Produire du ‘Made by Mauritius’ en Afrique
Afsar Ebrahim, Partner Audit and Business Advisory à BDO, a récemment été en Afrique du Sud où il a participé à une conférence sur le développement économique de Maurice, les opportunités et les défis qui l’attendent. Cette conférence fait partie d’une stratégie régionale plus large pour BDO. Dans cet entretien, il aborde plusieurs sujets ayant trait à l’investissement et à l’économie locale.
De votre exposé, vous avez clairement affirmé que Maurice a beaucoup de potentiel pour devenir un centre d’investissement dans cette partie du monde. Croyez-vous que Maurice s’exploite au maximum ?Nous n’optimisons certes pas le potentiel car nous n’avons pas de stratégie régionale cohérente. Il nous manque un plan stratégique. Comment et où devrions-nous procéder par rapport à l’implémentation d’une stratégie, sont des questions que nous devons nous poser. La clé pour débloquer notre rôle régional est de revoir notre accès aérien et maritime avec le continent africain. De plus, nous devons avoir une autre approche à la gestion de risques par rapport à l’Afrique ; nous ne pouvons gérer cela avec une perspective de l’Ouest où on ne voit que les challenges et pas les opportunités.
Vous avez aussi dit que le secteur du global business de Maurice a émergé avec l’aide des traités de non double imposition signés avec quelque 35 pays, le plus important étant l’Inde. Est-il possible d’exploiter les autres traités dans l’intérêt de Maurice et les rendre autant profitables que celui de l’Inde ?
Notre traité avec l’Inde n’est qu’un traité parmi tant d’autres. C’est vrai que ce traité remporte la palme aux autres traités signés, mais ceux qu’on a avec les différents pays africains méritent que l’on s’y attarde. Nous avons également des traités qui sont en passe d’être ratifiés, et une fois cela fait, nous aurons une couverture encore plus accrue. Au-delà des traités, nous avons les ‘Investment Protection and Promotion Agreement’ qui constituent un argument de vente important pour l’investissement en Afrique.
Vous avez mentionné que Maurice n’est plus une zone de production à coûts faibles car le pays aspire à devenir un centre de commande pour des opérations africaines, en même temps que promouvoir de la valeur ajoutée à ce profil de production. Vos commentaires.
Tout est relatif; indépendamment des pays avec lesquels on nous compare, on peut être moins cher. Il existera toujours quelqu’un qui produira à moins cher, mais qu’en est-il de la valeur ajoutée que le client recherche ? Certains pays de l’Afrique ont les mêmes coûts de production ex-usine, comme en Chine, mais leurs faiblesses se situent au niveau des infrastructures de transport. Nous devons identifier les marchés niches et être très vigilants sur nos choix de pays et de marchés. Nous sommes une petite économie et nous avons tout à gagner en évoluant au sein des marchés niches. Nous pouvons contribuer dans le secteur des services et avoir le bon mélange pour produire du ‘Made by Mauritius’ a l’opposé du ‘Made in Mauritius’
Croyez-vous que les efforts sont fournis par les autorités pour promouvoir Maurice comme une destination amicale pour l’investissement ?
La BOI s’évertue à identifier les opportunités en Afrique ; Enterprise Mauritius fait sa part aussi. Mais au final, c’est aux chefs d’entreprises de prendre des décisions d’investissements en analysant bien les marchés, l’environnement, les acteurs et les intermédiaires avec lesquels on ferait affaire. C’est exactement pour ces raisons qu’il nous faut des facilitateurs qui connaissent le terrain ; BDO DCDM est l’une de ces compagnies qui a une longue connaissance de l’Afrique et qui aide les compagnies mauriciennes à réussir leur expansion et leur ambition régionale.
La Business Facilitation Act, adoptée par le gouvernement il y a quelques années, était une pierre angulaire pour ouvrir Maurice aux investisseurs internationaux. Croyez-vous que trop d’ouverture pourrait avoir un effet contraire sur les entreprises locales ?
Nous vivons à l’échelle mondiale et nous nous devons d’être efficients. Il faut de plus un environnement de libre compétition, présent à tous les niveaux de la chaîne de production. Nous ne pouvons nous retourner sur nous-mêmes et prôner l’insularité ou le protectionnisme. Le maître mot est ‘level playing field’.
Le crash des principales Bourses de par le monde a mené à des critiques sévères pour les grandes économies sur leurs politiques actuelles. Maurice ambitionne à devenir un centre financier actif avec le renforcement de sa Bourse et la mise en place d’une Bourse multi-actifs. Que peut apprendre notre petite économie des géants économiques qui se sont cassé la figure sur des échecs ?
