Editorial: The Proof of the Pudding…
Pour la première fois dans sa carrière politique Xavier-Luc Duval aura l’occasion de mettre en valeur ses qualités d’expert-comptable lors de son premier exercice budgétaire. Il est appelé à introduire des mécanismes qui permettraient au pays de faire face aux graves secousses externes qui risquent de potentiellement mettre en péril l’économie nationale.
Dans un contexte ultra-inflationniste, il doit assurer une vie décente à tous les citoyens indistinctement de leurs classes socio-économiques. Naturellement, l’éradication de la pauvreté et la démocratisation de l’économie, mises en exergue dans le programme gouvernemental, devraient être les deux principaux axes de son budget.Dans quelle mesure pourra-t-il manœuvrer dans le contexte international actuel et avec un tableau de bord de l’économie guère intéressant ?
D’emblée, tenant compte des dernières données de la situation économique internationale, le gouvernement a revu à la baisse le taux de croissance annuel pour les deux prochaines années de 5 % à 4+ % par an.
La baisse des investissements privés, le fléchissement des investissements directs étrangers à Rs 3,4 milliards de janvier à juin 2011 soit de 42,6 %, la réduction de 5,1 % de la récolte sucrière prévue pour 2011 par rapport à 2010 à 420 000 tonnes sont autant de facteurs qui influencent négativement la croissance. Une lueur d’espoir est permise cependant avec une prévision du taux de croissance plus élevé que l’an dernier dans les secteurs tels que la pêche, les TIC et les services financiers. Toujours est-il que la performance du secteur financier est directement liée à des décisions où Maurice n’a même pas voix au chapitre. On ne peut qu’espérer qu’aucune décision fâcheuse n’interviendra en dépit des pressions grandissantes venant de toute part pour que le traité de non double imposition entre l’Inde et Maurice soit revu.
Le déficit budgétaire croîtra par plus de 4,4 % en 2011. Le scénario d’une croissance molle pourrait avoir un impact sur les recettes du fisc, et compliquer davantage le déficit budgétaire de l’État.
Les statistiques du dernier rapport de la Banque de Maurice indiquent que la dette totale de Maurice a crû nominalement de 15 % annuellement, en moyenne, quoiqu’elle soit restée relativement stable par rapport au PIB.
Toujours, selon les estimations de la Banque centrale, le taux d’inflation a pris l’ascenseur en 2011, le ‘Headline Inflation Rate’ passant de 2,5 % en 2009 à 2,9 % en 2010, et à 5,5 % en 2011. Le glissement annuel a franchi le seuil de 1,5 % en 2009, pour se fixer à 6,1 % en 2010 et à 6,7 % en 2011.
Les échanges extérieurs de Maurice sont continuellement déficitaires depuis 2004. Le solde de la balance commerciale s’est détérioré de Rs 3,8 milliards en 2010, à - Rs 24,7 milliards. La balance des paiements est excédentaire de Rs 6,2 milliards en 2010, en baisse cependant par rapport à 2009 (Rs 12 milliards). Il convient de rappeler que la balance des paiements est excédentaire en raison des rentrées supérieures de capitaux financiers à Maurice.
Avec la crise de l’euro, les recettes chuteront dramatiquement. En dépit des récentes mesures prises par le gouvernement, les secteurs qui continueront à être affectés sont le textile et le tourisme — deux importants piliers de l’économie. Un des rares moyens dont dispose l’État pour améliorer les recettes serait la majoration du taux de la TVA et l’élargissement de son assiette pour renflouer la caisse d’autant plus que le gouvernement a commencé à mettre en oeuvre les nouvelles prestations sociales et autres promesses annoncées dans son manifeste électoral. Mais dans le contexte politique actuel, une telle décision serait suicidaire pour le gouvernement.
C’est contre cette toile de fond peu brillante que Xavier-Luc Duval sera appelé à présenter son premier budget. Un budget qui doit, entre autres, inclure des mesures qui jetteront les bases de nouveaux projets contenus dans le discours programme, y compris celui de transformer le pays en une ‘dutyfree island’, si toutefois le gouvernement y tient encore, malgré le départ du MSM de l’Alliance de l’avenir. Assurément, le ministre des Finances a une tâche monumentale qui l’attend dans la mesure où il doit se livrer à un double exercice. Premièrement, de pouvoir ficeler son budget tout en tenant compte des propositions et aspirations qui sont formulées durant ses consultations avec les différents partenaires économiques et la société civile tout en prenant en ligne de compte la fine marge de manœuvre dont il dispose.
Deuxièmement, il lui incombera de s’atteler prioritairement à une autre double tâche qui, à long terme, devrait servir d’axe central pour la deuxième phase du développement socio-économique du pays. Il s’agit de poursuivre sans relâche le programme d’éradication de la pauvreté et d’accélérer le processus de démocratisation de l’économie. C’est autour de cette double action que viendra se greffer le nouveau mode de développement prôné par le gouvernement.
Xavier-Luc Duval qui, pendant 14 mois, a été à la tête du ministère de l’Intégration sociale, s’est sans doute rendu à l’évidence que la pauvreté est un problème réel qui risque de prendre des proportions alarmantes si d’importantes mesures ne sont pas mises à exécution.
La démocratisation de l’économie vise à rendre les leviers économiques accessibles à la population, à permettre un développement économique soutenu axé sur la justice sociale et une meilleure qualité de vie des citoyens.
L’objectif de cette démarche constitue à distribuer une part équitable de la richesse nationale, à travers une gestion rationnelle des terres qui permettrait la construction d’infrastructures publiques, d’offrir des logements décents aux plus démunis de la société et d’ouvrir l’actionnariat des compagnies productrices d’électricité aux citoyens.
Avant de finaliser son discours, Xavier-Luc Duval a intérêt à faire un audit afin d’établir si les bases ont vraiment été jetées pour que l’objectif de démocratiser l’économie soit atteint en termes réels. Comme dit l’Anglais, the proof of the pudding is in the eating…
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