Editorial: MK - Du lest trop encombrant
Air Mauritius a présenté hier un lourd bilan : une perte colossale d'environ Rs 827 millions, soit 21 millions d'euros au 31 décembre 2011. Selon les prévisions, les pertes pourraient atteindre la barre de Rs 1 milliard au 31 mars prochain. L'extrême gravité de cette situation financière exige la mobilisation de toutes les ressources disponibles pour revigorer cette compagnie nationale d'aviation qui est incontestablement un important symbole économique et une fierté nationale.
La direction d'Air Mauritius attribue cette performance négative à deux facteurs principaux : la hausse du prix du pétrole et la chute de l'euro.Il est toutefois difficile de prédire, en dépit du nouveau plan stratégique qui est mis en place, si l'avenir de la compagnie nationale d'aviation sera brillante dans les années à venir dans la mesure où pratiquement toutes les grandes lignes aériennes du monde traversent par de dangereuses zones de turbulences en raison de la crise financière internationale.
A quelque chose malheur est bon. C'est paradoxalement le cas de le dire par rapport à la crise opérationnelle sans précédent à laquelle fait face Air Mauritius. C'est une opportunité qui doit permettre à la direction de mettre de l'ordre une fois pour toutes, de se défaire des pratiques qui défient toute logique et d'introduire une nouvelle orientation pour cette compagnie nationale qui, pourtant, avait il n'y a pas longtemps fait preuve de robustesse.
Depuis plus d'une dizaine d'années les petits actionnaires d'Air Mauritius cherchent à faire entendre leurs voix à chaque assemblée générale pour que certaines pratiques qui pèsent lourdement sur la profitabilité de la compagnie soient revues. A titre d'exemple comment une compagnie nationale peut-elle se permettre le luxe d'offrir des bénéfices à vie, quelles que soient leurs formes, à tous ses anciens membres et présidents du conseil d'administration aussi bien qu'aux anciens P.-D.G. et aux membres de leurs familles ? Quelle compagnie privée, soucieuse d'une gestion saine et de bonne gouvernance corporative, opterait pour une générosité aussi absurde dans une situation financière aussi désastreuse ?
Il convient aussi de se demander si le nombre d'employés d'Air Mauritius et surtout celui des cadres supérieurs ne sont pas anormalement disproportionnés par rapport à la taille de la compagnie. Pour rappel, Air Mauritius n'a que 12 gros et moyens porteurs et deux petits appareils desservant quelque 25 destinations. Elle emploie pas moins de 2 800 personnes. Le ratio avions/destinations/employés est-il conforme aux normes internationales de l'industrie ?
Il se chuchote que le plan de restructuration pourrait inclure la vente du Paille-en-Queue Court. Il est d'usage que les sociétés qui font face à d'énormes difficultés financières disposent de leurs actifs et biens qui n'ont directement rien à faire avec leur activité principale. Qu'Air Mauritius vende ses hélicoptères et le Cotton Bay Hotel pour renflouer sa trésorerie, c'est tout à fait logique. Mais pousser jusqu'à liquider son siège social construit avec beaucoup de sacrifice de la part des actionnaires équivaut en quelque sorte à la braderie des bijoux de famille pour subvenir à une nécessité conjoncturelle. Si le Paille-en-Queue est une fierté nationale, son immeuble de 18 étages au centre de la capitale constitue le symbole de cette fierté. Quelle valeur donc accorder à une couronne dépouillée de son joyau ?
Cela pourrait apparaître ridiculement simpliste, mais est-il impossible de trouver un consortium de financiers qui serait disposé à octroyer un prêt à long terme avec moratoire du même montant que la valeur commerciale de cet immeuble ?
Par ailleurs, Air Mauritius loue des immeubles dans pratiquement toutes les destinations qu'il dessert. Pourquoi ne cherche-t-elle pas des emplacements moins onéreux qui permettraient de réaliser des économies conséquentes en devises étrangères ? Bien plus que ces luxueux bureaux pour ses managers, la compagnie n'a besoin que de comptoirs pour vendre ses billets. Il s'agit surtout de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain ou de priver l'oiseau de son nid sous prétexte d'améliorer ses conditions.
Selon des bruits de couloir, Air Mauritius serait à la recherche d'un partenaire stratégique qui servirait de bouée de sauvetage. Dans la situation où se trouve cette compagnie une telle démarche pourrait se présenter comme une arme à double tranchant. A cet effet, l'expérience de Mauritius Telecom devrait nous servir de précieuse leçon.
C'est un fait que toutes les compagnies aériennes du monde indistinctement de leurs tailles traversent en ce moment des périodes d'extrêmes turbulences financières. Elles sont unanimes à reconnaître que l'année en cours sera la période la plus difficile dans toute l'histoire de l'aviation commerciale. Il s'agit d'un véritable 'fight for survival'. On se souvient qu'il n'y a pas trop longtemps British Airways avait demandé à ses employés de travailler sans solde afin de sauver les emplois. Une compagnie aussi importante qu'Air India n'est même pas en mesure de régler les salaires de ses employés. Plusieurs compagnies sont déjà en état de banqueroute alors que d'autres sont presque au bord de la faillite. Comme quoi la crise de l'euro a fait battre impitoyablement de l'aile des transporteurs aériens.
A Maurice, il s'agit de ranger les rancunes, les règlements de comptes personnels et les différences. Plus que jamais le patriotisme et la solidarité nationale sont de mise. Il faut tout entreprendre afin de permettre à ce puissant symbole économique de continuer à voler avec cette fierté nationale dont il a toujours fait preuve. Mais il faut surtout éviter de tomber dans le piège de la simplicité. A chaque fois qu'un problème surgit à Air Mauritius, on se met à chercher des boucs émissaires. Dans la plupart des cas, avec le seul objectif de pacifier les petits actionnaires en particulier et l'opinion publique en général.
Bien au-delà de 'fight for survival', il s'agit pour Air Mauritius de se préparer 'beyond survival'. Il n'y a pas d'autre choix.
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