Home | Blog | Éditorial | Editorial: Aux grands maux, les grands remèdes

Editorial: Aux grands maux, les grands remèdes

Font size: Decrease font Enlarge font  



La mise en application cette semaine de l’Enhancement Programme visant l’abolition des leçons particulières en Std IV dans le cycle primaire constitue un premier pas vers une réforme profonde de l’éducation nationale.

On ne peut qu’espérer que l’Etat, à travers son ministère de l’Education, ne courbera pas l’échine dans cet élan qui, à moyen terme, vise à apporter une refonte totale d’un système d’éducation longtemps rendu obsolète.

Pendant trop longtemps on s’est enorgueilli d’un taux d’alphabétisation dépassant les 95% sans qu’on se rende compte qu’il y a belle lurette, le sens même de ce terme a subi un changement fondamental en raison du passage à l’ère de l’informatique. Nous sommes en réalité bien en position de lanterne rouge par rapport à la nouvelle définition de l’alphabétisme.

Soyons réalistes et honnêtes. Comment comparer un élève mauricien moyen du niveau HSC à son homologue singapourien, malaisien ou indien ? Le clivage en est si frappant qu’on n’oserait faire de comparaison. Le mi-nistre de tutelle, Vasant Bunwaree a raison de s’émouvoir à chaque fois qu’il parle de la performance de nos lauréats - la crème de la crème du système - lorsqu’ils sont confrontés aux réalités simples de la vie hors école.

Pourtant Maurice est un des rares, sinon l’unique pays au monde, où l’Etat offre la scolarité et le transport gratuits à tous les élèves et étudiants  indistinctement de leurs classes économiques. Mais à quoi servent ces généreuses prestations sociales si la finalité de l’objectif n’est pas atteinte en raison d’un système qui depuis des années est en attente d’une réforme ?

Une reforme digne de ce nom doit inéluctablement relever un défi obligatoire. Celui de rendre accessible une éducation de qualité indistinctement à tous ceux en âge de scolarité tout en maintenant une compétition saine qui permettrait aux moins doués d’émerger, sans pour autant servir de handicap pour les plus doués. Tout système qui décourage l’émergence d’une élite est voué, au départ même, à l’échec. Aucune société ne peut évoluer sans une élite.

L’élitisme, malgré ses défauts est un mal nécessaire dans un environnement mondial malheureusement caractérisé par la survie du plus fort. Il relèverait de la malhonnêteté pure et simple de ne pas reconnaître que le succès de Maurice a été réalisé uniquement grâce aux compétences de ses fils, et ces compétences sont les produits d’une éducation axée sur l’élitisme. Ce qui a justement permis à l’époque aux Mauriciens provenant des milieux les plus défavorisés  d’accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat et de la société.

Mais il s’agit de trouver la bonne formule qui, tout en privilégiant une forme d’élitisme raisonnable, permettra à tous les étudiants d’avoir une chance égale de réussir à travers une éducation de qualité qui les mettra au diapason avec la compétition planétaire, si indispensable pour la réussite même de toute société moderne.

Le mal fondamental réside dans le fait qu’on s’est borné à maintenir dans sa forme un système d’éducation introduit par le pouvoir colonial, qui a certes fait ses preuves dans le passé, mais qui aujourd’hui est désuet. L’épineux problème de compétition malsaine, et accessoirement, les pénibles leçons particulières sont tributaires de ce système colonial.

Aux grands maux, les grands remèdes. Il faut des solutions radicales, dont la mise au placard du présent système et l’introduction d’un autre qui a fait ses preuves non seulement ailleurs dans le monde, mais aussi tout au moins dans un de nos établissements privés. Il s’agit du système de baccalauréat. Une solution, certes à long terme, mais qui mettrait un frein définitif à cette ‘rat-race’ qui frise le criminel.

La décision révolutionnaire du gouvernement de remplacer le système des lauréats par un nouveau plan de bourses d’études où plus de 300 bénéficiaires pourront en profiter pourrait être, à cet égard, un précurseur pour l’introduction du bac.



Found a typo in the article? Vous avez trouvé une faute de frappe dans l’article? Click here.
Tags
No tags for this article yet.

 Comments

Comment icon Please click here to read our disclaimer & comment policy before posting.
  • email Email to a friend
  • PDF PDF version
  • print Print version
  • Plain text Plain text
Newsletter
Newsletter icon Click here to view a sample of our newsletter.

