ils ne s’intéressent pas à l’éducation de leurs enfants. Au lieu de les accuser, il faut les comprendre dans leurs difficultés et d’être solidaire avec eux”, dit-il. Analysant le système éducatif, Mgr Maurice Piat dira que le premier symptôme de maladie grave de notre système éducatif est le taux d’échec chronique aux examens de fin du primaire. “La grande majorité des 34 % de jeunes qui échouent au CPE chaque année ne savent ni lire ni écrire après six années de scolarisation. De plus, ceux qui sont reçus au CPE avec des notes très faibles, environ 16 % chaque année, abandonnent l’école après deux ou trois années au secondaire”, dit Mgr Piat. LE CREOLE A L`ECOLE Analysant les causes de cet échec, Mgr Maurice Piat a affirmé que le programme d’études proposé ainsi que la pédagogie utilisée ne tient pas compte suffisamment de l’enfant, des réalités de son milieu familial, de sa langue maternelle, ni de l’univers culturel où il évolue. “Or nous savons que d’après les statistiques officielles, que le créole est la langue maternelle de 80 % des Mauriciens. Il ne s’agit pas d’enfermer l’enfant dans son univers culturel ni dans le réseau relativement restreint de sa langue maternelle. Il s’agit de tout simplement commencer son éducation scolaire en respectant la langue qu’il a apprise sur les genoux de ses parents, de la valoriser, et de le rejoindre ainsi dans son contexte culturel”, dit Mgr Piat. Il est temps, dit-il, de surmonter les préjugés tenaces qui écartent la langue créole de la place qui lui revient à l’école. Il faut cependant ne “pas imposer la langue créole à tous les enfants”. Il a aussi affirmé qu’il y a d’autres facteurs qui sont à l’origine de ce taux d’échec. Pauvreté, responsabilité familiale, les foyers déchirés, l’atmosphère tendue, la prolifération des maisons de jeux ou de débit d’alcool, la prostitution en sont du nombre. Les enfants se sentent comme si piégé dans une société qui ne reconnaît pas leur univers culturel et ne valorise pas leurs talents. “Pendant 6 à 9 ans, ces enfants ont eu souvent comme seul recours de jouer la comédie à l’école pour prétendre qu’ils comprenaient”, fait ressortir l’évêque de Port-Louis. Ce qui est encore inconcevable est qu’on ne cesse pas de le “répéter comme un mantra que la principale richesse de l’île Maurice ce sont ses ressources humaines”. Or environ, 50 % de ces ressources sont négligées. Il rappelle que 70 % des demandeurs d’emploi à Maurice n’ont pas de Higher School Certificate. Un deuxième symptôme de maladie grave dans le système éducatif est plus subtil, selon lui. Ce sont les leçons particulières. Cette école parallèle profite aux enseignants, arrange les parents qui travaillent jusqu’à tard mais finit par abrutir les enfants. Elles ne développent en rien la capacité de raisonner chez l’enfant. Elles privent l’enfant de toutes les activités gratuites tels le sport, la musique, le théâtre ou la culture. C’est l’hypercompétivité de notre système d’éducation qui en est la cause. A cause de cette “compétition malsaine ”, toute l’attention des parents et des enseignants se concentre non pas sur les moyens à prendre pour développer la personnalité humaine de l’élève. C’est pourquoi, il est du devoir de tout citoyen de bonne volonté de soutenir les mesures proposées par le ministère de l’Education. Elles concernent entre autre l’introduction du système de ‘continuous assessment’ au primaire, l’interdiction progressive des leçons particulières, le remplacement du CPE par un examen national à la fin de la Form III, offrir des bourses à chacune des régions scolaires de l’île. Il précise que le “ but de l’école n’est pas de faire de sorte que l’élève obtienne le meilleur résultat possible à l’examen et contribue ainsi à la réputation académique de l’établissement”. Mais plutôt l’école est faite pour éduquer l’élève. La réussite de l’élève ne se mesure pas simplement à ses résultats. “L’éducation n’a pas pour but de rehausser le blason de l’école ou de servir l’ambition de la famille. Elle doit viser seulement le développement humain de l’enfant”, écrit Mgr Piat dans la lettre pastorale. L’évêque de Port-Louis dira aussi que de nos jours les jeunes sont confrontés à une multiplicité de models de pensée ou de mœurs qui sont privilégiés subtilement par les media et la publicité. “Dans ce contexte, il est d’autant plus urgent que les jeunes soient entraînés à réagir de manière critique par rapport aux médias. Sans cet apprentissage du raisonnement critique, le jeune est très vulnérable. Il peut facilement se laisser berner par ses propres passions, ou par les illusions qui sont vendues par une publicité sans scrupule”, dit l’évêque de Port-Louis. De nos jours, les enfants ont dû mal à être patients. Ils veulent tout avoir et toute de suite. Il faut apprendre à attendre, respecter le rythme de sa vie et à ne pas brûler les étapes. Il faut faire sa vie ‘ti pas, ti pas’, a déclaré Mgr Piat en présence du vicaire général, Jean Maurice Labour. L’enfant à qui on n’a rien refusé et qui a toujours obtenu tout ce qu’il voulait toute de suite est finalement un enfant très exposé, fait-il remarquer. Mgr Maurice Piat parle aussi de la nécessité d’enseigner l’Evangile aux chrétiens. Il faudra que ce sujet soit accessible à tous les chrétiens dans les écoles. Pour pouvoir, enseigner le ‘Bible Studies’ au niveau du HSC, un diplôme universitaire est nécessaire. Mais l’Université de Maurice n’offre pas encore un diplôme universitaire. Il faut ainsi que l’Université de Maurice ouvre un département de “Christian Studies” pour combler ce vide. DEBUT DU CAREME EN CE MERCREDI DES CENDRES Le début du carême démarre aujourd’hui avec le mercredi des cendres. Le carême est une période de quarante jours de jeûne que l’Eglise a instituée en référence aux 40 jours de jeûne effectués par Jésus Christ dans le désert. L’Eglise catholique appelle simplement carême la période de préparation à la fête de Pâques, qui est dans le calendrier chrétien, la plus grande fête de l’année. Elle commémore la résurrection du Christ. Durant cette période, l’Eglise catholique demande aux fidèles de jeûner au minimum les mercredis des cendres et le vendredi saint.