Editorial: Feuilleton surréaliste…
Il y a quelques semaines de cela Paul Bérenger a déclaré que d’importants développements politiques interviendraient avant la fin de l’année. Les spéculations allaient alors dans une seule direction : sir Anerood Jugnauth, en sa capacité de président de la République refuserait d’accorder son imprimatur au Local Government (Amendment) Bill tant décrié par l’opposition, et soumettrait sa démission pour descendre dans l’arène politique. Ce qui aurait certainement provoqué des séismes politiques.
Mais dans sa sagesse, sir Anerood a non seulement apposé gentiment sa signature, assez rapidement faut-il le souligner, à ce projet de loi visant principalement à renvoyer les élections municipales à l’année prochaine. Le président est allé jusqu’à déclarer, au grand dam de l’opposition, y compris son ancien parti, le MSM, que l’amendement en question est absolument légal.On se souviendra que le matin au cours duquel cet amendement devait être présenté à la Chambre, Paul Bérenger avait préféré ne pas soumettre sa Private Notice Question, car sa prérogative en tant que leader de l’opposition était de rencontrer le Président afin de lui faire part du caractère soi-disant illégal de ce projet de loi. Depuis, les spéculations à l’effet que sir Anerood refuserait son assentiment devenaient de plus en plus probables. Certains n’hésitaient pas à avancer que le rapprochement entre le MMM et le MSM serait l’élément clé qui motiverait le Président dans sa prise de décision. C’était mal connaître l’obsession légaliste de sir Anerood.
Au lieu d’un resserrement de lien entre les deux principaux partis de l’opposition contre le renvoi des élections municipales, la population est appelée, en ce mois de décembre, à vivre à travers la télévision nationale ce qu’il convient d’appeler un feuilleton politique, pour dire le moins, surréaliste dont les principaux protagonistes sont nul autre que le Premier ministre et le leader de l’opposition.
Depuis que le MSM a quitté le gouvernement dans le sillage du scandale Medpoint, le MMM s’est senti fortement revigoré. Pratiquement le lendemain de la cassure ces deux partis, qui se battaient comme des ennemis acharnés à peine une semaine de cela, se sont convertis en alliés objectifs pour livrer une rude bataille au gouvernement. Paul Bérenger et Pravind Jugnauth se rencontraient chaque semaine pour peaufiner leurs stratégies d’attaques contre Navin Ramgoolam. Ils discutaient d’alliance et réclamaient à cor et à cri la tenue des élections générales anticipées. Un éventuel partage des pouvoirs était en voie d’être concrétisé. Un remake de l’accord Medpoint de 2000 constituait le point central de leurs discussions. Mais voilà que soudain se joue un spectacle qui, à coup sûr, a retenu l’attention de la population et, par la même occasion, provoqué des spéculations qui la veille auraient été perçues comme étant des plus farfelues.
Les protagonistes de ce spectacle à L’Opium Restaurant jeudi dernier ne pouvaient choisir un événement et un parterre plus appropriés que le lancement du ‘Behind the Purple Curtain’ de Jayen Cuttaree, ancien leader adjoint du MMM converti en ‘consultant’ pour ce parti. Naturellement le parterre était à quelque exception près, d’un ‘purple’ foncé. Tout le long de la cérémonie Navin Ramgoolam et Paul Bérenger agissaient comme deux vieux copains qui se sont retrouvés après une longue séparation.
Au-delà des échanges de civilités habituelles, ils se livraient à des confidences et à l’extériorisation d’une complicité qui ne peut exister qu’entre deux compères animés de communs desseins. Ils n’ont surtout pas manqué de lancer mutuellement des fleurs durant leurs allocutions de circonstance. On retiendra surtout cette déclaration de Paul Bérenger à l’effet que “très peu de gens sont au courant des relations qui ont toujours existé entre le PTr et moi”. Le tout au nez et à la barbe de Pravind Jugnauth qui ne pouvait à peine dissimuler son irritation malgré les efforts qu’il tentait de déployer désespérément.
On aurait pu mettre ces surprenants comportements sur le compte d’une humeur estivale qui, même entre adversaires se prête généralement à la convivialité. Mais c’est sans compter sur le deuxième feuilleton qui allait se jouer cinq jours plus tard lors du lancement d’un autre ouvrage, la biographie de Guy Rozemont, grand tribun travailliste.
Outre la réédition réciproque de l’extrême cordialité apparente de L’Opium Restaurant entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, certains de leurs propos méritent d’être mis en exergue. De mémoire d’homme, c’est la première fois que Navin Ramgoolam est allé jusqu’à déclarer que “le PTr et le MMM ont mené le même combat”, que les deux partis “sont issus d’une lutte acharnée”. Et de renchérir sa conviction à l’effet que Paul Bérenger devrait non seulement se retrouver au sein du PTr s’il était politicien à l’époque mais si un tel cas s’était produit Paul Bérenger aurait été aujourd’hui le patron du PTr et lui son second !
Auparavant Navin Ramgoolam avait pris le soin de souligner que “mon camarade Paul s’est toujours inspiré des tribuns du PTr, dont Emmanuel Anquetil. C’est pour cette raison qu’il a surnommé son fils Emmanuel” non sans préciser qu’il a obtenu au préalable l’autorisation de Paul Bérenger avant de partager cette petite anecdote personnelle.
Comment faire abstraction de cette boutade de Paul Bérenger qui après un lapsus devait lancer à l’égard de Navin Ramgoolam “tellement mo kontan li !”. Ce qui d’ailleurs n’a pas empêché Nando Bodha, présent pour l’occasion, d’esquisser un grand sourire…
Le troisième épisode de ce feuilleton de fin d’année est prévu pour demain à la municipalité de Port-Louis lors de la commémoration de la mort d’un autre grand tribun travailliste et un des mentors de Paul Bérenger, Hurryparsad (Pandit) Ramnarain.
Bien entendu, entre-temps les négociations d’alliance vont bon train entre le MMM et le MSM…
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