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Vinod Seegum dit non à l’abolition du CPE

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Vinod Seegum.

Non à l’abolition du Certificate of Primary Education (CPE). Mais, il faut lutter contre le ‘school dropout’, dit Vinod Seegum, président du Government Teachers Union (GTU). Dans l’interview accordée au Matinal, il avance que chaque année, environ 33 % des enfants ne réussissent pas aux examens du CPE et se retrouvent à la rue. Cette situation est, pour lui, un drame national.

“Il faut améliorer le CPE qui est devenu une sorte de ‘dumping ground’”

Le président du GTU, qui aborde son quatrième mandat consécutif à la tête de cette formation syndicale réunissant 5 000 membres, livre ses réflexions sur la situation qui prévaut sur la scène politique.

Pour lui, “certaines personnes ayant un agenda caché ont tenté de déstabiliser la situation sur le plan politique”. “Le pays a besoin d’un gouvernement fort et ne peut pas continuer à vivre dans une ambiance de campagne électorale perpétuelle”, soutient Vinod Seegum.

Le Government Teachers Union est un syndicat libre et démocratique. Pour nous, la liberté d'un individu est primordiale dans un Etat de droit. Et, les leçons particulières sont les droits fondamentaux d'un individu.”

“Il faut améliorer le CPE qui est devenu une sorte de ‘dumping ground’”


C’est votre quatrième mandat à la tête du GTU. Quel regard portez-vous sur le mouvement syndical actuellement?

Le GTU est le syndicat le plus représentatif à Maurice avec à son actif environ 5 000 membres. Nous sommes le plus gros syndicat au pays. Cette situation est très cocasse quand on sait qu’il existe au pays des fédérations syndicales avec à leur actif environ 100 à 200 membres. Le GTU est aussi le syndicat le plus démocratique au pays. L’exécutif du syndicat est élu par le système ‘one man one vote’, comme pour les élections générales. Ces élections sont plus démocratiques dans le sens que dans d’autres formations syndicales celles-ci se font par le système de Proxy où par le système de vote par des groupes de délégués. Le GTU a gardé son système de vote jalousement. Au fond de moi, j’aurai aimé qu’il y ait une grande unité syndicale dans le pays, où tous les syndicats unissent leurs forces pour que le mouvement syndical ait une force de frappe sur l’échiquier. Figurez-vous que Maurice est considéré comme un champion en termes de prolifération syndicale. On compte 400 syndicats pour une classe laborieuse de 600 000 personnes. C’est trop. C’est le même scénario du côté des fédérations syndicales.

On compte 21 fédérations syndicales et sept confédérations syndicales. Au GTU, notre cheval de bataille a toujours été contre la prolifération des syndicats. Uniquement dans le secteur de l’éducation, on compte une cinquantaine de syndicats.

Cette situation arrange bien les affaires du gouvernement parce que les syndicats sont divisés et on n’arrive pas à trouver un consensus sur des sujets qui touchent les travailleurs.

Qu’est-ce qui explique cette absence d’unité syndicale ?

Il existe des gens n’ayant pas de compétence et d’engagement qui veulent agir comme présidents d’un syndicat pour qu’ils puissent jouir de certains avantages tels que des billets d’avion, de siéger au sein des conseils d’administrations, bénéficier des facilités de time-off pour aller se frotter avec des ministres, etc…Moi, j’ai toujours été contre ces avantages. Je me considère comme un syndicaliste qui est libre de mes opinions, de mes pensées et de mes actions. Les avantages que convoitent ces gens ne m’intéressent pas. Je ne siège d’ailleurs dans aucun conseil d’administration. Mes mains ne sont pas attachées avec qui que ce soit.

Pourquoi le GTU a toujours été contre l’abolition des leçons particulières ?

Nous sommes un syndicat libre et démocratique. Pour nous, la liberté d’un individu est primordiale dans un Etat de droit. Les leçons particulières sont des droits fondamentaux d’un parent qui veut les octroyer à son enfant pour assurer son avenir. Je considère que c’est un droit constitutionnel. Je ne serai pas d’accord si on vient freiner cette liberté. C’est comme si un parent a le choix d’emmener son enfant chez un médecin privé ou à l’hôpital. Le gouvernement encourage le secteur privé à construire des écoles. Quelle est la logique ? Si les fonds consacrés à l’éducation avaient été dispensés de façon judicieuse, les parents n’auraient pas pris cette voie. C’est parce qu’il y a une demande pour les leçons particulières que cette pratique existe. Je ne veux pas être partie prenante pour aller enlever la liberté fondamentale d’un individu. En 1987, feu Sir Gaëtan Duval avait dit lors d’un face-à-face à Rose-Hill, que les leçons particulières sont aussi vieilles que le plus vieux métier du monde. Ce n’est pas maintenant qu’on abolira les leçons particulières. Le GTU a des opinions bien arrêtées sur les leçons particulières. Le syndicat est contre toute forme d’abus. Cela fait plusieurs années que nous réclamons la mise sur pied d’un Teacher’s Council pour réglementer ce secteur pour qu’il n’y ait pas d’abus.

