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Editorial: Syndrome de déficience aiguë de communication

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La controverse autour de la véritable cause du décès d’un homme de 24 ans, Rajiv Thupsy, suite à des complications liées à la grippe, risque de provoquer davantage de panique au sein de la population en cette période d’épidémie saisonnière. L’absence de transparence, d’une part, et la déficience d’une communication efficiente au niveau des autorités concernées, d’autre part, ne peuvent que contribuer à rendre la situation encore plus compliquée.

Tous ceux qui ont à coeur le bien-être de la population seront unanimes à reconnaître que deux décès dus à la grippe A-H1N1 sont de trop pour un  pays comme Maurice, qui se targue d’avoir un système de santé publique de pointe qui est incontestablement le meilleur dans cette partie du monde. Sans compter le fait que nos hôpitaux et notre personnel soignant ont eu suffisamment d’expérience l’année dernière en matière de troubles de santé liés aux nouveaux aléas provoqués par les changements climatiques. Il suffit de répliquer le modèle de prévention et de traitement de l’an dernier tout en apportant les rectifications nécessaires par rapport aux nouveaux développements qui surgissent pour que le système opère sans grande anicroche.

Il existe une perception, certes erronée, dans le public que les autorités sanitaires ne semblent pas prendre les choses avec le sérieux qui s’impose.

Evidemment, ce sont des controverses autour des cas tels que celui de Ravi Thupsy qui, manifestement auraient pu nous être épargnés, et sa médiatisation à outrance génère et alimente une telle perception. Mais comme on sait, la perception d’une réalité est, très souvent, au-dessus de la réalité elle-même. C’est malheureusement le cas actuellement et si des mesures urgentes ne sont pas prises, il y a des risques que la panique cède la place à une frénésie inutile.

Pourtant, sur un plan général, l’Etat ne lésine pas sur les moyens pour prévenir et contenir cette épidémie. Des fonds additionnels allant jusqu’à hauteur de Rs 68 millions sont mis à la disposition du service hospitalier pour l’achat des médicaments contre la grippe. Des efforts considérables sont en cours pour sensibiliser le public sur la nécessité de se faire vacciner. Maurice est probablement un des rares pays où des vaccins sont offerts gratuitement à la population, et ce, indistinctement de l’âge ou de la couche socio-économique.

A l’exception de quelques brebis galeuses çà et là, notre système hospitalier est équipé de chirurgiens, de spécialistes, de généralistes ainsi que d’infirmiers et autres personnels paramédicaux qui se donnent consciencieusement à leur profession. Pour la plupart d’entre eux, le travail est bien plus un sacerdoce qu’une activité professionnelle motivée uniquement par la perception de rémunération. En dépit des doléances de certains citoyens assez exigeants, les établissements hospitaliers du pays offrent des soins et des services qu’on peut aisément qualifier comme étant au-delà de la moyenne et ce, entièrement gratuits. On sait ce que ces mêmes soins et services coûtent dans le privé.

Dans le contexte de l’actuelle épidémie de grippe, c’est essentiellement l’absence d’une communication cohérente et constante entre le personnel traitant et le ministère de la Santé, d’une part, et entre ce dernier et les médias, d’autre part, qui provoque des controverses inutiles. Par ailleurs, il semblerait que la polémique autour du décès de Ravi Thupsy aurait été provoquée par une confusion entre deux termes techniques différents - “autopsie” et “examen post mortem” - qui, pour le profane, sont assimilés à des synonymes.

Dans ce cas précis, on ne peut blâmer ni le médecin, qui avait dit aux parents du défunt que le corps de ce dernier n’a pas été autopsié, ni celui qui a précisé qu’effectivement un examen post mortem a bel et bien eu lieu. Les deux médecins ont exprimé la vérité mais dans un jargon destiné uniquement aux professionnels et non aux profanes. C’est simplement un problème de communication symptomatique du système de santé publique. Comme quoi ce système souffre d’un syndrome de déficience aiguë de communication.



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