Editorial: Manou Bheenick - les quatre vérités
Le Fact Finding Committee présidé par l’ancien chef juge sir Victor Glover ayant soumis un rapport favorable à l’égard de Manou Bheenick, ce dernier est reconduit à son poste de gouverneur de la Banque de Maurice. Durant son premier mandat de gouverneur, Manou Bheenick a été la cible privilégiée de certains individus et d’une section de la presse.
Pourtant, il est un des rares brillants économistes qui a grandement contribué à la transition du pays à l’indépendance et une fierté de l’université d’Oxford, il a fait ses preuves à plusieurs niveaux. Ancien lauréat, nul ne peut nier qu’il est une fine fleur de l’intelligence mauricienne. Sa contribution au développement du pays à travers les plans quinquennaux lorsqu’il officiait comme directeur au Bureau du plan est incontestablement remarquable. C’est sur la base solide de ces plans quinquennaux que l’île Maurice qu’on connaît aujourd’hui est bâtie. Contrairement à ce que voulaient faire croire à l’époque ses détracteurs, il fut un des meilleurs ministres des Finances que le pays ait connus. Son premier et unique budget de 1996-97 n’avait rien d’impopulaire si on le compare à celui qu’avait présenté Rama Sithanen en 2005-06 avec l’introduction de la National Residential Property Tax, la taxe sur l’épargne et l’abolition des subsides sur la farine et le riz.Si le Premier ministre d’alors n’avait pas cédé aux pressions de Paul Bérenger pour faire partir Manou Bheenick des Finances, le pays aurait été aujourd’hui une vaste corporation, la Mauritius Inc., et serait au diapason avec les nations développées du monde. Son plan visionnaire de développement avec pour objectif l’an 2025 aurait permis une bien plus importante avancée économique et sociale pour le pays.
Bien des économistes s’accordent à dire, après coup, que le fameux trou budgétaire de Rs 400 millions dont on l’accusait à l’époque n’était qu’un exercice comptable courant et ne comportait aucune anomalie. Jusqu’ici, il n’a été trouvé coupable d’aucun délit, d’aucune mauvaise pratique, d’aucune malversation et d’aucun vice de procédure. Le Fact Finding Committee institué en raison de fortes pressions venant de milieux spécifiques, l’a exonéré de tout blâme qu’on lui imputait. Il convient donc de demander pourquoi cet acharnement systématique contre lui ? Pourquoi est-il toujours la proie d’une campagne de dénigrement ? Pourquoi, à chaque fois qu’il occupe une fonction importante, il devient toujours l’homme à abattre ?
Disons les quatre vérités telles qu’elles sont. Car il est bien trop évident que Manou Bheenick est victime d’une stratégie très subtile de la part de certains individus et d’une section de la presse pour démolir toute personne douée d’une intelligence et d’un savoir-faire supérieurs mais qui se trouve dans un camp qui n’est pas le leur et, de surcroît, si elle est issue d’un groupe ethnique spécifique caractérisé par un degré, des fois trop poussé, de tolérance, dans bien des cas frisant la faiblesse.
Dans le cas de Manou Bheenick, il suffit de préciser jusqu’où les attaques et les injures puissent s’étendre. Souvenons-nous d’un cas où il avait été pris à partie parce qu’il avait, durant une de ses missions en sa qualité de gouverneur de la Banque centrale, fait servir et consommé du champagne rosé. Comme quoi, indépendamment de ses hautes fonctions, du fait qu’il s’appelle Manou Bheenick, il n’est pas autorisé à consommer du champagne à partir de son per diem. On s’attendait peut-être qu’il absorbe de la limonade ou de l’alouda. Soyons honnêtes. Aurait-on relevé ce détail et en faire ses choux gras s’il portait un autre patronyme ? Comme quoi le Dom Pérignon et autre Veuve Clicquot ne sont réservés qu’à ceux qui se croient sortis de la cuisse de Jupiter alors que Manou Bheenick et ses pairs ne doivent se contenter que du Chamdor.
On ne se souvient pas des titres ou des éditoriaux relatifs aux dirigeants politiques qui s’autoproclamaient disciples de Marx et de Lénine mais qui se ravitaillaient jusqu’à satiété en roast-beef, roast-lamb et autres rosenbergii ; qui s’habillaient chez Pierre Cardin ou encore qui voyageaient dans de luxueuses bolides européennes alors que les ministres de l’Etat voyageaient dans de simples japonaises.
En ce qui concerne la Banque de Maurice, la situation était extrêmement malsaine pour une institution qui est censée réguler et servir de chien de garde au secteur bancaire. Jamais auparavant la Banque centrale n’avait vécu un tel dysfonctionnement. Maintenant que Manou Bheenick aura les coudées franches, espérons qu’il redonnera ses lettres de noblesse à cette importante institution.
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