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Editorial: L'insouciance autosuffisante

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Les opérateurs ont pour une énième fois exprimé leurs inquiétudes sur la production alimentaire locale qui a atteint un dangereux niveau de stagnation. Année après année, la situation se détériore inexorablement.

En dépit des mises en garde de la part des organismes internationaux, nous n'avons pas, comme une nation responsable, pris les dispositions nécessaires pour assurer une autosuffisance des aliments dont nous avons le savoir-faire, les moyens ainsi que les conditions topologiques et climatiques nécessaires pour en produire.

Dans son dernier rapport, la Banque mondiale a tiré encore une fois la sonnette d'alarme sur la situation alimentaire mondiale. Il fait état de 44 millions de personnes qui pourraient basculer dans la pauvreté à l'échelle de la planète principalement en raison de la hausse des prix alimentaires.

Selon le secrétaire général de l'OCDE, les marchés agricoles ont toujours été instables, mais en unissant leurs efforts, les gouvernements peuvent atténuer les fluctuations excessives des cours et ainsi mieux protéger les consommateurs et les producteurs vulnérables.

Dans un document intitulé "L'état de l'insécurité alimentaire dans le monde 2011", la FAO met en exergue la diversité des répercussions de la crise alimentaire mondiale de 2006-2008 sur les différents pays. Selon ce document, bien que quelques grands pays soient parvenus à éviter les pires effets de la crise, de nombreux petits pays dépendant des importations ont été confrontés à une véritable flambée des prix qui, même lorsqu'elle n'a été que temporaire, a pu avoir des effets permanents sur leur aptitude à gagner leur vie et à se hisser hors de la pauvreté par la suite.

Ce rapport porte sur les coûts de la volatilité des prix des denrées alimentaires ainsi que sur les dangers des hauts niveaux de prix. La FAO estime que le changement climatique et la multiplication des chocs météorologiques, le renforcement des liens entre les marchés de l'énergie et les marchés agricoles lié à la demande croissante en biocarburants et, enfin, le financement progressif des produits alimentaires et agricoles sont autant de réalités qui laissent penser que la volatilité des prix n'est pas près de disparaître. Elle met en garde contre les répercussions de la volatilité des prix sur la sécurité alimentaire et présente les options politiques, dont l'autosuffisance, qui permettraient de la réduire, de façon économique et efficace, et de la gérer quand elle ne peut pas être évitée.

A Maurice, nous sommes encore dépendants de l'importation des denrées rudimentaires tels la pomme de terre, l'oignon et le lait frais. Selon les dernières indications, la récolte de pomme de terre cette année est estimée à 19 000 tonnes alors que la consommation annuelle est de 24 000 tonnes, soit un déficit de 5 000 tonnes.

La situation est pire en ce qui concerne l'oignon avec une dépendance beaucoup plus prononcée de l'importation. La production est de seulement 7 000 tonnes pour une consommation de 16 000 tonnes. Il est inconcevable qu'un pays tropical avec une tradition agricole de plus de trois siècles n'arrive toujours pas à atteindre l'autosuffisance par rapport à la production de ce bulbe d'utilité si courante mais également indispensable pour la cuisine mauricienne caractérisée par la multiplicité de ses origines.

Après des décennies d'absence, le lait frais produit localement a commencé à faire son apparition sur les rayons de certains supermarchés. C'est suite à la courageuse initiative et l'esprit d'entrepreneuriat de SKC Surat qui s'est lancé à grande échelle dans un secteur pourtant important mais où d'autres ont été contraints de fermer boutique prématurément. Il convient de souligner que le Surlait de SKC Surat, outre son caractère frais, est indiscutablement le meilleur lait produit sur une base industrielle que le pays a connu depuis les années 60.

Mais entre un litre de lait frais produit localement offert autour de Rs 40 et une brique de l'UHT importé de l'Ukraine, de l'Argentine ou de l'Egypte à un prix bien plus inférieur, le choix du consommateur est naturellement fort simple, de surcroît dans le contexte d'une érosion de son pouvoir d'achat. Dans un tel cas, sans pour autant jouer au prophète de malheur, on peut déjà prévoir le sort réservé à la production locale.

C'est pour cette raison, une fois la commercialisation de lait frais étendue sur toute l'île et l'autosuffisance assurée, qu’il est impérieux que l'Etat revoie sa politique d'importation de lait liquide afin d'assurer la compétitivité, et éventuellement la survie des producteurs locaux.

C'est absolument incompréhensible comment, en dépit de la disponibilité de verts pâturages, le pays dont l'économie a été axée sur l'agriculture n'a pu développer une industrie laitière et de ce fait a toujours été dans l'obligation de dépendre de l'importation pour sa consommation en produits laitiers, y compris le lait frais. Pourtant il existe un marché de l'ordre de 125 millions de litres de lait frais annuellement.

La dernière facture d'importation des produits laitiers s'élevait à plus de Rs 3 milliards pour un volume de consommation de 23 000 tonnes, dont 17 500 tonnes représentant Rs 2,7 milliards que pour le lait (liquide et en poudre). Selon les estimations officielles, la consommation annuelle par tête d'habitant serait de l'ordre de 160 litres. Ce qui représente une consommation totale de 216 millions de litres.

Cela fait plusieurs années déjà que le ministère de l'Agro-industrie avait institué un plan stratégique pour rationaliser ce secteur afin d'assurer une gestion plus efficace des ressources agricoles. On ne sait pas ce qui est advenu à ce plan.

Faut-il attendre le pire pour vraiment prendre les choses au sérieux ?



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