Home | Blog | Éditorial | Editorial: Rapport Carcassonne - “The Devils lie in the Details”

Editorial: Rapport Carcassonne - “The Devils lie in the Details”

Font size: Decrease font Enlarge font  



Il n'y a pas de doute que le professeur Carcassonne et ses deux assesseurs ont produit un rapport qui fait preuve de beaucoup d’imagination et de créativité. C’est un excellent document du point de vue académique et constitutionnel.

Il a le mérite de servir, entre autres, comme un formidable ‘conceptual framework’ pour notre Constitution. Mais il convient de se demander si, éventuellement, ce rapport sur la réforme électorale ne subira pas le même sort que celui qu’avait soumis Albie Sachs, Bal Behari Tandon et Robert Ahnee en 2002. C’est-à-dire, qu’il finira dans un tiroir pour être mangé aux mites du fait qu’il pose plusieurs problèmes graves.

Premièrement – et là l’équipe du professeur Carcassonne n’y est pour rien –, peut-on vraiment envisager une réforme électorale sans qu’une refonte de la Constitution dans son ensemble soit entreprise ? Tout le monde semble d’accord que 43 ans après son indépendance, le pays a besoin de revoir certains aspects fondamentaux de sa Constitution. L’île Maurice et sa société ont subi une transformation profonde, que ce soit sur le plan social, économique ou politique, depuis que la Constitution a été rédigée et mise en application. Une Constitution basée principalement sur le modèle westminstérien qui garantit un des meilleurs systèmes de démocratie mais qui, avec l’évolution politique du pays, a démontré quelques faiblesses importantes. D’où le besoin d’une réforme électorale.

Le territoire mauricien a connu un changement radical tant sur le plan des infrastructures publiques et privées que sur sa structure topologique. La société mauricienne a évolué d’une manière fulgurante. Elle a atteint un niveau de sophistication intellectuelle remarquable et les aspirations de ses citoyens ont changé dramatiquement par rapport à celles des années 60, quand la Constitution a été introduite pour la première fois.

S’il est vrai que quatre décennies ne représentent qu’une relativement brève période dans la vie d’un Etat, elle est, dans notre cas, suffisamment longue pour que son encadrement légal mérite d’être revu afin d’éviter qu’il soit en déphasage avec les nouvelles réalités qui ont émergé. Alors que la Constitution a fait ses preuves, une réforme constitutionnelle dans le sens le plus large du terme est plus que nécessaire pour qu’elle réponde aux exigences de la nouvelle société. Une réforme électorale ne serait qu’une partie de cette grande réforme constitutionnelle.

Cependant, la réforme constitutionnelle ne doit pas se faire d’une manière ad hoc pour satisfaire les besoins temporels des gouvernants comme cela a été le cas jusqu’ici. Idem pour la réforme électorale qui ne doit être mise en application d’une manière isolée afin de satisfaire aux intérêts électoralistes du moment. De telles réformes comportent des implications profondes et, à cet effet, toute démarche hâtive d’aller en besogne risque de produire plus de problèmes qu’elle n’en apporterait de solutions.

A cet égard, on trouve difficilement comment les recommandations du professeur Carcassonne par rapport aux prérogatives du Premier ministre pourraient être effectivement mises en oeuvre sans que, par exemple, les pouvoirs du président de la République, tels qu’ils existent maintenant, ne soient revus. Le président n’est ni plébiscité par la population ni n’a des comptes à rendre au Parlement. Cependant, il détient des pouvoirs constitutionnels qui ne correspondent pas à son poste qui est essentiellement cérémonial. Selon la Constitution c’est lui qui, par exemple, nomme les présidents et les membres d’importantes institutions telles la Public Service Commission, la Disciplined Forces Service Commission, les commissions électorales, etc.

Ainsi, l’application des recommandations du professeur Carcassonne sur la réforme électorale d’une manière isolée risque de provoquer d’autres problèmes aussi longtemps que la Constitution ne soit pas revue dans son ensemble. Si une réforme électorale est plus que nécessaire, elle ne doit pas se faire indépendamment d’une réforme constitutionnelle bien plus vaste.

