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Editorial: Education - à quand une réforme radicale ?

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A partir de ce mois, le ministère de l'Éducation propose d'introduire, comme annoncé dans le budget 2012, un nouveau programme d'éducation préprofessionnelle. Cela fait suite aux faiblesses inhérentes enregistrées dans l'actuel système de formation préprofessionnelle.

Ainsi, après consultation avec les parties concernées, le ministère propose d'introduire une nouvelle stratégie permettant, entre autres, de mettre l'accent sur les compétences non techniques et l'expérience de travail basée sur des activités pratiques se traduisant par une certification officielle reconnue par la Mauritius Qualifications Authority. Cette démarche vise essentiellement à prendre on board les laissés-pour-compte du cycle primaire.

Selon ce nouveau programme, les élèves qui auront complété avec succès la formation préprofessionnelle de quatre ans seront considérés comme titulaires d'une qualification à parité avec le certificat d'études primaires (CPE-MQA, qualification de niveau 1).

C'est, certes, un important pas en avant qui s'insère dans le cadre d'une réforme qui, malheureusement, se fait de manière ad hoc. Le problème de fond demeure le pourcentage de recalés au niveau du primaire.

L'année dernière, 7 286 des 23 176 candidats ont échoué aux examens du CPE, ce qui représente 31,44 %. En 2010, ce taux s'élevait à 31,46 %. A Rodrigues, le taux de recalés est passé de 38,29 % en 2010 à 37,32 % en 2011. Alors qu'au niveau des écoles ZEP pas moins de 62,68 % des élèves ont échoué. Que six des 28 écoles ZEP ont enregistré entre 40 % et 50 % de réussite. Même si ces résultats démontrent une très légère tendance à la hausse parmi ceux qui arrivent à décrocher le CPE, ils devraient nous interpeller tous au lieu d'afficher une satisfaction générale frisant la complaisance.

Cependant, il faut d'ores et déjà saluer l'initiative du ministère d'introduire le nouveau programme d'éducation préprofessionnelle en dépit des critiques de la part des passéistes et autres adeptes du mercantilisme qui cherchent à exploiter le système défaillant à leurs fins personnelles.

Qu'on le dise haut et fort. Notre système d'éducation est gravement malade. Pendant trop longtemps on s'est enorgueilli d'un taux d'alphabétisation dépassant les 95 % sans qu'on se rende compte qu'il y a belle lurette, le sens même de ce terme a subi un changement fondamental en raison du passage à l'ère de l'informatique. Nous sommes en réalité bien en position de lanterne rouge par rapport à la nouvelle définition de l'alphabétisme. Le fort taux de recalés au niveau du primaire vient chaque année corser davantage cet état peu reluisant de notre système de scolarité.

Soyons réalistes et honnêtes. Comment se compare un élève mauricien moyen du niveau du CPE à son homologue singapourien, malaisien ou indien ? La situation est pire au niveau du secondaire. Le clivage est si frappant qu'on n'oserait faire de comparaison. On ne cesse de s'émouvoir à chaque fois qu'on parle de la performance de nos lauréats - la crème de la crème du système - lorsqu'ils sont confrontés aux réalités simples de la vie hors école.

Pourtant, Maurice est un des rares, sinon l'unique pays au monde, où l'Etat offre la scolarité et le transport gratuits à tous les étudiants indistinctement de leurs classes économiques. Mais à quoi servent ces généreuses prestations sociales si la finalité de l'objectif n'est pas atteinte en raison d'un système qui depuis des années est en attente d'une réforme radicale ?

Toute réforme digne de ce nom doit inéluctablement relever un défi obligatoire. Celui de rendre accessible une éducation de qualité indistinctement à tous ceux en âge de scolarité tout en maintenant une compétition saine qui permettrait aux moins doués d'émerger, sans pour autant servir de handicap aux plus doués. Ainsi tout système qui décourage l'émergence d'une élite est voué, au départ même, à l'échec. Aucune société ne peut évoluer sans une élite.

L'élitisme, malgré ses défauts, est un mal nécessaire dans un environnement mondial malheureusement caractérisé par la survie du plus fort. Il relèverait de la malhonnêteté pure et simple de ne pas reconnaître que le succès de Maurice a été réalisé uniquement grâce aux compétences de ses fils, et ces compétences sont les produits d'une éducation axée sur l'élitisme. Ce qui a justement permis à l'époque aux Mauriciens venant de milieux les plus défavorisés d'accéder aux plus hautes fonctions de l'Etat et de la société.

Mais il s'agit de trouver la bonne formule qui, tout en privilégiant une forme d'élitisme raisonnable, permettra à tous les étudiants d'avoir une chance égale de réussir à travers une éducation de qualité qui les mettra au diapason avec la compétition planétaire, si indispensable pour la réussite même de toute société moderne.

Le mal fondamental réside dans le fait qu'on s'est borné à maintenir dans sa forme un système d'éducation introduit par le pouvoir colonial, qui a certes fait ses preuves dans le passé mais qui, aujourd'hui, est désuet. L'épineux problème de compétition malsaine, et accessoirement, les pénibles leçons particulières sont tributaires de ce système colonial.

Aux grands maux, les grands remèdes. Il faut des solutions radicales, dont la mise au placard du présent système et l'introduction d'un autre qui a fait ses preuves non seulement ailleurs dans le monde mais aussi dans tout au moins un de nos établissements privés. Il s'agit du système de baccalauréat. Une solution, certes, à long terme, mais qui mettrait un frein définitif à cette 'rat-race' qui frise le criminel.



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