Ne pensez-vous pas que les leçons particulières existent parce que les enseignants ne font pas leur travail correctement à l’école ?

Pas du tout. C’est une très fausse conception. Etant enseignant pendant plus de 32 ans, je peux vous dire que le problème se trouve au niveau du programme d’études qui est ‘highly bulky’. Il est impossible de tout compléter à l’école. Si l’enfant prend des leçons particulières avec son enseignant trois fois par semaine, le parent l’emmène ensuite chez d’autres enseignants. Que ce soit dans les villes ou les villages, les enfants font la queue chez certains enseignants. Les examens du CPE ont au fait deux objectifs : obtenir un certificat et avoir un collège pour poursuivre ses études. Il est donc tout à fait normal que les parents cherchent à avoir le meilleur collège pour leurs enfants. Ce n’est pas comme si les enseignants dispensent des leçons particulières pour se faire des sous. Au fait, la gangrène des leçons particulières se trouve dans les établissements secondaires. Certains élèves prennent des leçons particulières dans toutes les matières. C’est comme cela dans une démocratie. J’ai été à la base de l’octroi des leçons particulières dans les écoles. En septembre 1989, le ministre de l’Education d’alors, Armoogum Parsooramen, avait réuni les délégués syndicaux. On dispensait à l’époque des leçons particulières dans des garages, des entrepôts et même dans des bâtiments en décrépitude dans la capitale. Il n’y avait pas de toilettes, pas de lumière. L’insécurité se faisait sentir. J’ai attiré l’attention du ministre de l’Education d’alors sur cette situation alors que les infrastructures scolaires existent dans le pays. En janvier 1990, l’autorisation a été accordée aux enseignants pour dispenser des leçons particulières. Cette décision a, par la suite, été contestée, mais feu James Burty David a remédié à la situation. Cela fait 21 ans que les écoles sont ouvertes pour les leçons particulières.

Etes-vous en faveur de l’abolition du CPE ?

Le GTU n’est pas en faveur de l’abolition du CPE. Je ne souhaite pas me lancer dans la démagogie. Abolir le CPE pour quoi faire ? Je suis quelqu’un de pragmatique et je suis raisonnable dans mes actions. Il faut certes un système pour que les enfants aient accès aux collèges. Il faut faire remarquer qu’on n’avait pas touché au CPE lorsqu’on est venu avec le concept de régionalisation. Beaucoup ont réclamé l’abolition du CPE sans pour autant proposer quoi que ce soit. Qu’on le veuille ou non, tout le monde convoite les ‘stars colleges’. Il faut trouver certes un système pour canaliser les enfants. Cela prendra beaucoup d’années pour que tous les collèges soient au même niveau. Mais, on peut améliorer le CPE qui est devenu une sorte de ‘dumping ground’. Ce qu’on apprenait au SC et au HSC a été transposé au primaire. Aujourd’hui, ces enfants sont appelés à faire des calculs de mathématiques qui n’existaient pas auparavant au niveau du SC. Des ministres ne sauront pas accorder certains verbes qui existent au CPE ! Je suis en tout cas en faveur d’un assouplissement du niveau du CPE pour qu’il soit plus acceptable. Il ne faut pas que le CPE devienne effrayant. Je connais des parents qui prennent des congés avant ces examens pour aider leurs enfants à apprendre matin et soir. Tout cela arrive parce qu’il y a un goulot d’étranglement qui se profile à l’horizon. Chaque année, le pays enregistre entre 32 et 33 % de ‘school dropout’. Ces enfants se retrouvent à la rue. Je considère cette situation comme une tragédie nationale. L’ancien ministre de l’Education, Dharam Gokhool, avait déclaré que ‘no child shall be left behind but nothing concrete has been implemented’ pour s’attaquer à ce cancer. Aucun ministre de l’Education depuis que le CPE existe n’a vraiment su attraper le taureau par les cornes. Il fallait mettre sur pied un comité de crise parce qu’il s’agit là d’une calamité nationale. Lors du dernier forum ayant trait au pre-voc, j’avais formulé l’idée que les recalés du CPE soient admis toute de suite au pre-voc. Il existe une circulaire datant de 1992 qui stipule que lorsqu’un enfant échoue au Std III, il faut qu’il répète cette classe. Je pense qu’il ne faut pas s’arrêter là. Il faut qu’on mette à la disposition des enfants des ‘remedial teachers’. Une trentaine d’enseignants ont déjà obtenu leur ‘Diploma in Special Education Needs’. Mais ces derniers sont affectés dans d’autres domaines. Il fallait retenir leurs services et embaucher des psychologues pour ces enfants. Le drame dans nos écoles est qu’on pratique la promotion automatique. Résultat de la course, c’est l’échec aux examens du CPE. Cette situation est devenue un danger sur le plan social. On constate que la plupart des jeunes qui commettent des délits n’ont pas obtenu le Certificate of Primary Education. Le pays deviendra invivable si on ne s’attaque pas à ce problème. Un Etat qui accorde de l’éducation gratuite à ses enfants aurait dû veiller à ce qu’aucun d’entre eux n’échoue aux examens.

