Editorial: Les défis de Duval
Il est certain qu'aucun politicien ou économiste ne souhaiterait se retrouver dans le fauteuil de Xavier-Luc Duval ce vendredi après-midi. Pour dire jusqu'à quel point la tâche qui attend le Grand argentier est non seulement ingrate mais manifestement gigantesque. Il n'a pas droit à l'erreur. Car étant le tout premier budget de sa carrière, il lui faut impérativement faire mieux que son prédécesseur, Pravind Jugnauth, qui, pour des raisons injustifiées, a abandonné la barque.
Sur le plan purement politique, l'actuel ministre des Finances serait contraint d'avoir recours aux grands moyens afin de s'assurer que son premier exercice budgétaire ne laisse aucune impression désastreuse qui risque de provoquer le courroux des travaillistes purs et durs et de coûter ainsi que les jeunes faucons rouges. Xavier-Luc Duval est le chef du Parti mauricien social-démocrate (PMSD) traditionnellement connu pour son penchant vers la droite, pour ne pas dire l'extrême droite.Alors qu'il occupait les fonctions de ministre des Finances, Rama Sithanen était accusé, à tort ou à raison, d'avoir été le cheval de Troie du secteur privé au sein du gouvernement. Il a su, en dépit de ses mesures de réformes impopulaires durant ses deux premiers budgets, prouver le contraire. Un des plus grands défis de Xavier-Luc Duval est précisément de démontrer d'une manière concrète le vrai sens du terme social-démocrate. Son passage à la tête du ministère de l'Intégration sociale l'a sans doute amené à découvrir ce que c'est que la misère humaine. On ne peut que souhaiter qu'il sera très sensible à cette dure réalité mauricienne.
Sur le plan purement économique, il faut reconnaître que Xavier-Luc Duval est appelé à présenter son budget dans le contexte d'une économie mondiale instable, où les pays les plus performants se sont retrouvés dans l'obligation d'administrer des remèdes de cheval afin d'éviter une catastrophe d'ordre planétaire. Aucun Etat ne peut, aujourd'hui, affirmer être à l'abri de sérieux risques. Mais l'aspect le plus effrayant est qu'aucun expert ne peut prédire avec certitude jusqu'à quand cette instabilité économique va durer et quel sera l'impact de ses séquelles sur l'avenir de humanité. C'est probablement l'incertitude la plus angoissante de tous les ministres des Finances du monde entier.
Il convient de faire ressortir qu'à Maurice nous avons pris connaissance, tardivement hélas ! que notre résilience économique dont on s'enorgueillissait allègrement pendant des années n'est que relative et que sa robustesse est éminemment tributaire des facteurs exogènes. Cela ne peut être autrement pour un pays qui dépend quasi-entièrement de l'exportation pour ses recettes et de l'importation pour sa consommation.
Il est cependant vrai de dire que le pays a quand même pu résister aux premiers chocs de la crise internationale en raison des réformes enclenchées dans les deux premiers budgets du précédent mandat. Il n'y a pas de doute que sans ces réformes courageuses, le pays aurait été frappé de plein fouet par la récession.
Mais force est de constater que la répartition des revenus est telle que tout ministre des Finances mauricien dispose d'une très faible marge de manœuvre. 80 % des revenus de l'Etat proviennent de la TVA, de l'impôt sur les sociétés et des droits d'accise. Il faut qu'on soit vraiment naïf pour ne pas reconnaître que, pour des raisons évidentes, les recettes provenant de ces trois sources baisseront substantiellement.
Afin de ne pas pénaliser des secteurs en difficulté, certaines taxes ont été soit gelées soit éliminées, les revenus sur les 20 % restant subiraient forcément une réduction considérable. Ajoutez à cela le manque à gagner provoqué par une baisse et, dans certains cas, une déficience totale des dividendes que l'Etat obtenait de la Banque centrale et des corps paraétatiques ainsi que le non remboursement des dettes en raison des difficultés financières par des institutions parapubliques telles qu'Air Mauritius, la State Trading Corporation, la Corporation nationale de transport, etc.
Contre cette marge de manœuvre limitée, Xavier-Luc Duval est appelé à relever un double défi.
Premièrement, il lui faut gérer le taux du chômage à travers la création de nouveaux emplois, d'une part, et introduire des mécanismes, d'autre part, afin de contenir l'érosion du pouvoir d'achat qui a pris des proportions alarmantes ces dernières années. Les consommateurs, surtout ceux de la classe moyenne et de la masse ouvrière, sont inquiets et même traumatisés par l'inexorable perte de leur pouvoir d'achat chaque jour. La flambée vertigineuse des prix de pratiquement toutes les denrées de première nécessité les préoccupe. Pour eux, c'est littéralement une question de 'bread and butter'. Ils deviennent de plus en plus impatients.
C'est une acrobatie, certes, extrêmement difficile qui attend le ministre des Finances dans le contexte actuel mais obligatoire s'il veut que la crise économique ne se transforme pas en une crise sociale qui risque de rendre la vie invivable dans un pays connu de par le monde comme un havre de paix. Il est impérieux pour Maurice de préserver sa réputation de destination touristique de choix. Il y va de notre propre survie en tant que nation.
Tout en proposant les grands remèdes pour atténuer les séquelles de la crise économique mondiale, Xavier-Luc Duval doit nécessairement introduire des mesures budgétaires étalées sur au moins un an afin de permettre la relance de l'économie nationale et l'incitation à l'investissement pour que le pays arrive en toute circonstance à maintenir un taux de croissance raisonnable.
Pour Xavier-Luc Duval et par extension, le gouvernement tout entier, c'est une situation de 'make or break'.
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