Deuxièmement, il est impérieux que toutes propositions de réforme électorale obtiennent un consensus national. Il ne s’agit pas uniquement d’un consensus au niveau des partis politiques qui sont généralement motivés par des intérêts électoralistes. Il faut qu’il y ait obligatoirement un consensus au niveau de la société civile car une fois appliquées, ces réformes auront des incidences profondes sur le système politique du pays pour au moins un demi-siècle. Une participation citoyenne aux débats dans le sillage d’une telle réforme est impérieuse.

Troisièmement, sur le plan micro, l’application de certaines recommandations fondamentales du rapport Carcassonne comportera certes de sérieuses difficultés. Il est quasiment impossible de procéder à une refonte profonde d’un système électoral en se basant sur un rapport de 25 pages qui ne fait aucune mention des modalités de sa mise en pratique.

Par exemple, il y a de sérieux risques que la formule de quatre à sept députés dans les 10 à 11 nouvelles circonscriptions proposées à travers la représentation proportionnelle avec une liste fermée provoque une situation dans laquelle aucun parti ou bloc politique n’arrive à rallier une majorité raisonnable qui lui permettrait de diriger le pays avec un minimum de sérénité.

Quant à la proposition d’introduire 10 à 11 circonscriptions contre les 21 existantes, fort judicieuse en elle-même, on trouve difficilement comment dans notre contexte, un organisme composé du président de l’Electoral Supervisory Commission, du commissaire électoral, du directeur du Bureau des statistiques et probablement d’autres membres cooptés arrivera à proposer un redécoupage de nouvelles circonscriptions qui sera acceptable par tous les partis politiques sans qu’il y ait des allégations de manipulations injustes, de ‘gerrymandering’.

A cet égard, le rapport Carcassonne est trop succinct. A juste raison, les Anglais diront de lui que “the devils lie in the details”.



Found a typo in the article? Vous avez trouvé une faute de frappe dans l’article? Click here.
Tags

 Comments

Comment icon Please click here to read our disclaimer & comments policy before posting.
  • email Email to a friend
  • PDF PDF version
  • Print Print version
  • Plain text Plain text
Newsletter
Newsletter icon Sign up for breaking news. View sample.

