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Editorial: Dangereuse dépendance

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Lors de l’assemblée générale de la Chambre d’Agriculture, mercredi, le président sortant Thierry Merven a sonné l’alarme sur la situation critique de la production alimentaire locale qui stagne dangereusement.

Force est de constater que dans un contexte de crise alimentaire mondiale, dont la première mise en garde remonte à 2008, nous n’avons pas, comme une nation responsable, pris les dispositions nécessaires pour assurer une autosuffisance des aliments dont nous avons le savoir-faire, les moyens ainsi que les conditions topologiques et climatiques nécessaires pour en produire.

Pratiquement trois ans après les premières salves annonciatrices de cette crise alimentaire, nous sommes encore dépendants de l’importation des denrées rudimentaires tels la pomme de terre, l’oignon et le lait frais. Selon les dernières indications, la récolte de pomme de terre cette année est estimée à 19 000 tonnes alors que la consommation annuelle est à hauteur de 24 000 tonnes, soit un déficit de 5 000 tonnes.

La situation est pire en ce qui concerne l’oignon, avec une dépendance beaucoup plus prononcée sur l’importation. La production est de seulement 6 000 tonnes pour une consommation de 15 000 tonnes. Il est inconcevable qu’un pays tropical avec une tradition agricole de plus de trois siècles n’arrive toujours pas à atteindre l’autosuffisance par rapport à la production de ce bulbe d’utilité si courante mais également indispensable pour la cuisine mauricienne
caractérisée par la multiplicité de ses origines.

Après des décennies d’absence, le lait frais produit localement a commencé à faire son apparition sur les rayons de certains supermarchés. C’est suite à la courageuse initiative et à l’esprit d’entrepreneuriat de SKC Surat, qui s’est lancé à grande échelle dans un secteur pourtant important, mais où d’autres ont été contraints de fermer boutique prématurément. Il convient de souligner que le Surlait de SKC Surat, outre son caractère frais, est indiscutablement le meilleur lait produit sur une base industrielle que le pays ait connu depuis les années 60.

Pour la petite (et triste) histoire, les responsables du département de l’Agriculture avaient introduit bien avant l’indépendance une première unité de pasteurisation. Le produit, de très bonne qualité, était commercialisé à travers l’île sous le label de ‘Purlait’. Mais pour des raisons obscures, cette unité, les sachets de ‘Purlait’ avec, avaient disparu comme par enchantement.

Il a fallu attendre plusieurs dizaines d’années pour que l’Office du marché (l’Agricultural Marketing Board) prenne la relève. Pour les centaines de petits producteurs de lait, cela constituait une lueur d’espoir dans la mesure où ils avaient un marché garanti alors que pour les consommateurs c’était une aubaine qui leur permettait un approvisionnement en lait frais, presque à portée de main. Mais voilà que l’Office du marché décide de mettre soudainement un terme à la commercialisation de lait. Du jour au lendemain ces petits éleveurs s’étaient retrouvés avec des bidons de lait fermenté. Ils étaient contraints d’abandonner à jamais leurs cheptels.

Hormis quelques mesures disparates, le ministère de l’Agro-industrie, pour des raisons qu’on ignore encore, ne s’est jamais intéressé au sort de ces éleveurs généralement connus pour leur docilité. A titre d’exemple aucun plan n’a été introduit pour s’assurer une fourniture de fourrage, élément vital pour la survie de ce secteur. On se souvient encore de ces braves dames qui parcouraient plusieurs kilomètres, des bottes d’herbe sur la tête alors que d’autres escaladaient les collines pour trouver de quoi nourrir leurs vaches. Il n’est guère étonnant que la génération suivante a systématiquement refusé de prendre la relève. En raison d’un manque de vision de la part des gouvernements qui se sont succédé, cet important secteur a failli être voué à l’échec, n’était-ce la détermination des sociétés telles que SKC Surat.

Entre un litre de lait frais produit localement offert autour de Rs 40 et une brique de l’UHT importée de l’Ukraine, de l’Argentine où de l’Egypte à un prix bien plus inférieur, le choix du consommateur serait naturellement fort simple, de surcroît dans le contexte d’une érosion de son pouvoir d’achat. Dans un tel cas, sans pour autant jouer aux  prophètes de malheur, on peut déjà  prévoir un retour à la case départ, de funeste mémoire, un ‘Purlait’ bis.

C’est pour cette raison que, une fois la commercialisation du lait frais étendue sur toute l’île et l’autosuffisance assurée, il est important que l’Etat revoie sa politique d’importation de lait liquide afin d’assurer la compétitivité, et éventuellement la survie des producteurs locaux.

C’est absolument incompréhensible comment, en dépit de la disponibilité des verts pâturages, le pays dont l’économie a été axée sur l’agriculture n’ait pu développer une industrie laitière et de ce fait a toujours été dans l’obligation de dépendre sur l’importation pour sa consommation en produits laitiers, y compris le lait. Pourtant, il existe un marché de l’ordre de 125 millions de litres de lait frais annuellement.

La dernière facture d’importation de produits laitiers s’élevait à plus de Rs 3 milliards pour un volume de consommation de 23 000 tonnes, dont 17 500 tonnes représentant  Rs 2,7 milliards que pour le lait (liquide et en poudre). Selon les estimations officielles, la consommation annuelle par tête d’habitant serait de l’ordre de 160 litres. Ce qui représente une consommation totale de 216 millions de litres.

Cela fait plusieurs années déjà que le ministère de l’Agro-industrie a institué un plan stratégique, le ‘Strategic Options in Crops and Livestock Sector 2007-2015’ pour rationaliser ce secteur afin d’assurer une gestion plus efficace des ressources agricoles.

On ne sait pas ce qu’il est advenu de ce plan.

Faut-il attendre que la crise nous frappe de plein fouet pour vraiment prendre les choses aux sérieux ?



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