Le Matinal: Editorial: Qu'il lui jette la première pierre… Editorial: Qu`il lui jette la première pierre… ================================================================================ Kiran Ramsahaye on Friday 3rd of September 2010 - 01:28:00 On se souvient dans un passé pas trop lointain qu’au moins trois ministres – Michaël Glover, Régis Finette et Karl Offman – avaient déclaré haut et fort qu’ils étaient “avant tout catholiques et ministres après”, même s’ils avaient été élus par la majorité des suffrages des non-catholiques. Cependant, leurs propos n’avaient soulevé la moindre passion de la part des médias. La majorité de la population mauricienne est habituée à ce jeu et elle sait porter son propre jugement, ne serait-ce qu’en silence. Le choix systématique de jeter une catégorie de gens en pâture est des fois trop flagrant. A ceux qui se posent en champions de l’antisectarisme, disons-le haut et fort : le sectarisme est un phénomène tristement ancré à Maurice et tout le monde le pratique à un moment ou un autre. Il convient de demander à celui qui affirmerait le contraire de jeter la première pierre… D’abord c’est notre système politique qui engendre le sectarisme à travers le Best Loser System, qui pourtant devait initialement servir de garantie pour une représentation de toutes les composantes de la population. Selon les dispositions de la loi électorale, il est obligatoire pour les candidats aux élections générales de déclarer leur appartenance ethnique. Cela, afin de permettre, à l’issue des élections, le rétablissement de l’équilibre ethnique au Parlement à travers la nomination des meilleurs perdants. Au-delà de ce système électoral qui, rappelons-le, a non seulement fait ses preuves mais a énormément contribué à la stabilité politique quasi permanente du pays, les politiciens de tout bord l’ont exploité à fond pour des intérêts purement électoralistes. Aucun politicien ne peut aujourd’hui prétendre de n’en avoir pas fait usage, surtout durant des campagnes électorales. Ainsi, tous les grands partis politiques et tous les politiciens se livrent, avec la complicité tacite de l’électorat dans son ensemble, à la pratique du sectarisme lorsqu’ils placent leurs candidats uniquement par rapport aux profils ethnique et sous-ethnique des circonscriptions. Ils organisent invariablement des réunions privées uniquement sur des critères ethniques et sous-ethniques et utilisent toujours un langage sectaire à peine voilé. Les gouvernements qui se sont succédés depuis les élections générales de 1976 ont tous constitué leurs conseils de ministres et ont procédé aux nominations politiques principalement sur une base sectaire. Comble d’hypocrisie, depuis 1996, pratiquement tous les dirigeants politiques du pays sont unanimes que le système électoral actuel comporte des éléments qui génèrent et perpétuent le sectarisme. Tous les manifestes électoraux font état de la nécessité d’apporter des réformes afin d’introduire une dose de proportionnelle pour assurer une représentation nationale et équitable à l’Assemblée nationale. Mais le paradoxe demeure que les princes n’arrivaient pas, même en leur qualité de partenaires au sein d’un gouvernement, à trouver un consensus quant à la formule de réforme qui serait la plus appropriée pour le pays. L’éternel conflit entre l’intérêt partisan et celui de la nation a constamment servi d’obstacle à toute tentative de réformer le système. Le gouvernement MSM-MMM issu des élections de 2000 sous la direction de sir Anerood Jugnauth avait pourtant pris l’initiative d’instituer une commission indépendante afin de formuler des propositions de réforme. L’éminent expert sud-africain en la matière, Albie Sachs, le commissaire électoral indien Bal Bihari Tandon ainsi que le juriste mauricien Robert Ahnee ont abattu un travail monumental à cet effet. Leur rapport déposé en janvier 2002 devait être mis en sommeil parce qu’après le départ de sir Anerood à la State House les deux partenaires du gouvernement, le MSM et le MMM, ne parvenaient pas à accorder leurs violons sur le type de réforme à être appliqué. Manifestement, l’intérêt national était sacrifié sur l’autel de l’égoïsme. Navin Ramgoolam, quant à lui, avait annoncé en 1996, subséquemment en 2005 et tout récemment, durant la campagne électorale de cette année, qu’il compte sérieusement apporter des éléments de réforme dans le système. Mais jusqu’ici le consensus si nécessaire entre le gouvernement et l’opposition se fait toujours attendre. Ose-t-on espérer que ce sera chose faite durant ce présent mandat ? S’il est vrai que le sectarisme est un mal perpétuel et, certainement, encouragé par la loi du pays, il est aussi vrai qu’au moins deux opportunités qui s’étaient présentées dans notre histoire politique pour l’endiguer, sans pour autant passer par de pénibles réformes, avaient malheureusement été dilapidées par ceux-là même sur qui la destinée avait porté son choix. Il s’agit du MMM et de son leader historique Paul Bérenger. Après l’indépendance du pays, le MMM, jeune parti d’alors, avec des idées qui enflammaient l’imagination de toute la jeunesse, promettait de combattre le communalisme et le sectarisme sous toutes ses formes. La majorité de la population avait placé sa confiance et son espoir d’une île Maurice meilleure en son leader. L’élection partielle de 1970 à Pamplemousses-Triolet où Dev Virahsawmy avait battu le candidat travailliste qui, pourtant, correspondait au profil traditionnel de la circonscription, était la preuve de la somme de confiance que la population vouait au MMM. Après cette écrasante victoire le rêve collectif d’un jeune peuple avide d’une nation qui arriverait à transcender les considérations ethniques dans ses décisions politiques se cristallisait en véritable espoir. En quelque sorte, l’élection de Dev Virahsawmy se présentait comme la clé, si nécessaire, pour exorciser les démons du sectarisme créés dans le sillage des élections de 1967. Mais au fil des années ce parti a basculé dans l’autre extrême pour pratiquer pleinement ce que les militants des premiers jours qualifiaient de “communaliste-castéiste scientifique”. C’est bien cela qui a fortement contribué à la fragmentation de la population en groupes et sous-groupes ethniques et, au passage, a institutionnalisé le sectarisme. En 1982 la population avait accordé un soutien indéfectible à Paul Bérenger. Mais obsédé par ses calculs sectaires scientifiques, il avait carrément dilapidé l’opportunité qui se présentait pour la création d’une nation arc-en-ciel. Il avait commis exactement les mêmes délits qu’il reprochait à ses adversaires d’alors. Neuf mois plus tard, après un plébiscite unanime, il allait tout chambarder non sans avoir provoqué de profondes blessures à l’unité nationale. Ainsi il volatilisait la première opportunité de reconstruire la nation. Idem pour sa seconde chance, qui se présenta en 2000, lorsque la population l’avait massivement voté au poste de Premier ministre pour deux ans. En raison de ses sempiternelles machinations sectaires et sa mauvaise gestion des affaires publiques, il était contraint de regagner les rangs de l’opposition. Entre-temps, les médias continuent à lui accorder la palme du parfait anti-sectaire et les autres sont des communalistes infects…