Editorial: Shatranj ke Khilari *
En demandant au président de la République de proclamer la prorogation de l'actuelle session de l'Assemblée nationale, Navin Ramgoolam a pris tout le monde au dépourvu, y compris la plupart de ses ministres. Par la même occasion, il a, en fin stratège, court-circuité les manoeuvres de ses adversaires visant à saper son gouvernement jusqu'à le faire tomber à tout prix.
Ceux qui avancent que l'unique motivation de Navin Ramgoolam d'utiliser sa prérogative sous la section 57 (1) de la Constitution serait liée à sa crainte de perdre sa majorité parlementaire doivent se rapporter à la déclaration de Paul Bérenger faite vendredi dernier. Après avoir annoncé une semaine plus tôt qu'il présenterait une motion de censure dès la rentrée de l'Assemblée nationale pour faire tomber le gouvernement, Paul Bérenger s'est ravisé pour enfin déclarer que la majorité de Navin Ramgoolam ne peut pas être remise en question.En effet, d'aucuns estiment que dans l'éventualité de la présentation d'une motion de censure, Navin Ramgoolam serait assuré de trois votes additionnels, portant ainsi sa majorité effective à 40 au lieu de 37. D'ailleurs, s'il n'avait pas été assuré d'une majorité confortable, il n'aurait pas fait le pari de mettre au vote un discours-programme avec le risque de le voir rejeté. Ainsi, il s'agit de chercher ailleurs pour comprendre les raisons qui l'ont poussé à prendre cette décision de proroger le Parlement.
D'abord il convient de souligner qu'a priori il n'y a rien de sinistre, comme veulent le faire croire certains, de proroger le Parlement. Depuis l'indépendance et ce jusqu'en 1992, les chefs de gouvernement, y compris sir Anerood Jugnauth, procédaient à de nouvelles sessions du Parlement au moyen d'une prorogation. Chaque nouvelle session était accompagnée, à la grande joie des citoyens, d'un cérémonial bien élaboré, comprenant, entre autres, une parade devant l'hôtel du gouvernement où le chef de l'Etat qui devait prononcer le discours-programme se présentait dans sa tenue d'apparat. Pour la petite histoire, sir Abdool Raman Osman ne se séparait jamais de sa queue-de-pie (Tailcoat) et de son chapeau melon (bowler hat) alors que le Speaker sir Harilal Vaghjee portait invariablement et en toute solennité une toge et une perruque pour la circonstance.
Une prorogation permet au gouvernement de réorienter son programme selon les exigences du moment. Dans le présent cas, deux importants changements sont intervenus depuis que ce gouvernement a été élu en 2010. Premièrement, sur le plan politique, le MSM, un des trois partenaires de l'Alliance de l'avenir, a décidé d'abandonner le mandat que le peuple lui a accordé. Dans une telle situation, il est tout à fait normal, nécessaire même, que le gouvernement vienne avec un nouveau programme qui sera en phase avec la philosophie de la nouvelle équipe. Deuxièmement, la nouvelle crise économique au sein de la zone euro, qui constitue notre principal fonds de commerce, exige que l'équipe dirigeante propose une refonte totale de la politique économique afin qu'elle cadre avec le nouvel ordre économique et les réalités du jour. Dans la même foulée, ranger au placard les projets politiquement attrayants mais qui risquent de se transformer en désastres économiques. Un nouveau discours-programme est le meilleur moyen indiqué pour y parvenir.
Accessoirement, à travers sa décision de proroger l'Assemblée nationale, Navin Ramgoolam a sans doute voulu démontrer – après que son adversaire principale a pris les devants de la scène politique en lançant son joker de Medpoint II - que c'est lui qui en réalité détient les véritables atouts. La prorogation a non seulement le mérite de provoquer le désarroi au sein de l'opposition mais elle permet aussi à Navin Ramgoolam de recentrer le débat politique selon un agenda précis habilement imposé à sa guise. Comme quoi il sait bouger ses pions à la manière d'un joueur d'échecs émérite.
* Titre emprunté à l’oeuvre du célèbre cinéaste Satyajit Ray, qui signifie Joueur d'échecs.
Found a typo in the article? Vous avez trouvé une faute de frappe dans l’article? Click here.
More in Éditorial
Editorial : Prendre les taureaux… par les cornes
Il semblerait que le gouvernement soit déterminé à prendre les taureaux par les cornes en matière de lutte contre les auteurs des agressions sexuelles, qui ne cessent d’augmenter. Le Premier ministre a déclaré à ce propos, mardi au Parlement, que son gouvernement envisage sérieusement l’introduction de la castration chimique contre des agresseurs récidivistes....
Editorial : Zones d’ombre
Il est impératif que les vraies circonstances qui ont provoqué l’accident meurtrier de vendredi dernier, causant la perte de 10 vies humaines et une trentaine de blessés graves à Sorèze, soient connues et rendues publiques dans les plus brefs délais. A cette fin, la participation des experts indiens de “haut calibre”, dont les services ont été personnellement sollicités par le Premier ministre, devrait contribuer non seulement à des conclusions plus expéditives mais, surtout, à s’assurer qu’elles soient dépassionnées, objectives et fiables....