Email:
More in Éditorial
Previous
Editorial : Insensibilité collective
Au moment où Maurice, comme tous les pays du monde, a célébré en début de semaine la Journée internationale de la famille, il convient de se rendre à l’évidence : notre société est malade. Gravement malade....
Editorial: Un mal nécessaire
Depuis que le gouvernement a annoncé vendredi dernier qu’un projet de loi sera introduit visant à rendre légal l’avortement dans des cas bien spécifiques, la résistance contre toute forme d’interruption volontaire de grossesse a commencé à se manifester de manière passionnée....
Editorial: Compte à rebours
Dans leur fort intérieur les Mauves ont dû se rendre compte d'un fait bien trop évident pour ne pas sauter aux yeux : leur mobilisation du 1er-Mai de cette année est presque identique à celle de l'année dernière. Un simple exercice comparatif de la foule de 2011 à celle de 2012 suffirait pour soutenir cette affirmation. Même si pour des raisons évidentes le MMM ne fera pas état de ce fait publiquement, il est manifestement établi que l'apport de sir Anerood Jugnauth au MMM est négligeable....
Editorial: Connectivité
Le gouvernement Ptr-PMSD a de quoi se frotter les mains. Tout au moins pour l’heure. Les trois principaux objectifs suivant sa décision de proroger le Parlement ont été atteints : précipiter la démission de sir Anerood Jugnauth de la présidence, offrir à la population une garantie de continuité au moins jusqu’à 2015 et créer un nouveau dynamisme politique à travers le discours-programme....
Editorial: The Proof of the Pudding…
Dans la conjoncture politique, le strict minimum qu'on attend du discours-programme que présentera le gouvernement lundi, c'est qu'il enflamme l'imagination collective avec des propositions innovatrices susceptibles de séduire la population tout en demeurant dans un pragmatisme prudent....
Editorial: Contrat sous seing privé
Le dynamisme que le ‘coup d’éclat’ du week-end dernier de sir Anerood Jugnauth devait provoquer au sein de l’opposition à travers sa démission hautement médiatisée n’a pas eu le résultat escompté. Au contraire, on peut même avancer que la démission de l’ancien président semble avoir causé bien plus de problèmes pour le MMM, sans compter que dès le début de la semaine cette démission a vite été reléguée à la catégorie des faits divers politiques....
Editorial: Timing calculé
Sir Anerood Jugnauth est allé bien trop loin en besogne pour ne pas démissionner de la plus haute fonction constitutionnelle de l'Etat. Ainsi, sa décision de déposer son tablier présidentiel ce vendredi n'est guère une surprise pour quiconque avait compris sa démarche depuis l'annonce de la prorogation du Parlement. Mais c'est le timing de cette démission qui devait susciter des interrogations....
Editorial: Un état bananier
Le contrat moral entre la présidence et le peuple est rompu à jamais. Un important ressort du principe républicain a sauté. La noblesse a pris la voie du vulgaire roturier. Comme au temps médiéval de la royauté, les intérêts filiaux ont primé sur la raison d'Etat. C'est, en résumé, ce qui s'est produit à partir de dimanche dernier à la Hindu House, lorsque le président de la République a transgressé cette ligne interdite faisant office de rempart contre toute démarche de faire basculer la République en un État bananier....
Editorial: Shatranj ke Khilari *
En demandant au président de la République de proclamer la prorogation de l'actuelle session de l'Assemblée nationale, Navin Ramgoolam a pris tout le monde au dépourvu, y compris la plupart de ses ministres. Par la même occasion, il a, en fin stratège, court-circuité les manoeuvres de ses adversaires visant à saper son gouvernement jusqu'à le faire tomber à tout prix....
Editorial: Délit d'immoralité politique
De par son silence, le président de la République se rend implicitement complice d'un complot visant à faire tomber un gouvernement démocratiquement plébiscité par le peuple....
Editorial: Comédies de l’absurde
En 1982, dans le sillage des élections générales de cette même année, sir Gaëtan Duval avait, comme condition d’alliance avec le Parti travailliste (PTr), exigé de sir Seewoosagur Ramgoolam un document, dûment signé de sa main, certifiant son parti le PMSD comme étant le seul représentant des créoles et lui, l’unique leader de cette communauté. Naturellement, sir Seewoosagur avait catégoriquement refusé de se plier à cette exigence absurde, au prix même de sa défaite électorale....
Mgr Maurice E. Piat.
Editorial: Réflexions pieuses
La prise de position de l'évêque de Port Louis Mgr Maurice E. Piat dans sa lettre pastorale de Carême 2012 contre le Best Loser System (BLS) provoquera sans doute des remous dans plusieurs milieux de la société. Son appel aux Chrétiens pour une ouverture à une fraternité plus large qui déboucherait éventuellement sur un vrai mauricianisme mérite d'être salué....
La direction d'Air Mauritius attribue cette performance négative à deux facteurs principaux : la hausse du prix du pétrole et la chute de l'euro.
Editorial: MK - Du lest trop encombrant
Air Mauritius a présenté hier un lourd bilan : une perte colossale d'environ Rs 827 millions, soit 21 millions d'euros au 31 décembre 2011. Selon les prévisions, les pertes pourraient atteindre la barre de Rs 1 milliard au 31 mars prochain. L'extrême gravité de cette situation financière exige la mobilisation de toutes les ressources disponibles pour revigorer cette compagnie nationale d'aviation qui est incontestablement un important symbole économique et une fierté nationale....
Editorial: Les premières secousses
Les signes des premières secousses de la crise de la zone euro commencent à se manifester sur le plan local. Déjà deux secteurs clés de l'économie mauricienne subissent frontalement les effets de cette crise. Ce sont le textile et le tourisme/l'aviation nationale, dont les fonds de commerce sont directement liés à la zone euro, et le prix du carburant....
Editorial: Revoir les largesses de l'Etat
Après avoir constaté de visu la situation économique mondiale lors de sa récente tournée européenne, le ministre des Finances Xavier-Luc Duval s'est ravisé sur le sort qu'attend l'économie mauricienne....
Editorial : Rama Sithanen saura-t-il être à la hauteur ?
Dès que le professeur Guy Carcassonne avait soumis son rapport sur la réforme électorale, nous écrivions sous cette même rubrique, dans notre livraison du 23 décembre 2011, qu'en dépit que du point de vue académique et constitutionnel ce rapport constitue un excellent document, il subira le même sort que celui proposé par Albie Sachs en 2002. C'est-à-dire qu'il finira dans un tiroir pour être mangé aux mites car la mise en oeuvre de ses recommandations provoquerait des problèmes bien plus profonds que le système actuel. Nous n'avions pas tort....
Next
View all polls »

Le Matinal on Facebook & Twitter

Random Author