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Editorial: Syndromes suicidaires ?

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Les grandes manœuvres sont déjà enclenchées pour un remodelage des contours du paysage politique. Les trois principaux partis politiques – le Parti travailliste, le MMM et le MSM sont sur le pied de guerre pour un repositionnement en marge des prochaines législatives – anticipées ou à terme.

Après le flou qui a persisté ces derniers temps, le paysage politique commence par devenir de plus en plus limpide. On dirait aussi limpide que l'eau du ruisseau qui coule dans les jardins du Réduit.

Le peu de doute qui subsistait par rapport au choix de sir Anerood Jugnauth s'est maintenant dissipé. Manifestement, il contemple de troquer son vénérable blason de commandant-en-chef d'une nation tout entière contre un minable écu avec l'unique dessein de défendre des intérêts claniques.

Le président de la République ne pouvait trouver plateforme et auditoire mieux convoités que le lancement officiel des festivités marquant la fête  de Divali à la Hindu House dimanche dernier. Son intervention en présence du Premier ministre à l'effet que "le pays va à la dérive, qu'on fonce vers le précipice et que les patriotes doivent réagir pour sauver la nation" constitue effectivement une déclaration de guerre directe contre le gouvernement de Navin Ramgoolam.

C'est sa seconde sortie hostile contre le gouvernement de Navin Ramgoolam depuis que son fils Pravind a été interpellé par l'Independent Commission against Corruption (Icac) il y a quelques semaines. On se souvient de l'attaque frontale de sir Anerood contre le Premier ministre sur la question de l'ordre et la paix publique et contre l'Icac en dépit du fait que les statistiques prouvent que le taux de criminalité a baissé sensiblement par rapport aux années précédentes. D'aucuns estiment que ce ne sont que les premières salves d'un lourd arsenal de missiles que sir Anerood compte lancer contre Navin Ramgoolam parce que ce dernier s'est obstinément refusé à intervenir auprès des institutions indépendantes afin que son fils Pravind soit épargné de toute inculpation dans l'affaire Medpoint.

On ne sait sur quels paramètres sir Anerood s'est basé pour décider que le pays va à la dérive et au bord de quel précipice se trouve le pays qui, dans un contexte économique mondial aussi précaire, est en passe de réaliser un taux de croissance supérieur à 4 %, un taux de chômage inférieur à 8 % et des revenus par tête d'habitant de $ 8 700, soit environ Rs 252 500.

Il convient aussi de se demander si sir Anerood aurait tenu de tels propos si son fils Pravind était encore dans les rangs du gouvernement. De toute manière, il lui serait difficile d'illustrer concrètement comment en l’espace de quelques semaines, depuis que son fils a quitté le gouvernement, il y a eu la détérioration qu’il avance et que le pays a subi ces derniers temps en matière de l'ordre et la paix publique jusqu'au point où il se trouverait au bord du gouffre.

Jusqu'ici, sir Anerood a été perçu comme quelqu'un de sensé et doté d'une perspicacité hors pair. Il est connu pour sa contribution remarquable dans les années 80 à faire de Maurice un pays économiquement solide. D'où son surnom de père du miracle économique de Maurice. Mais ses déclarations intempestives et farfelues de ces derniers temps ont le potentiel d'anéantir à coup sûr cette glorieuse réputation qu'il a bâtie au fil des années et risquent par la même occasion de le reléguer aux confins de l'histoire comme quelqu'un qui n'aurait pas su faire la différence entre ses nobles responsabilités à la tête de l'Etat et ses obligations relevant de l'arrière-cuisine d'une certaine dynastie. Il doit savoir que le jugement du peuple admirable qu'il a côtoyé pendant des décennies pourrait être atrocement implacable. A cet effet, sa pénible traversée du désert de 1995 à 2000 après 13 années consécutives de gloire a dû lui servir de leçon qu'il ne sera peut-être pas prêt à oublier.

Ce peuple admirable n'est pas aussi imbécile que certains politiciens ont cette fâcheuse tendance de croire. Il peut lire le scénario qui semble se tramer dans les sombres coulisses du Réduit. Il sait que sir Anerood, qui a déjà franchi le Rubicon, attend le moment opportun pour créer son action d'éclat à travers une démission qu'il estime être suffisamment fracassante pour fournir le poids dont son fils a si cruellement besoin dans le but de rééditer le plus rapidement possible l'accord Medpoint de 2000 avec le MMM.

A en croire Paul Bérenger c'est une tâche vraisemblablement titanesque. Il s'agit de trouver des formules magiques pour transformer ces "années lumière qui séparent le MMM du MSM" en une 'winning formula' à la manière des Israéliens. C'est ce que ces deux protagonistes chercheront sans doute à inventer lors de leur rencontre ce vendredi au Réduit. Mais toujours est-il qu'il y a de forts doutes que cette 'winning formula' sera acceptée de nouveau par l'électorat. Néanmoins, deux scénarios sont envisageables.

Premièrement, sir Anerood décide, dans l'éventualité d'une telle alliance, de se porter candidat au poste de Premier ministre pour les premiers deux ou trois ans et Paul Bérenger pour le reste du mandat avec un accord tacite qu'il ne serait qu'un “rubber stamp” laissant le champ libre à son “Prime Minister-in waiting” comme ce fut le cas entre 2000 et 2003.

A première vue, il ne peut y avoir de proposition plus alléchante pour Paul Bérenger. Mais le leader du MMM sait que, pour des raisons évidentes,  les probabilités que l'électorat avale cette proposition sont très minces, sinon inexistantes. Il aura à se livrer à une rude et, sans doute, une vaine bataille électorale pour convaincre la population quant à un semblant de sincérité de cet artifice.

Deuxièmement, sir Anerood remue terre et ciel et arrive à forcer le MMM d'accepter Pravind Jugnauth comme Premier ministre pour les deux premières années du mandat. Assurément il ne peut y avoir de moyen plus efficace pour provoquer l'antagonisme de l'électorat mauve qui s'est démobilisé davantage depuis que le MSM cherche désespérément à se rapprocher du MMM.

On peut accuser Paul Bérenger d'être un piètre stratège. De là à dire qu'il est animé de syndromes suicidaires, c'est pousser le bouchon trop loin…



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