Editorial: Quel budget social démocrate ?
Le ministre des Finances Xavier-Luc Duval met les bouchées doubles afin de boucler dans le peu de temps qu'il lui reste son premier budget en sa qualité de Grand argentier et le deuxième pour ce présent mandat. Dans la mesure où il est appelé à procéder, dans un contexte économique mondial extrêmement difficile et une situation politique locale peu enviable, il convient de proposer quelques réflexions et de revenir sur quelques questions fondamentales de notre système économique.
L'économie mauricienne a traditionnellement été inspirée par un socialisme basé sur les valeurs et les principes de la société fabienne, tout comme ce fut le cas pour la plupart des anciennes colonies britanniques. Un des principaux axes de ce modèle de socialisme est précisément l'introduction d'une forte dose de subventions et d'assistances sociales indistinctement à tous les citoyens.Il n'y a aucun doute que c'est grâce à ce système économique que le pays, alors nouvellement indépendant, a pu permettre à la population de bénéficier des fruits de la liberté et de son nouveau statut souverain. Ce type de socialisme a incontestablement fait ses preuves non seulement sur le plan économique mais surtout sur le plan social et politique. Si Maurice, contrairement aux autres États africains et asiatiques, a pu préserver la démocratie, maintenir la stabilité politique et garder la tête hors de l'eau à un moment où le monde traversait des moments de graves incertitudes, c'est justement en raison de cette conviction socialiste.
Mais vu l'environnement international ponctué par des crises économiques les unes plus graves que les autres, il convient de se demander dans quelles mesures l'État peut continuer à pratiquer ce modèle de socialisme sans pour autant mettre en péril son économie à long terme. Jusqu'à quand, par exemple, le pays, avec son tableau de bord économique peu brillant, pourra-t-il soutenir des prestations sociales et de généreuses subventions universelles ?
Selon les dernières indications, la dette publique se situe autour de 56 % du PIB. Les dernières estimations indiquent qu'elle risque de passer au-dessus de la barre critique de 60 %, comme établie par des institutions internationales tel le Fonds monétaire international.
La croissance prévue de +4 % sera difficilement réalisable en raison des facteurs exogènes. Le déficit budgétaire quant à lui tournerait autour de 4,4 %. Il existe très peu, sinon aucune indication que la situation s'améliorera dans les années qui viennent. Pourtant, l'État continue à faire preuve de largesse vis-à-vis de ceux qui n'en ont pas besoin.
Serait-il insensé de proposer l'abolition des subsides tels qu'ils sont accordés actuellement à l'ensemble de la population indistinctement des considérations socioéconomiques, sachant que ce sont les riches qui en bénéficient au détriment de ceux qui les méritent le plus ? Et si, alternativement, on introduisait une formule qui serait la plus rapprochée du concept de l''income support' aux citoyens défavorisés qui ont besoin d'une assistance bien plus soutenue de l'État ?
C'est un fait qu'avec des revenus par tête d'habitant tournant autour de 9 500 dollars, pas moins de 75 % des subsides sur le gaz ménager vont aux familles qui peuvent se passer d'un tel apport financier. Est-il normal, par exemple, qu'une famille percevant des revenus de Rs 50 000 et plus bénéficie des mêmes subventions qu'une famille touchant moins de Rs 15 000 ? De quelle justice sociale parle-t-on ?
Il convient de rappeler que la subvention sur le riz, la farine, le gaz ménager et le transport gratuit destiné aux étudiants et aux membres du troisième âge, indistinctement de leur situation économique, bouffe environ Rs 2 milliards annuellement.
N'est-il pas impérieux de revoir la formule de l'État providence dans un contexte économique actuel ? Cette question est malheureusement devenue taboue. A chaque fois qu'elle est évoquée, elle génère des passions les plus profondes paralysant ainsi toute démarche vers le rationnel. On se souvient encore de la déclaration de cet ancien Premier ministre, aujourd'hui président de la République, à l'effet que le "riz ration" qui bénéficiait de lourds subsides de l'État était destiné essentiellement comme nourriture pour chiens. Déclaration, certes, maladroite dans la manière dont elle avait été formulée mais combien vraie dans le fond. Ce serait faire preuve d'hypocrisie et de malhonnêteté de ne pas reconnaître que la majorité des bénéficiaires du "riz ration" fortement subventionné sont les animaux, essentiellement des chiens appartenant aux propriétaires aisés qui ont le moyen de payer cette denrée à un prix non subventionné.
Sous ce même chapitre, il faut se demander si le principe de pension de vieillesse universelle tient encore la route. Doit-on continuer à offrir cette prestation à ceux qui touchent plusieurs dizaines sinon des centaines de milliers de roupies soit comme salaires/honoraires/rétributions, soit comme pension de retraite, intérêts bancaires ou autres rentes ? Alors que ceux qui n'ont même pas de quoi manger se voient dans l'obligation de se fier uniquement à la maigre pension que leur accorde l'État. Ne serait-il pas juste d'abolir la pension de vieillesse pour ceux qui en ont les moyens et d'accorder une somme bien plus importante à ceux au bas de l'échelle ?
Dans le contexte d'un environnement économique mondial réfractaire aux prestations sociales trop généreuses, il serait de plus en plus difficile pour Maurice de résister aux pressions des institutions internationales pour une rationalisation de son État providence.
Mais aura-t-on le courage de lancer un débat sur cette question ?
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