Editorial: Revoir les largesses de l'Etat
Après avoir constaté de visu la situation économique mondiale lors de sa récente tournée européenne, le ministre des Finances Xavier-Luc Duval s'est ravisé sur le sort qu'attend l'économie mauricienne.
Il affiche maintenant un réalisme prudent par rapport à l'avenir. Ainsi, il s'aligné sur les prévisions des experts du FMI et confirme que le taux de croissance sera bien inférieure à celui de l'année précédente.Dans un contexte économique mondial si difficile et une situation politique locale peu enviable, il convient de proposer quelques réflexions et par la même occasion revenir sur quelques questions fondamentales de notre système économique.
L'économie mauricienne a traditionnellement été inspirée par un socialisme basé sur les valeurs et les principes de la société fabienne tout comme ce fut le cas pour la plupart des anciennes colonies britanniques. Un des principaux axes de ce modèle de socialisme est précisément l'introduction d'une forte dose de subventions et d'assistances sociales à tous les citoyens, indistinctement de leur classe économique.
Il n'y a aucun doute que c'est grâce à ce système économique que le pays, alors nouvellement indépendant, a pu permettre à la population de bénéficier des fruits de la liberté et de son nouveau statut de souveraineté. Ce type de socialisme a incontestablement fait ses preuves non seulement sur le plan économique mais surtout sur le plan social et politique.
Si Maurice, contrairement aux autres Etats africains et asiatiques, a pu préserver la démocratie, maintenir la stabilité politique et garder la tête hors de l'eau à un moment où le monde traversait des moments de graves incertitudes, c'est justement en raison de cette conviction socialiste.
Mais vu l'environnement international ponctué par des crises économiques les unes plus graves que les autres, il convient de se demander dans quelles mesures l'Etat peut continuer à pratiquer ce modèle de socialisme sans pour autant mettre son économie en péril à long terme. Jusqu'à quand, par exemple, le pays, avec son tableau de bord économique peu brillant, pourra-t-il soutenir des prestations sociales et de généreuses subventions universelles ?
Selon les dernières indications, la dette publique se situe autour de 54 % du PIB. La croissance initialement prévue de 4+% est maintenant revue à la baisse en raison des facteurs exogènes. Le déficit budgétaire quant à lui tournerait autour de 3,8 %.
Il existe très peu, sinon aucune indication que la situation s'améliorera dans les années qui viennent. Pourtant l'Etat continue à faire preuve de largesse vis-à-vis de ceux qui n'en ont pas besoin.
Serait-il insensé de proposer l'abolition des subsides tels qu'ils sont accordés actuellement à l'ensemble de la population indistinctement des considérations socioéconomiques sachant que ce sont les riches qui en bénéficient au détriment de ceux qui le méritent le plus ?
Et si, alternativement, on introduisait une formule qui serait la plus rapprochée du concept de 'l'income support' aux citoyens défavorisés qui ont besoin d'une assistance bien plus soutenue de l'Etat ?
C'est un fait qu'avec des revenus par tête d'habitant tournant autour de 7 700 dollars, pas moins de 75 % des subsides sur le gaz ménager vont aux familles qui peuvent se passer d'un tel apport financier. Est-il normal, par exemple, qu'une famille percevant des revenus de Rs 50 000 à monter bénéficie des mêmes subventions qu'une famille touchant moins de Rs 15 000 ? De quelle justice sociale parle-t-on ?
Il convient de rappeler que la subvention sur le riz, la farine, le gaz ménager et le transport gratuit destiné aux étudiants et aux membres du troisième âge, indistinctement de leur situation économique, bouffent plus de Rs 2 milliards annuellement.
N'est-il pas impérieux de revoir la formule de l'État providence dans un contexte économique actuel ? Cette question est malheureusement devenue taboue. A chaque fois qu'elle est évoquée elle génère des passions les plus profondes obstruant ainsi toute démarche vers le rationnel. A titre d'exemple, ce serait faire preuve d'hypocrisie et de malhonnêteté de ne pas reconnaître que la majorité des bénéficiaires du riz ration fortement subventionné sont les animaux, essentiellement des chiens appartenant aux propriétaires aisés qui ont le moyen de payer cette denrée à un prix non-subventionné.
A ce même chapitre, il faut se demander si le principe de pension de vieillesse universelle tient encore la route.
Doit-on continuer à offrir cette prestation à ceux qui touchent plusieurs dizaines sinon des centaines de milliers de roupies soit comme salaires/honoraires/rétribution soit comme pension de retraite, intérêts bancaires ou autres rentes ? Alors que ceux qui n'ont même pas de quoi à manger se voient dans l'obligation de se fier uniquement à la maigre pension que leur accorde l'Etat. Ne serait-il pas juste d'abolir la pension de vieillesse pour ceux qui en ont les moyens et d'accorder une somme bien plus importante à ceux au bas de l'échelle ?
Dans un environnement économique mondial qui ne montre aucun signe de répit, il serait de plus en plus difficile pour Maurice de pouvoir gérer d'une manière rationnelle les retombées négatives de la crise internationale aussi longtemps que, pour des raisons purement électoralistes, le statu quo est maintenu par rapport aux largesses de l'Etat.
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