Email:
(Currently 31,450 subscribers)
More in Éditorial
Previous
Editorial : Prendre les taureaux… par les cornes
Il semblerait que le gouvernement soit déterminé à prendre les taureaux par les cornes en matière de lutte contre les auteurs des agressions sexuelles, qui ne cessent d’augmenter. Le Premier ministre a déclaré à ce propos, mardi au Parlement, que son gouvernement envisage sérieusement l’introduction de la castration chimique contre des agresseurs récidivistes....
Editorial : Zones d’ombre
Il est impératif que les vraies circonstances qui ont provoqué l’accident meurtrier de vendredi dernier, causant la perte de 10 vies humaines et une trentaine de blessés graves à Sorèze, soient connues et rendues publiques dans les plus brefs délais. A cette fin, la participation des experts indiens de “haut calibre”, dont les services ont été personnellement sollicités par le Premier ministre, devrait contribuer non seulement à des conclusions plus expéditives mais, surtout, à s’assurer qu’elles soient dépassionnées, objectives et fiables....
Editorial : Vérité trop amère à avaler
Le rassemblement du MMM-MSM mercredi dernier est venu en quelque sorte confirmer la position qu'occupe le MSM et son leader sur l'échiquier politique. Selon le sondage Politis, publié dimanche dernier, le MSM à qui on accordait 5% de soutien populaire à peine une année de cela, s'est inexorablement dégringolé pour atteindre un misérable 2%. Avec un tel verdict de l'opinion des sondées, le MSM s'est manifestement relégué au rang d'un groupuscule politique....
Editorial : Quel militantisme ?
En dépit d’un regain considérable des activités syndicales et d’un semblant de militantisme ces derniers temps, il y a de forts doutes que les travailleurs se mobilisent en masse le 1er mai prochain pour célébrer la fête du Travail. La classe politique y volera toujours et encore la vedette. Les syndicats doivent se blâmer eux-mêmes pour cet état de choses....
Me Geoffrey Robertson.
Editorial : Un rendez-vous avec l’histoire
Si les recommandations proposées par l’éminent juriste britannique Geoffrey Robertson dans son rapport préliminaire sur les médias sont mises en application, elles constitueront une importante révolution pour la liberté d’expression et pour la démocratie en général. On ne peut que les accueillir favorablement et tout faire pour assurer qu’on les applique le plus rapidement possible à travers un projet de loi....
Editorial : Immaturité et mauvaise foi
Les passions qui se sont déferlées depuis les événements tragiques du 30 mars dernier ont donné une nouvelle preuve de l’existence d’un trait peu honorable de notre société. Un trait qui risque de constituer une menace potentielle à l’unité de la nation et par conséquent, à la stabilité et au développement du pays....
Editorial : Plus jamais ça !
La tragédie qu’a vécue le pays samedi demeurera pendant longtemps encore dans la mémoire collective de la population. Jamais auparavant une calamité naturelle n’avait frappé si brutalement. Il convient d’en tirer, à tête reposée, les leçons qui s’imposent. Il s’agit surtout de ne pas se laisser prendre au piège des solutions faciles ou d’entreprendre une chasse aux boucs émissaires....
Editorial : Quelle réforme ?
Les réactions de certains dirigeants syndicaux par rapport aux amendements proposés par le gouvernement aux lois du travail méritent d’être dénoncées....
Editorial : Quelle réforme ?
Depuis que le Premier ministre a proposé un ‘White Paper’ suite au ‘Prononcement’ du Comité des droits de l’homme des Nations unies contre l’obligation de tout candidat de décliner son appartenance ethnique aux élections générales, nous n’avons eu droit qu’à un flot de réactions primaires, pour ne pas dire bassement politiques....
Robert Desvaux.
Editorial : Fâcheuse tendance
A Maurice nous avons souvent cette fâcheuse tendance à convertir en débats nationaux des banalités qui autrement ne méritent même pas l'attention du public alors que les véritables problèmes d'intérêt national sont complètement mis à l'écart. Le dernier en date concerne le renvoi de l'ancien président de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) alors que sa performance était bien au-dessous des objectifs visés. Les débats étaient centrés uniquement sur sa personne....
Editorial : Feuilleton vaudevillesque
Le spectacle livré ces derniers jours par le Parti Mauricien Social Démocrate (PMSD) aurait passé pour un feuilleton vaudevillesque de bas étage sauf que, loin des éclats de rire, il a provoqué l’indignation et l’exaspération de la population....
Somduth Dulthumun.
Editorial : Responsabilités
Le président du front commun hindou, Somduth Dulthumun a consigné mardi une déposition au poste de police des Casernes centrales contre un hebdomadaire dominical pour avoir publié des articles susceptibles de provoquer la haine raciale....
Editorial : Devoir
Comme chaque année à pareille époque le pays a vécu le rituel qui marque généralement la proclamation des lauréats – la crème de la crème de notre secteur éducatif. C’est le couronnement à la fin du cycle secondaire. Naturellement, ceux qui se sont distingués de par leurs efforts personnels ainsi que ceux de leurs enseignants et parents, méritent l’appréciation et l’admiration de la nation tout entière....
Editorial : Quelle liberté ?
En notre qualité de journaliste, nous avons trop souvent cette fâcheuse tendance de prendre la majorité silencieuse de ce pays, sans doute en raison de son esprit de tolérance, pour des imbéciles prêts à avaler sans broncher tout ce que nous fonçons à travers leur gorge. Tel est le cas par exemple, lorsque le média leur impose sa version de la liberté d’expression, ou plutôt de sa restriction....
Paul Bérenger.
Editorial : Succession
La nouvelle relative à la maladie du leader de l'opposition et leader historique du MMM, Paul Bérenger, a provoqué le choc ainsi que la tristesse au sein de la population. Nous souhaitons de tout cœur qu'il se rétablisse rapidement et qu'il reprenne ses activités politiques dans le plus bref délai....
Editorial : Décadence
Cette semaine un homme a été pris en flagrant délit d'inceste sur la personne de sa sœur, une personne autrement capable mentalement. Si leur mère  n'avait pas tenté de se suicider subséquemment à cet acte, il aurait passé sous silence et dans l'oublie. D'ailleurs selon la femme, ce n'est pas la première fois que son frère s'est livré à un tel acte sur sa personne....
Next
View all polls »

Le Matinal on Social Networks
Le Matinal E-Paper
Random Author