Editorial: Boycott ?
Dans le sillage de la politique de répartition des publicités gouvernementales, les éditorialistes de l’express ponctuent systématiquement leurs rubriques de basses insinuations contre la ligne rédactionnelle du Matinal, mais sans pour autant avoir le courage de le nommer explicitement. Hier matin encore, allusion est faite “aux journaux de propagande travailliste”.
De manière ponctuelle, l’express publie des tableaux comparatifs pour démontrer que Le Matinal serait le plus important bénéficiaire des avis gouvernementaux. La déduction est trop limpide pour ne pas déceler de sinistres mobiles. Nous y reviendrons dans un moment. Mais auparavant, il serait utile de mettre en exergue certains faits par rapport au concept d’indépendance et d’objectivité. Ainsi, nous affirmons sur l’honneur qu’à ce jour, aucun membre d’AAPCA (Mauritius) Ltd et du Matinal1. n’a été membre d’un parti politique ;
2. n’a été ministre d’un quelconque gouvernement et, de ce fait, n’a jamais été servile à aucun chef politique ;
3. n’a été cadre d’un parti politique, et donc n’a touché un sou comme salaires d’un parti politique ;
4. ne s’est dans sa vie, même pas dans sa jeunesse, livré littéralement à l’idolâtrie d’un politicien du jour, allant jusqu’à suspendre sa photo dans sa chambre à coucher ;
5. n’a accepté, tout en demeurant à ses fonctions de journaliste, un poste de l’Etat, ni sur une base bénévole ni en bénéficiant de générosités non-monétaires ;
6. n’a publié sous sa signature des textes d’information ou des papiers d’opinion dictés mot-à-mot par un dirigeant politique ;
7. ne s’est laissé inféoder par les diktats d’un homme politique ;
8. ne s’est présenté, à l’instar du légendaire Empereur Smith de Lucky Luke, comme futur président de la République ;
9. n’a permis à aucun politicien de dicter la politique rédactionnelle du journal ;
10. n’a agi comme courtier, ‘agwa’ ou entremetteur à la solde d’un parti politique pour quémander une alliance quelconque.
Revenons maintenant aux publicités gouvernementales. Indépendamment de son tirage, pendant des décennies l’express, de par sa situation de quasi-monopole dans la tranche matinale, a obtenu des centaines de millions de roupies sous forme de publicités gouvernementales. Ce que Le Matinal a perçu jusqu’ici, et en toute légitimité, ne sont que des poussières par rapport à ce dont a bénéficié l’express.
Nous ne sommes guère étonnés qu’après avoir joui de tous les délices de l’Etat qu’on vient maintenant se présenter comme défenseurs de la liberté d’expression et de, on ne sait quel principe, comme des enfants de choeur et de pauvres victimes !
Où étaient ces grands défenseurs de la libre expression et de l’équité quand le Premier ministre Paul Bérenger avait en date du 17 février 2005 informé par écrit sous la signature de son chef du cabinet Harry Ganoo que Le Matinal n’obtiendra pas un sou de publicité gouvernementale ? Ces défenseurs n’avaient même pas daigné lever, ne serait-ce qu’un petit doigt, pour dénoncer cette ignoble injustice de Paul Bérenger contre Le Matinal. De toute manière, on comprend bien l’impuissance d’un vulgaire entremetteur d’alliance d’agir contre le décret de son maître tout puissant d’alors ?
Où étaient ces grands défenseurs de la libre expression et de la justice lorsque Le Matinal subissait les persécutions et autres répressions politiques infligées par le régime de Paul Bérenger parce que la direction du journal refusait de se plier à ses diktats ? Des menaces verbales les plus viles étaient traduites en actions. Des permis de travail étaient systématiquement refusés aux prestataires de services spécialisés en matière de technologie de pointe, alors que selon un accord approuvé par le Board of Investment la compagnie avait droit à 25 permis.
Sous le régime de Paul Bérenger le journal avait subi pas moins de deux persécutions par semaine par le biais des inspecteurs du ministère du Travail. Des contraventions les plus ridicules avaient été dressées contre AAPCA alors qu’elle faisait à peine ses premiers pas vers sa mission d’élargir l’espace démocratique du pays en offrant aux Mauriciens un quotidien indépendant et objectif. Victimes, dites-vous ?
Qui avait remué terre et ciel pour que le projet Le Matinal soit tué dans l’œuf tout en lui imputant des mobiles les plus insultants et diffamatoires ?
Les lecteurs du Matinal se souviendront que ce journal avait été accusé, par ceux-là mêmes qui aujourd’hui distribuent gratuitement leur journal à la veille de chaque sondage, d’être financé par des “fonds occultes”, voire des fonds des services de renseignements indiens, le Research and Analysis Wing (RAW), pour la bonne et simple raison que les directeurs d’AAPCA (Mauritius) Ltd, propriétaires du Matinal, avaient décidé de vendre ce titre de presse à cinq roupies l’exemplaire et ce, dans un souci de rendre l’information accessible à toutes les couches économiques de la population. Nous pouvons le faire en raison d’une gestion rationnelle de nos ressources. A titre d’exemple, nous pensons qu’on n’a pas le droit moral de transférer les frais des grosses cylindrées, des excentricités et autres largesses épicuriennes à nos lecteurs. C’est pourquoi nous avons opté pour une flotte de voitures la plus économique du pays et un style de gestion très terre à terre.
Faut-il rappeler que dans un environnement dominé par une situation de monopole, l’apparition du Matinal était en fait le vrai phénomène de presse. Car les titres qui avaient tenté de concurrencer ce monopole disparaissaient mystérieusement des points de vente, après avoir vainement essayé de séduire les lecteurs, en leur proposant une nouvelle ligne éditoriale. La disparition de ces titres arrangeait ce monopole et, à l’arrivée du Matinal, on s’attendait sûrement au même schéma de disparition.
Non seulement Le Matinal a tenu bon, de par son contenu objectif et indépendant, mais son prix a également forcé ce groupe de presse à revoir ses stratégies. Et la première fut celle de la médisance, voire de la désinformation. On se souviendra de ce dirigeant de l’express, interviewé dans son propre journal, qui alla de son grand couplet et évoqua la thèse de la mainmise étrangère, entendez par là indienne, sur la presse mauricienne. Il accusa même ce pays de se livrer à l’espionnage industriel et à l’ingérence politique. Bref, Le Matinal était le journal à abattre ! Que le groupe mauricien La Sentinelle investisse dans les médias à Madagascar ne pose aucun problème d’ingérence politique ou de mainmise. Heureusement que le ridicule ne tue pas...
Le Matinal tient quand même à informer ses lecteurs que leur titre préféré, devenu le journal le plus vendu du pays (n’en déplaise à certains sondeurs), grâce au soutien quotidien de tous ceux qui l’achètent chaque matin à Rs 5, que la dignité, tout en ne se monnayant pas, a un prix.
Et c’est à cause de ce prix plus qu’abordable que Le Matinal n’est pas près d’imiter ceux qui préfèrent s’appuyer sur la publicité, plutôt que sur leurs lecteurs, les premiers piliers qui soutiennent les fondations d’un journal, pour abuser gratuitement de la confiance placée en lui.
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