Editorial : Vérité trop amère à avaler
Le rassemblement du MMM-MSM mercredi dernier est venu en quelque sorte confirmer la position qu'occupe le MSM et son leader sur l'échiquier politique. Selon le sondage Politis, publié dimanche dernier, le MSM à qui on accordait 5% de soutien populaire à peine une année de cela, s'est inexorablement dégringolé pour atteindre un misérable 2%. Avec un tel verdict de l'opinion des sondées, le MSM s'est manifestement relégué au rang d'un groupuscule politique....
Editorial : Quel militantisme ?
En dépit d’un regain considérable des activités syndicales et d’un semblant de militantisme ces derniers temps, il y a de forts doutes que les travailleurs se mobilisent en masse le 1er mai prochain pour célébrer la fête du Travail. La classe politique y volera toujours et encore la vedette. Les syndicats doivent se blâmer eux-mêmes pour cet état de choses....
Editorial : Un rendez-vous avec l’histoire
Si les recommandations proposées par l’éminent juriste britannique Geoffrey Robertson dans son rapport préliminaire sur les médias sont mises en application, elles constitueront une importante révolution pour la liberté d’expression et pour la démocratie en général. On ne peut que les accueillir favorablement et tout faire pour assurer qu’on les applique le plus rapidement possible à travers un projet de loi....
Editorial : Immaturité et mauvaise foi
Les passions qui se sont déferlées depuis les événements tragiques du 30 mars dernier ont donné une nouvelle preuve de l’existence d’un trait peu honorable de notre société. Un trait qui risque de constituer une menace potentielle à l’unité de la nation et par conséquent, à la stabilité et au développement du pays....
Editorial : Plus jamais ça !
La tragédie qu’a vécue le pays samedi demeurera pendant longtemps encore dans la mémoire collective de la population. Jamais auparavant une calamité naturelle n’avait frappé si brutalement. Il convient d’en tirer, à tête reposée, les leçons qui s’imposent. Il s’agit surtout de ne pas se laisser prendre au piège des solutions faciles ou d’entreprendre une chasse aux boucs émissaires....
Editorial : Quelle réforme ?
Les réactions de certains dirigeants syndicaux par rapport aux amendements proposés par le gouvernement aux lois du travail méritent d’être dénoncées....
Editorial : Quelle réforme ?
Depuis que le Premier ministre a proposé un ‘White Paper’ suite au ‘Prononcement’ du Comité des droits de l’homme des Nations unies contre l’obligation de tout candidat de décliner son appartenance ethnique aux élections générales, nous n’avons eu droit qu’à un flot de réactions primaires, pour ne pas dire bassement politiques....
Editorial : Fâcheuse tendance
A Maurice nous avons souvent cette fâcheuse tendance à convertir en débats nationaux des banalités qui autrement ne méritent même pas l'attention du public alors que les véritables problèmes d'intérêt national sont complètement mis à l'écart. Le dernier en date concerne le renvoi de l'ancien président de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) alors que sa performance était bien au-dessous des objectifs visés. Les débats étaient centrés uniquement sur sa personne....
Editorial : Feuilleton vaudevillesque
Le spectacle livré ces derniers jours par le Parti Mauricien Social Démocrate (PMSD) aurait passé pour un feuilleton vaudevillesque de bas étage sauf que, loin des éclats de rire, il a provoqué l’indignation et l’exaspération de la population....
Editorial : Responsabilités
Le président du front commun hindou, Somduth Dulthumun a consigné mardi une déposition au poste de police des Casernes centrales contre un hebdomadaire dominical pour avoir publié des articles susceptibles de provoquer la haine raciale....
Editorial : Devoir
Comme chaque année à pareille époque le pays a vécu le rituel qui marque généralement la proclamation des lauréats – la crème de la crème de notre secteur éducatif. C’est le couronnement à la fin du cycle secondaire. Naturellement, ceux qui se sont distingués de par leurs efforts personnels ainsi que ceux de leurs enseignants et parents, méritent l’appréciation et l’admiration de la nation tout entière....
Editorial : Quelle liberté ?
En notre qualité de journaliste, nous avons trop souvent cette fâcheuse tendance de prendre la majorité silencieuse de ce pays, sans doute en raison de son esprit de tolérance, pour des imbéciles prêts à avaler sans broncher tout ce que nous fonçons à travers leur gorge. Tel est le cas par exemple, lorsque le média leur impose sa version de la liberté d’expression, ou plutôt de sa restriction....
Editorial : Succession
La nouvelle relative à la maladie du leader de l'opposition et leader historique du MMM, Paul Bérenger, a provoqué le choc ainsi que la tristesse au sein de la population. Nous souhaitons de tout cœur qu'il se rétablisse rapidement et qu'il reprenne ses activités politiques dans le plus bref délai....
Editorial : Décadence
Cette semaine un homme a été pris en flagrant délit d'inceste sur la personne de sa sœur, une personne autrement capable mentalement. Si leur mère n'avait pas tenté de se suicider subséquemment à cet acte, il aurait passé sous silence et dans l'oublie. D'ailleurs selon la femme, ce n'est pas la première fois que son frère s'est livré à un tel acte sur sa personne....
Le Matinal E-Paper
The keywords below represent the current searches people are performing on major search engines like Google/Yahoo, and eventually landing on our website. Click to refresh.






1342 views






You've just unlocked our easter egg. That earns you the right (and privilege) to meet the designer of this website. 

