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Editorial: Vives inquiétudes

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Dans sa réponse à la Private Notice Question du leader de l’opposition mardi, le vice-Premier ministre et ministre des Finances Pravind Jugnauth a brossé un tableau, pour dire le moins, inquiétant de l’économie nationale. C’est le premier état de lieu de l’économie qu’a fait Pravind Jugnauth depuis qu’il a pris sous sa tutelle les finances publiques.

Il convient de souligner au passage que les éléments de réponse avancés par le Grand argentier, à quelques exceptions près, ressemblent étrangement à ceux donnés par son prédécesseur en juillet 2005. Sauf qu’en 2005 Rama Sithanen avait succédé à Pravind Jugnauth qui, au moment des faits, se trouvait dans le camp adverse, alors que ce dernier vient de succéder à Rama Sithanen qui jusqu’à preuve du contraire appartient toujours au parti que dirige l’Alliance au pouvoir. Des fois on a cette curieuse impression que certains membres de ce gouvernement, sans doute gagnés par le zèle du travail, agissent d’une telle manière qui fait penser qu’ils font partie d’un gouvernement d’alternance et non de celui de continuité et sous le même leadership.

Mais ce que Pravind Jugnauth a déclaré à l’Assemblée nationale mardi, n’a manifestement rien à voir avec cette impression. Il a en fait mis les pendules  à l’heure en présentant à la population, peut-être non sans un soupçon de délectation, le véritable tableau de bord économique qu’il a hérité de son prédécesseur vis-à-vis de qui on sait il n’entretenait que des aversions. Cette situation suscite de vives inquiétudes.

D’abord, récemment jusqu’au mois de mars de cette année on faisait croire que l’économie mauricienne est devenue suffisamment résiliente  pour faire face aux chocs exogènes les plus coriaces. Nous nous sommes vantés d’avoir pu sortir de la crise financière internationale de 2008-09 sans de sérieux dommages et que nous sommes bien positionnés pour profiter au maximum de la reprise qui s’en suivait. S’il est vrai qu’entre-temps la crise de l’euro est venue bouleverser les donnes, il est permis de s’interroger sur cette soi-disant résilience économique dont on parlait à cor et à cri durant la période préélectorale. Soit la population a été bernée par le ministre des Finances d’alors, soit les prévisionnistes économiques avaient fait preuve d’un dangereux optimisme. La dure réalité est qu’aujourd’hui nos ‘macroeconomic fundamentals’ sont au rouge.

Alors qu’en juillet 2005 on reprochait à l’ancien gouvernement d’avoir démesurément enfoncé le pays dans la spirale de la dette publique, on apprend maintenant que la dette publique courante a dépassé le seuil de sécurité de 60 % du Produit Intérieur Brut (PIB) comme préconisé par le Fonds monétaire international.

Selon Pravind Jugnauth, la dette publique estimée à Rs 167,1 milliards, soit 59,6 % du PIB dans le budget de 2009 se situe en réalité autour de Rs 169,4 milliards soit 61,6 % du PIB. Cela en raison des emprunts éventuels qui viendront s’ajouter à ceux planifiés pour le secteur public afin de faire face aux chocs externes découlant de la récession économique. Pour 2010, la dette projetée du secteur public dans le budget était de Rs 179,1 milliards, soit 58,7 % du PIB. Les dernières estimations indiquent que la dette sera de Rs 178 milliards représentant 61,1 % du PIB.

En ce qui concerne la croissance, le Bureau central des statistiques avait prévu un taux de 4,3 % du PIB mais avec la crise de l’Euro, elle sera revue à la baisse et devrait se situer entre 3 et 4 %.  Quant au déficit budgétaire il tournera autour  de 4,1 %.

Avec la crise de l’euro, les recettes chuteront dramatiquement. En dépit des mesures que compte proposer le gouvernement, les secteurs qui seront davantage touchés sont le textile et le tourisme - deux importants piliers de l’économie. A partir de la prochaine année financière la trésorerie publique sera allégée par au moins un demi-milliard de roupies en raison de l’abolition annoncée de la National Residential Property Tax et la taxe sur l’épargne. Un des rares moyens dont dispose l’Etat pour améliorer les recettes serait la majoration du taux de la TVA et de l’élargissement de son assiette. Par ailleurs le gouvernement de l’Alliance sociale aura à mettre en application les nouvelles prestations sociales et autres promesses électorales.

C’est contre cette toile de fond peu brillante que Pravind Jugnauth sera appelé dans cinq mois à présenter son premier budget. Un budget qui doit, entre autres, inclure des mesures qui jetteront les bases de nouveaux projets contenus dans le discours-programme, y compris celle de transformer le pays en une “duty free island”. Assurément, le ministre des Finances a une tache herculéenne qui l’attend.



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