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Editorial: Quelle combativité ?

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Maintenant que le PM est rentré au pays, on s’attend qu'il retrousse sans tarder ses manches pour prendre le taureau par les cornes.

C’est pour la première fois depuis son accession au pouvoir en 2005 que Navin Ramgoolam se trouve confronté à une situation aussi complexe qui risque de mettre en balance son image de leader national s’il n’arrive pas à gérer les multiples problèmes qui ont surgi ces derniers temps.

Maintenant qu’il est rentré au pays, on s’attend qu'il retrousse sans tarder ses manches pour prendre le taureau par les cornes afin d’assainir l’atmosphère malsaine qui prévaut depuis un certain temps dans le pays avant qu’elle ne débouche sur une situation de non retour. Il doit tout faire pour rendre à la population la sérénité qu’elle a connue depuis 2005. Le temps presse. Il ne lui reste que très peu de temps pour réaffirmer son leadership tant au niveau de ses ouailles qu’au niveau national.

D’abord, il faut qu’il donne la ferme assurance à la population qu’après la dissidence du MSM son gouvernement demeure non seulement stable mais qu’il ira jusqu’au bout de son mandat. A ce jour, la campagne féroce de l’opposition sur le terrain et les tractations de la PPS Kalyanee Juggoo aidant, c’est le contraire qui est perçu par le public. Ainsi le pays vit depuis ces dernières semaines une atmosphère de campagne électorale dans l’attente des législatives anticipées comme promises par Paul Bérenger. Ce, en dépit du fait qu’avant son départ pour le sommet des Nations unies le Premier ministre avait catégoriquement affirmé que des élections générales anticipées n'étaient pas d’actualité.

A à peine trois semaines de la rentrée parlementaire, c’est précisément à ce niveau que Navin Ramgoolam doit agir prioritairement. Il lui faut impérativement galvaniser ses troupes et obtenir une garantie à toute épreuve de l’allégeance inconditionnelle de tous ses députés indistinctement. Aussi longtemps que la population n’est pas convaincue de la stabilité sans faille de ce gouvernement, l’incertitude perdurera de plus belle. Cette incertitude est manifestement un lourd boulet qui freinera à coup sûr toutes démarches qui visent à combattre les problèmes externes.

Que ce soit sur le terrain ou à l’Assemblée nationale, le Premier ministre aura à faire face à la lourde artillerie d’une opposition remontée à bloc, qui ne lésinera pas à nuire au bon fonctionnement de l’appareil gouvernemental. Le MMM, requinqué par une alliance tacite avec le MSM, se trouve aujourd’hui dans une position de force exceptionnelle. Des bourdes telles les déclarations du PPS Dhiraj Khamajeet sur la Public Service Commission ainsi que l’odeur de scandale qui se dégage notamment du contrat Betamax, de la vente des terres de l’État de Rose Belle Sugar Estate, des nominations apparemment irrégulières au Tobacco Board et à la Smeda offrent volontiers de solides munitions à l’opposition et risquent de reléguer Medpoint, qualifié de "scandale du siècle" par Paul Bérenger, à un plan inférieur. Il convient ainsi à Navin Ramgoolam de se démener pour éclairer l’opinion publique sur toutes ces sombres affaires. Il va sans dire que la transparence devrait en être le maître mot.

La tâche la plus ardue du Premier ministre, cependant, est de neutraliser les manipulations systématiques de l’opinion publique par Paul Bérenger et Pravind Jugnauth durant ces dix derniers jours par rapport aux institutions indépendantes de la République. Dans le sillage de son inculpation dans l’affaire Medpoint, le leader du MSM, de concert avec son homologue du MMM, remue ciel et terre pour faire croire que des institutions telles l’exécutif, l’Icac, la police et, en des termes à peine voilés, le DPP et le judiciaire sont politiquement contrôlées par Navin Ramgoolam.

Il n’y a pas de pire situation pour un État de droit que lorsqu’on tente de saper la confiance de la population dans les institutions indépendantes. En cette matière il faut reconnaître que Paul Bérenger et Pravind Jugnauth sont devenus maîtres. Ils adoptent invariablement la même technique de Goebbels : répéter constamment le même mensonge avec la même conviction et le peuple finira par y croire fermement. Il y a des indications concrètes que bien des gens ont effectivement commencé à croire que ces institutions indépendantes se sont transformées en des instruments de répression pour ce gouvernement. C’est une situation extrêmement grave et il incombe au Premier ministre de la dissiper sans l’ombre d’un doute avant qu’elle ne devienne ingérable.

Enfin, il est plus qu’évident, après la sortie publique intempestive du président de la République et son attaque frontale contre le Premier ministre sur la question de l’ordre et de la paix publique la semaine dernière, que les rapports entre sir Anerood Jugnauth et Navin Ramgoolam ont pris un sale coup. Dès lors, il faut s’attendre à des tiraillements au plus haut niveau de l’État. Le Premier ministre aura à démontrer des talents de fin équilibriste afin de pouvoir gérer un président qui sera de plus en plus belligérant en raison de l’inculpation de son fils Pravind par l’Icac dans l’affaire Medpoint.

Navin Ramgoolam aura-t-il la combativité nécessaire pour renverser la vapeur qui, chaque jour, se condense davantage ? Seul le temps nous le dira.



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