Le concept des marchés libres poussé à l’extrême ne marche pas. Il nous faut un bon dosage de réglementation et de cadre législatif, mais ceux-ci ne doivent pas freiner la croissance des affaires. Il nous faut des mécanismes de contrôle afin que les entreprises puissent se développer et que le commerce fleurisse. La deuxième leçon : il n’y a pas une entreprise qui pourra soutenir la croissance si elle n’a pas un bon ‘balance sheet’. La structure du capital et de l’endettement est critique, et il faut mettre l’accent sur la gestion du ‘cash flow’ plus que sur le profit, au niveau des comptes. Nous devons changer de paradigmes, du profit comptable au profit cash.
Vous êtes favorable à un secteur bancaire fort pour le paysage financier mauricien. Est-ce que vous pensez que Maurice propose assez de produits financiers pour attirer les investisseurs ?
Il y a un manque de connaissances des produits que les banques offrent. Un bon ‘business plan’ trouvera toujours un financement pour le capital et la dette. On formule souvent des critiques, parfois injustement, envers les banques. Mais les propositions sont souvent mal présentées. Elles ne sont ainsi pas retenues car les banques ne s’aventurent pas dans le domaine du capital-risques (Venture Capital).
Après le scandale 2G en Inde, Maurice semble devoir se justifier comme centre offshore sérieux. Quel était le feedback en Afrique du Sud ; est-ce que les investisseurs croient toujours en Maurice comme plate-forme financière de renom ? Ne pense-t-on pas que nous ne sommes qu’un autre centre de blanchiment d’argent ?
En Afrique du Sud, l’île Maurice a une solide réputation de centre financier de poids et de renom. Les intérêts sont de deux sortes, et distinctes :
(i) les investisseurs souhaitent établir leur siège social ici pour le commerce, le domaine foncier, la vente et l’hôtellerie ;
(ii) ils vont se servir de Maurice comme plate-forme d’investissement en prenant avantage des nombreux traités avec les pays africains, et aussi de l’accord de promotion et de protection des investissements - un argument de vente très fort pour Maurice. La question de savoir si Maurice est tout simplement un paradis fiscal n’est même pas posée. La communauté des investisseurs étant très sophistiquée, elle comprend qu’il y a plus à Maurice qu’une simple juridiction avec une faible fiscalité.
Sur CNBC dans l’émission ‘Beyond Markets’, vous dites que l’Afrique est vraiment une manne. Vous semblez avoir beaucoup d’espoir sur le continent Noir. Comment est-ce que les régimes fiscaux peuvent être un argument de taille pour attirer des investissements ?
L’Afrique est composée de 54 pays. De nombreuses personnes pensent qu’il s’agit d’une seule entité parce que c’est un continent, mais chaque pays a ses défis et ses exigences. Le régime fiscal varie de pays en pays, et il n’y a pas de politique uniforme. La raison pour investir est l’attrait de la proportion des retours par rapport aux risques. C’est la facilité de faire des affaires, couplée aux nombreuses opportunités. Le régime fiscal est le dernier item de la liste de critères car il y aura toujours des opportunités d’arbitrage. Et si cela n’existe pas, ce sera tout bonnement ajouté.
Qu’est-ce que Maurice a qui pourrait le positionner comme un centre offshore de choix ?
Maurice offre une multitude d’avantages, allant de sa position stratégique à la facilité d’y faire des affaires. Maurice offre également un centre financier de poids, un régime fiscal attrayant où la plus-value n’est pas taxable. De plus, il y a de nombreux traités de non double imposition qui offrent une pléiade d’opportunités et un accord de protection et de promotion des investissements. Tout cela offre une couche supplémentaire de protection aux investisseurs souhaitant aller en Afrique.
Dans un papier d’opinion que vous avez rédigé pour ‘GBOT Markets’, vous parlez de la troisième vague de croissance. Parlez-nous de cela.
En fait, nous avons très bien réussi, en ce qu’il s’agit d’attirer de nouveaux investissements ‘à Maurice’, et nous avons eu autant de succès en termes d’investissements ‘à travers Maurice’, c’est-à-dire en mettant sur pied le ‘Special Purpose Vehicle’ dans le secteur offshore pour les investissements vers l’étranger. Quand je parle de la troisième vague, je fais référence aux investissements ‘de Maurice’.
‘Ile Maurice Inc.’ devrait développer une connaissance du marché africain et établir des liens d’affaires avec les entreprises africaines et, là où c’est nécessaire, avoir des connexions avec les investisseurs asiatiques. Nous n’avons pas la puissance financière des Indiens et des Chinois, mais nous devrions développer un avantage compétitif dans la connaissance du marché car cela peut être soutenu sur la durée. Nous devrions continuer à explorer les opportunités d’investissements en Afrique en prenant avantage des coûts de production qui sont encore bas.
C’est un coût comparatif avantageux. Les investissements indiens et chinois sont principalement orientés vers la télécommunication, les marchandises et le secteur minier. Nous pouvons nous tourner vers ce qui reste. L’Afrique pourrait être la nouvelle zone de production pour nous, avec une valeur ajoutée faite à Maurice.
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