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Editorial: 2012 - Quelles priorités ?

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Tous les experts internationaux estiment que 2012 sera une année extrêmement difficile sur le plan économique. Aussi, on s'attend que les têtes pensantes du pays se préparent dès le début de janvier pour se mettre autour d'une même table afin de trouver des moyens pour contrer les effets exogènes de la crise qui risquent d'avoir des conséquences très graves sur notre économie. Mais tel ne sera pas le cas. Nos éminences grises ont d'autres priorités, les deux premières étant les alliances électorales et la réforme électorale. La crise économique pourra attendre.

Dès la rentrée donc, les deux partis de l'opposition, le MMM et le MSM, poursuivront avec ardeur des discussions relatives aux modalités du remake de 2000. Déjà, avant de rompre pour les vacances de fin d'année, le bureau politique du MSM a ratifié la décision qui permettra une réédition de l'accord Medpoint de 2000 pour les prochaines législatives qui, théoriquement, sont prévues en 2015.

La condition sine qua non de cet accord est que sir Anerood Jugnauth sera le Premier ministre pour les trois premières années et Paul Bérenger pour les deux dernières du mandat. Cela sous-entend aussi que le chef de file de l'alliance MSM-MMM sera sir Anerood Jugnauth, même s'il ne sera pas le chef de son parti, le bureau politique ayant proposé le leadership à l'actuel chef Pravind Jugnauth. Une situation qui fait penser à King Lear de Shakespeare qui ne devait se contenter que du titre royal alors que les vrais pouvoirs étaient entre les mains des autres membres de sa cour. Mais là n'est pas la véritable problématique. Elle se trouve ailleurs.

Selon l'article 28 de la Constitution, en sa qualité de président, sir Anerood Jugnauth est le chef de l'Etat et le commandant en chef de la République. Il a été reconduit à la présidence par l'Assemblée nationale sur proposition de Navin Ramgoolam, Premier ministre, et adoptée par la majorité des membres de cette Assemblée, en d'autres mots, par le gouvernement.

C'est le président qui présente, au début d'un mandat, le programme gouvernemental et prend moralement l'engagement pour son exécution. Selon la convention, le gouvernement du jour est celui du président car il est d'usage que le président, en donnant lecture du 'Presidential Address', ponctue son discours par "My government will…".

Or, nous sommes dans une situation où l'actuel président en fonction est officiellement nommé par le bureau politique de son ancien parti comme  chef de file d'une éventuelle alliance de l'opposition qui briguera les suffrages contre le gouvernement du jour lors des prochaines élections générales et sera l'adversaire direct du Premier ministre. Du fait que depuis que le bureau politique de son ancien parti l'a formellement proposé la semaine dernière d'être le prochain Premier ministre et qu'il n'a jusqu'ici fait aucun commentaire à cet effet, on peut aisément déduire que sir Anerood y est partant.

D'ailleurs, son traditionnel message à la nation, à l'occasion de la Noël, de par sa teneur, tend à confirmer implicitement qu'il acceptera le nouveau rôle que le MSM lui a assigné. Son discours de samedi dernier retransmis par la télévision nationale était celui d'un 'leader de l'opposition honorifique' faisant appel aux citoyens pour préparer les armes afin de combattre des fléaux telles  la "fraude", la "drogue", la "corruption" et l'"insécurité" car "l'heure a sonné pour sanctionner les coupables qui font perdre des millions au gouvernement"…

Il ne faut pas être grands analystes politiques pour comprendre que c'est une déclaration de guerre ouverte que le président, tout en restant aux fonctions de chef de l'Etat, lance en cette fin de 2011, au gouvernement en général dont il en est moralement responsable et contre son Premier ministre en particulier. C'est une situation inique qui risque de provoquer des frictions institutionnelles au plus haut sommet de l'Etat tout au moins jusqu'à juillet, quand sir Anerood sera de retour des Jeux olympiques où il aura représenté Maurice en sa qualité de chef de l'Etat…

En parallèle, les dirigeants politiques enclencheront, dès la rentrée, les discussions sur la deuxième grande 'priorité' de 2012 - la réforme électorale comme proposée par le professeur Guy Carcassonne et son équipe. On peut d'ores et déjà prévoir que ces débats vont ravir la vedette aux élections municipales, prévues pour le mois d'avril et qui seront organisées selon la nouvelle loi régissant les collectivités locales.

Ainsi, à travers ces débats qu'on souhaite qu'ils seront très élargis, la population décidera dans quelle mesure la mise en oeuvre de certaines recommandations fondamentales du rapport Carcassonne viendra vraiment résoudre les faiblesses de l'actuel système sans pour autant créer des problèmes plus aigus.

Selon des analystes locaux, la formule de quatre à sept députés dans les 10 à 11 nouvelles circonscriptions proposée à travers la représentation proportionnelle avec une liste fermée provoquera une situation où aucun parti ou bloc politique n'arrivera  à rallier une majorité raisonnable lui permettant de diriger le pays avec un minimum de sérénité. C'est manifestement introduire le germe d'une instabilité politique permanente que semble proposer le rapport Carcassonne.

Ces analystes trouvent difficilement comment dans notre contexte, l'introduction de 10 à 11 circonscriptions contre les 21 existantes, à travers un nouveau redécoupage, serait acceptable par tous les partis politiques qui, d'une manière ou d'une autre, se sentiront forcément lésés. Dans un tel cas, on risque de se diriger vers une méfiance institutionnalisée. Et enfin, on ne sait comment, les réalités mauriciennes étant ce qu'elles sont, il sera possible de nommer des ministres qui ne sont pas élus et donc n'auront aucun compte à rendre à l'électorat.

Il incombera à la population de décider si le pays peut se permettre de jouer avec le feu.



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