Editorial: Que nos regards se tournent vers l'Orient !
Il est inquiétant de constater que les autorités n'ont toujours pas compris la nécessité de s'ouvrir vers des marchés non traditionnels afin d'assurer une croissance supérieure dans ce secteur si vital pour notre survie économique, et pour rendre réalisable l'objectif – certes, très ambitieux, mais nettement réalisable – du gouvernement d'atteindre la barre de deux millions de touristes annuellement dans un contexte économique mondial si difficile.
On n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi les autorités s'obstinent à ne pas changer leurs attitudes par rapport au potentiel que représente le marché asiatique, l'Inde et la Chine en particulier. Nous avons archi répété dans le passé que si Maurice veut faire du tourisme un pilier inébranlable, il doit se tourner vers ce nouveau marché prometteur. Il suffit d'introduire un vol sur Shanghai pour que les touristes chinois se ruent vers Maurice.Dans ce contexte, faut-il le préciser, le Singapour, que souvent le Premier ministre cite en exemple, accueille environ 10 millions de touristes chaque année. Pourtant la superficie de ce pays est d’un tiers la nôtre et avec une population trois fois supérieure à la nôtre. En moyenne le Singapour enregistre un taux de croissance de 8 % chaque année dans le secteur touristique, et ce malgré les crises économiques internationales. La question de seuil de tolérance, souvent évoquée chez nous pour justifier le faible taux d'arrivées, ne se pose manifestement pas pour les Singapouriens.
La performance de Singapour nous pousse à croire que malgré nos atouts touristiques et les efforts déployés jusqu'ici par l'Etat et les opérateurs privés, nous sommes encore dans un état de 'sous-développement' relatif. Une des raisons qui expliquent cet état de choses demeure le fait que depuis que le tourisme a été développé comme activité économique dans les années 70, nous avons dirigé nos efforts uniquement vers certains marchés traditionnels – la France et même pas l'Europe en particulier.
De ce fait, pour certains décideurs, la France est le marché mondial. Les statistiques parlent d'elles-mêmes. Les touristes français représentent pas moins de 50% des arrivées venant de l'Europe. L'autre 50% est départagé entre les autres pays européens dont certains comme l'Italie et l'Espagne ne représentent qu'un infime pourcentage.
Bien qu'il existe de gros potentiels au niveau de l'Asie, pour des raisons obscures, ce marché est toujours demeuré inexploité comme le démontre le nombre relativement dérisoire de touristes venant de ce continent durant ces dix dernières années.
Malgré les initiatives des précédents ministres de tutelle de diriger des délégations en Inde pour la promotion de Maurice comme une destination de choix, on a été systématiquement loin des résultats attendus.
D'abord il faut se demander dans quelle mesure ceux qui sont responsables de la promotion de notre tourisme sont convaincus du potentiel que représente le marché asiatique. A cet égard certains opérateurs n'hésitent pas à exprimer librement leur appréhension quant à la futilité de toute ouverture vers l'Inde car ils ont de sérieux doutes en ce qui concerne la mise en application du mécanisme nécessaire pour encourager les touristes asiatiques et introduire les structures appropriées pour les accueillir.
Si le Singapour reçoit annuellement 600 000 touristes indiens, c'est justement parce qu'il offre pratiquement tout ce qu'il faut pour les attirer en termes de packages taillés sur mesure comprenant des tarifs spéciaux et des attractions susceptibles de les intéresser à cette destination. La formule est simple : offrir différents produits aux différents clients selon leurs goûts.
Les promoteurs mauriciens doivent comprendre que les touristes indiens, contrairement aux Européens, ne sont guère intéressés à nos produits de base que sont la mer, la plage et le soleil. Ils en ont plein chez eux. Ils cherchent d'autres attractions tels le shopping hors taxes et les casinos. Ce qui explique la ruée des touristes indiens vers le Singapour. Aussi longtemps qu'on n'arrive pas à diversifier nos produits, la diversification de nos marchés restera lettre morte et l'objectif d'atteindre deux millions d'arrivées par an aura à attendre plusieurs décennies avant de se réaliser.
Et quid de l'accès aérien ? Comment peut-on espérer inciter un potentiel représentant de centaines des milliers de touristes à passer des vacances chez nous sans qu'il y ait des vols adéquats pour les transporter durant la période de pointe ? Pour preuve, essayez de trouver en cette période de décembre/janvier une place sur les vols quotidiens sur l'Inde et vous saurez de quoi il en ressort par rapport à l'accès aux touristes indiens à Maurice.
Le secteur du tourisme a besoin d'une refonte totale, d'un rethinking et d'une véritable détermination pour réussir. Pour que cela soit possible il faut que les décideurs sortent une fois pour toutes de leur ornière obscurantiste. Il faut qu'ils comprennent que l'Europe n'est plus le centre du monde et au cas où ils ne l'auraient pas remarqué encore, qu'ils sachent que la force de gravité économique a, depuis belle lurette, basculé vers l'Orient.
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