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Editorial: Anachronisme démentiel

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L’intervention de la députée Nita Deerpalsing sur la question ultrasensible de l’avortement mardi dernier au Parlement dans le sillage des débats sur le discours-programme mérite d’être saluée. Rarement est-il donné à une politicienne, de surcroît de la majorité gouvernementale de prendre une position aussi courageuse sur un sujet dont la seule évocation provoque invariablement de vives controverses et des passions qui souvent frisent l’illogisme.

En substance voici ce que la députée a déclaré à l’Assemblée nationale : « S’il faut interdire l’avortement, alors pourquoi ne pas remettre en question le Family Planning et interdire les pilules contraceptives ? Qu’on cesse l’hypocrisie sur la question de l’avortement !

Ce serait un retour en arrière, et c’est prendre le risque de passer à côté du vrai problème. Il faut que les femmes qui ont les moyens puissent se faire avorter dans toutes les conditions souhaitables.

« Elles ne risquent rien. Celles qui n’ont pas ces moyens financiers, par contre, mettent leur vie en danger. C’est cela la réalité, n’en déplaise à certains. Qu’on prenne la décision comme pour l’introduction du ‘Family Planning’ autrefois ».

Cette intervention mérite qu’on s’y attarde, non seulement par rapport à la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse, mais également relative à une autre controverse liée aux conditions des Mauriciennes. Il s’agit de faciliter le divorce à l’amiable. L’Etat a récemment fait circuler l’ébauche d’un projet de loi qui vise à rendre les procédures de divorce moins éprouvantes. Cette démarche a suscité déjà pas mal de critiques de part et d’autre. Quant à l’avortement, le fossé entre les deux camps adverses semble s’approfondir davantage en ce troisième millénaire et en une république qui se targue d’être un phare pour la région.

Ceux qui sont contre le sont pour des raisons essentiellement morales et philosophiques alors que l’autre camp privilégie principalement l’aspect pratique de ces deux problèmes qui ont pris des proportions alarmantes à Maurice ces trois dernières décennies. Loin de porter un jugement quelconque sur l’une ou l’autre prise de position, il convient de se rendre à l’évidence que toute personne se trouvant dans une situation qui nécessite le recours au divorce ou à l’avortement le fait en raison des forces majeures tout en sachant que ces maux rendus inévitables laissent inéluctablement des traumatismes physiques et psychiques qui risquent de marquer l’individu tout le long de sa vie.

Souvent les séquelles sont désastreuses et mêmes fatales. Mais n’empêche que dans bien des cas de tels recours s’avèrent incontournables. Dans quelles mesures des raisons d’ordre moral ou philosophique doivent obligatoirement prévaloir sur des impératifs pragmatiques dans une société en constante mutation ? C’est précisément l’élément qui divise résolument les ‘moralistes’ et les ‘pragmatistes’. Tout en gardant de nous poser en arbitre, il serait pertinent de rappeler certains faits de société.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, la société occidentale, alors encore très puritaine, a connu, à travers l’industrialisation, une transformation fondamentale surtout par rapport à la femme et à la famille. D’un état éminemment casanier, la gent féminine s’est retrouvée, pratiquement du jour au lendemain dans le monde du travail au même titre que l’homme. Graduellement ses aspirations, son mode de vie et ses revendications ont pris de nouvelles dimensions. Le sens même du concept de la famille a pris une tournure différente. Pratiquement tout le monde a, soit tiré profit de cet état de choses, soit s’y est demeuré complaisant ou complice silencieux.

Dans ce processus, des comportements qui auraient, antérieurement à cette transformation sociale, placé la femme dans une condition de damnation, ont été acceptés comme des normes tout à fait acceptables. Par exemple, d’une tenue vestimentaire quasiment pudique qui caractérisait l’ordre moral d’alors, elle a graduellement opté pour des styles d’accoutrement qui jadis aurait indubitablement provoqué un inexpiable écart. Idem pour ses nouvelles modes de socialisations et de loisirs: boîtes de nuit, bistrots et autres activités naguère réservées exclusivement, permettez l’expression, à la phallocratie. Au fil des années, la révolution informatique aidant, ces changements de comportement féminin sont devenus non seulement normatifs mais désirables pour ne pas dire honorables. Mêmes les puristes les plus coriaces qui auraient d’aventure conservé des normes morales victoriennes seraient les derniers à songer d’y appliquer l’ultime sanction. Au contraire, ils se joignent aux autres progressistes pour reconnaître que la femme s’est transformée en une partenaire égale dans le développement économique et sociale du monde.

Alors qu’on accepte naturellement ce qu’on aurait en d’autres temps convenu d’appeler de graves délits comportementaux ou carrément des actes immoraux, on refuse obstinément d’admettre les séquelles normales qui en résultent, tel le divorce et l’interruption volontaire de grossesse en cas d’extrême obligation.

Tout comme la femme peut librement choisir sa profession et son mode de vie, elle a le droit en sa qualité d’entité humaine à part entière de décider en son âme et conscience, et ce, au même titre que l’homme, la façon dont elle doit vivre sa féminité, sa sexualité, la gestion de sa vie de couple et la régularisation de son système reproductif.

Lorsque le divorce devient inévitable, l’Etat a la responsabilité d’y faciliter les procédures pour que la femme ne se transforme pas en une proie facile pour certains hommes de loi sans scrupules et pour que le traumatisme et l’humiliation soient réduits au strict minimum. Quant à l’interruption volontaire de grossesse, l’Etat doit avoir le courage d’organiser un référendum afin de laisser aux citoyens, surtout les femmes qui sont directement concernées, le soin d’en décider en leur âme et conscience.

Nita Deerpalsing a raison : Tout le reste relève de la pure hypocrisie et nous serions tentés d’ajouter, d’un anachronisme démentiel.



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