Pourquoi êtes-vous contre l’Enhancement Programme (EP) ?

Pour moi, l’EP est venu avec un seul but : éliminer les leçons particulières au niveau du Std IV. Mais, c’est au fait une forme de leçon étatisée. Pourquoi n’avoir pas essayé de l’effectuer durant les heures normales des classes ? Le ministre de l’Education avait même signifié son intention d’aller amender la section 37 (A) de l’Education Act pour abolir les leçons particulières au niveau du Std IV. Pour moi, l’EP est en train d’être fait dans une cacophonie extraordinaire. Les parents qui ont les moyens n’ont pas adhéré à ce projet. Les parents qui sont mieux lotis affirment : ‘Zot pas pu faire zot zenfant reste dans lekol pour zoue lamarel, zoue boule’. Tout cela coûte de l’argent à l’Etat.

Et puis, il est difficile de contrôler l’emploi du temps des enseignants affectés au EP. Le taux d’adhésion à ce programme dans des quartiers chic est faible. Nous au GTU, nous sommes résolument contre une éducation à deux vitesses.

Que pensez-vous de l’introduction de la langue créole comme médium d’enseignement dans le cursus scolaire ?

Le GTU est au fait le champion pour la promotion de la langue créole. Dans les années 80, tout le monde était tombé d’accord sur l’utilisation du créole comme un médium d’enseignement. Nous sommes 1 000 % d’accord qu’il faut apprendre cette langue. Le seul contentieux que nous avons est que le  ministère de l’Education veut aller vite avec ce projet. Des cours de six mois sont dispensés aux enseignants. Je pense qu’il fallait au moins l’échelonner sur trois ans comme c’est le cas pour l’hindi, le tamoul ou le General Purpose. Comme un syndicat responsable, je ne peux pas jubiler pour dire que cette façon de faire est bien. Nous accordons tout notre soutien pour l’introduction de la langue créole. Les membres de l’exécutif du GTU disposent déjà d’un certificat délivré par Ledikasyon pu travayer en matière de la langue créole.

Qu’en est-il de la promotion dans le cycle primaire ?

Actuellement, la promotion des Deputy Head Teachers est effectuée par le processus de l’ancienneté, qui est un acquis syndical. En 2008, le PRB voulait casser ce système, cela s’est terminé par une grande manifestation. Tout est retourné à la normale par la suite. Sauf pour les Head Teachers, où l’exercice de promotion doit passer essentiellement par la compétence.

Le rapport du PRB dit qu’en juillet 2012, la compétition doit devenir un critère pour devenir des maîtres d’école. Le ministère voulait appliquer cette décision maintenant. Nous ne sommes pas d’accord.

Quelles sont les principales revendications du GTU pour le prochain rapport du PRB ?

Nous voulons que les enseignants du primaire et du secondaire soient sur un pied d’égalité en termes de grille salariale. Le MIE a dispensé des cours pour que tous les enseignants aient un diplôme. Il est donc inacceptable que le salaire de base d’un enseignant du primaire démarre à Rs 11 200, alors qu’un enseignant du secondaire démarre avec un salaire de Rs 14 000. Pourquoi cette discrimination ? J’ai dit au PRB que constitutionnellement “you cannot discriminate”. En Finlande, un enseignant du primaire et celui du secondaire touchent le même salaire. Les recherches pédagogiques indiquent qu’il est plus difficile d’enseigner au niveau du primaire. Maintenant, le PRB doit venir justifier pourquoi notre demande ne peut pas être acceptée. Il doit nous dire également pourquoi des enseignants de langue orientale ayant plus de 40 ans de service, n’ont pas la possibilité d’être promus au poste de Deputy Head Teacher.

La violence dans les écoles devient de plus fréquente ?

Il est étonnant de constater que de nos jours, les élèves agressent des enseignants. En 1990, l’ancien ministre de l’Education, Armoogum Parsooramen, avait créé une Academy of human values. J’avais proposé que l’assemblée du matin soit utilisée pour inculquer les valeurs humaines. Le projet n’a pas eu de suite. Il faut inviter des notables pour moraliser les jeunes dans les écoles. Ils sont invités, mais uniquement pour les fêtes de l’indépendance. Ils parlent souvent de moralité ce jour-là. Mais zot manz gato zot ale après.

Que pensez-vous de l’évolution de la situation sur l’échiquier politique ?

Le pays, les fonctionnaires et les travailleurs appréhendent l’instabilité politique. Une instabilité peut être fatale pour l’économie du pays, surtout avec la crise économique mondiale qui nous menace. Nous croyons que certaines personnes ayant d’autres agendas ont créé une instabilité. Les fonctionnaires pensent que le pays ne peut pas soutenir une campagne électorale perpétuelle. Nous réclamons un gouvernement fort pour que le pays progresse et nous puissions vivre en paix, dans la stabilité et dans la prospérité.



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