Editorial: L’exemple d’une croissance inclusive
La 10e édition du Pravasi Bharatiya Divas sera inaugurée ce dimanche par le Premier ministre indien Manmohan Singh où le Premier ministre de Trinité-et-Tobago Mme Kamla Persad Bissessar y sera l’invitée d’honneur. L’accent sera mis cette année sur la croissance économique où l’inclusion en est l’axe central.
Depuis plusieurs années déjà l’Inde, à travers sa Planning Commission – dirigée par l’illustre économiste d’Oxford Montek Singh Ahluwalia, considéré par Time Magazine comme le ‘cerveau’ de l’Inde et élu par ce même magazine comme la 7e plus importante personnalité de la Grande péninsule – s’est attelée à la gigantesque tâche de s’assurer que sa fulgurante croissance se fasse avec l’inclusion de sa population dont la majorité est issue de la classe démunie. Cette année, le gouvernement indien cherche sérieusement à engager la diaspora dans cette louable initiative.Depuis ces neuf dernières années, l’Inde fait de gros efforts pour s’ouvrir à la diaspora indienne avec quelque 25 millions de personnes. Ce qui aurait été impensable il n’y a pas trop longtemps. Au fil de cette dernière décennie une véritable synergie s’est dégagée entre ce pays et les gens d’origine indienne éparpillés dans pas moins de 150 pays à travers le monde sous différentes appellations dont ‘Overseas Citizens of India’, ‘Non Resident Indians’, et ‘People of Indian Origin’.
C’est avec enthousiasme que les représentants de cette diaspora, à travers des investissements privés, participent activement à l’économie indienne. Une telle participation était inconcevable il y a une dizaine d’années. Et pour cause ! L’Inde a émergé en une puissance mondiale qu’aucun pays ne peut ignorer. Après le Japon et la Chine, l’Inde s’est taillé la réputation d’un géant économique et d’une puissance nucléaire. Ce pays de plus d’un milliard d’habitants représente actuellement 2 % du PIB mondial. En 2050, il devrait atteindre 17 %. Une performance qui placerait cette nation devant l’Union européenne. Le gouvernement indien investit des centaines de milliards de dollars dans la modernisation de son territoire, principalement en électrification et en infrastructures publiques.
Avec plus d’un milliard d’habitants, l’Inde est le deuxième pays le plus peuplé du monde après la Chine. Ce qui représente un marché immense. Sur le plan politique elle demeure toujours la plus grande démocratie au monde.
Ce pays est riche en ressources naturelles. Il est le premier exportateur de services d’aide à la programmation informatique et d’experts en programmation de logiciels informatiques au monde. Sa puissance militaire, économique et démographique font de lui un des acteurs majeurs dans les affaires mondiales.
Il s’efforce d’approfondir ses relations avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), de resserrer ses liens avec la Chine et d’accroître ses interactions avec les pays d’Asie centrale, les États-Unis et l’Europe. La classe moyenne indienne compte plus de 400 millions de personnes. Ce chiffre sera doublé en 2015. Les secteurs qui tirent profit de la conjoncture sont, avant tout, les services et l’industrie manufacturière.
Ainsi, d’un pays en voie de développement qui ne pouvait même pas nourrir sa population, l’Inde a émergé en une puissance incontournable sur le plan économique, technologique et nucléaire. Avec un taux de croissance économique qui ne cesse de progresser année après année, elle est maintenant en mesure d’entretenir un lien solide avec la diaspora.
D’autre part les enfants et les petits-enfants de ceux qui avaient quitté leur pays d’origine pour s’installer dans des pâturages plus verts ne sont plus des mineurs, des laboureurs ou des immigrants clandestins. Ils sont aujourd’hui de puissants hommes d’affaires, des informaticiens, des inventeurs, des dirigeants politiques. Nombre d’entre eux se sont fait distinguer sur le plan planétaire et sont devenus des références mondiales.
Depuis plusieurs années l’Inde déploie de gros efforts afin de faire de l’intégration régionale – que tous les experts s’accordent à reconnaître comme étant une des meilleures planches de salut pour les pays nouvellement développés – une réalité économique. Maurice ne peut se permettre de se contenter de demeurer à la périphérie de ces efforts, d’autant plus que c’est l’Inde qui a plus à offrir que recevoir. Elle nous prend par la main afin de nous aider à être partie prenante de la coopération régionale.
Il convient de préciser que ce n’est pas tout à fait correct de dire, comme veulent le faire croire certains, que l’intérêt que l’Inde accorde à Maurice en matière de coopération économique est motivé uniquement par son désir d’utiliser le pays comme tremplin pour ouvrir le commerce avec l’Afrique. Ce pays comme on le sait a déjà signé des accords avec la South African Customs Union (SACU) et le COMESA et a conclu des accords visant à créer des zones d’échanges préférentiels avec plusieurs pays africains, y compris l’Egypte. Il convient de souligner que la présence indienne en Afrique est déjà bien enclenchée et cela sans passer par Maurice.
Depuis notre indépendance nous nous sommes tournés, à juste raison, d’ailleurs, vers l’Europe et les Etats-Unis pour assurer notre développement économique. Aux termes des accords préférentiels avec la Communauté européenne et les Etats-Unis, nous avons pu nous assurer des marchés garantis pour notre sucre et nos produits textiles. Le boom sucrier des années 70 et l’esprit d’entrepreneuriat des Mauriciens des années 80 ont permis à l’économie de prendre son envol provoquant ainsi un taux de croissance soutenu dans un environnement caractérisé par le plein emploi.
Avec le démantèlement de ces accords préférentiels d’une part et le déplacement du centre de gravité économique de la planète vers l’Asie, il est impérieux que Maurice réoriente ses axes de coopération et cherche de nouveaux accords de partenariat afin d’assurer la pérennité de son avenir économique.
La réussite de l’économie mauricienne dépend dans une grande mesure de ces types d’accords de partenariat qui, loin de placer le pays dans un état de quémandeur de privilèges, comme c’est généralement le cas pour des accords préférentiels, lui accorde un statut de partenaire commercial égal. Un tel accord donnera certainement une dimension bien plus profonde entre les PIO de Maurice et l’Inde.
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