Editorial: Education - quelle finalité ?
Le ministre de l'Education Vasant Bunwaree a annoncé d'une manière assez sommaire, mercredi, lors d'une cérémonie au collège du Saint Esprit, que son ministère contemple “sérieusement” l'introduction d'un “HSC professionnel” qui s’occupera “des stages en entreprises et du service social formatif”.
Si cette proposition est mise en pratique elle aura le potentiel d'apporter un changement fondamental tant attendu dans notre système d'éducation car elle ambitionne de revoir le concept de base des examens terminaux du cycle secondaire. Si on a bien saisi les propos du ministre, cette proposition vise à introduire une forme d'examen qui serait presque l'équivalent du baccalauréat international (l'International Baccalaureate). Cependant, il est quelque peu surprenant que la déclaration de Vasant Bunwaree à cet effet, pourtant si importante, a été trop succincte et dépourvue de toute forme d'élaboration.Nous avions plusieurs fois soutenu, dans cette même rubrique, que le mal fondamental réside dans le fait qu'on s'est borné à maintenir tant dans la forme que dans le fond un système d'éducation introduit par le pouvoir colonial qui a, certes, fait ses preuves dans le passé, mais qui, aujourd'hui, est désuet. L'épineux problème de compétition malsaine et, accessoirement, les pénibles leçons particulières, sont tributaires de ce système colonial.
Il s'agit d'introduire des solutions radicales, dont la mise au placard du présent système et l'introduction d'un autre qui a fait ses preuves non seulement ailleurs dans le monde mais aussi dans certains de nos établissements privés. A cet égard, le système de baccalauréat en remplacement du traditionnel Cambridge Higher School Certificate (HSC) est une solution, certes à long terme, mais qui mettrait un frein définitif à cette 'rat race' qui frise le criminel.
La question qui devrait interpeller tout citoyen raisonnable qui a à cœur l'intérêt de ses enfants et du pays est ceci : le système d'examen actuel offre-t-il la garantie d'une éducation de qualité qui permet à tous les étudiants mauriciens, indépendamment de leurs classes socio-économiques, de se mettre au diapason avec la compétition sur le plan planétaire si indispensable pour la survie même de notre société à long terme ?
Soyons réalistes et honnêtes. Comment se compare un élève mauricien moyen au niveau du School Certificate (SC) ou du HSC à son homologue singapourien, malaisien ou indien ? La différence est si frappante qu'on oserait à peine en faire la comparaison.
Pendant trop longtemps on s'est enorgueilli d'un taux d'alphabétisation dépassant les 95 % sans qu'on se rende compte du fait que depuis belle lurette, le sens même de ce terme a subi un changement fondamental en raison du passage à l'ère de l'informatique. Nous sommes en réalité bien en position de lanterne rouge par rapport à la nouvelle définition de l'alphabétisme.
Pourtant Maurice est un des rares, sinon l'unique pays au monde, où l'Etat offre la scolarité et le transport gratuits à tous les étudiants indistinctement de leurs classes économiques. Mais à quoi servent ces généreuses prestations sociales si la finalité de l'objectif n'est pas atteinte ?
Tout système digne de ce nom doit inéluctablement relever un défi obligatoire. Celui de rendre accessible une éducation de qualité indistinctement à tous ceux en âge de scolarité tout en maintenant une compétition saine et qui permettrait aux moins doués d'émerger, sans pour autant servir de handicap aux plus doués. A ce stade, disons-le haut et fort, tout système qui décourage l'émergence d'une élite est voué, au départ même, à l'échec. Aucune société ne peut évoluer sans une élite.
L'élitisme, malgré ses défauts, est un mal nécessaire dans un environnement mondial malheureusement caractérisé par la survie du plus fort. Il relèverait de la malhonnêteté pure et simple de ne pas reconnaître que le succès de l'île Maurice a été réalisé uniquement grâce aux compétences de ses fils et que ces compétences sont les produits d'une éducation axée sur l'élitisme. Mais afin de rendre ce type d'éducation plus efficient, il est impérieux que le système des examens soit revu tant dans la forme que dans le fond.
On n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi nous devons persister à avoir recours à Cambridge, qui, faut-il le souligner, est avant tout une entreprise commerciale axée essentiellement sur le profit, alors qu'il existe d'autres organismes qui offrent un système d'examen qui est bien plus compatible avec l'exigence de l'enseignement moderne.
On ne peut qu'espérer que la proposition du ministre Bunwaree, si jamais elle est mise à exécution, ne sera pas confrontée à des esprits obscurantistes comme cela a toujours été le cas à chaque décision qui vise à reformer le système.
Il est malheureux que toute démarche qui vise à revoir, ne serait-ce qu'une partie, le système scolaire provoque toujours des passions, souvent irrationnelles et, qui dans bien des cas relèvent de l'hypocrisie. C'était par exemple le cas tout récemment par rapport à la décision du ministre de l'Education de ramener le critère d'admission en HSC de quatre 'credits' en SC à trois.
Certains voyaient dans cette décision une manœuvre bassement politique qui produirait la désastreuse conséquence d'un nivellement par le bas. D'autres encore, qui ne sont guère pédagogues attitrés mais qui, pour beurrer leurs tartines quotidiennes de deux côtés passent leur temps à dispenser des leçons particulières aux élèves les plus doués, trouvaient dans cette décision un sinistre dessein de faire primer la démagogie sur la pédagogie.
Pourtant, sans pour autant léser qui que ce soit, cette mesure offre la possibilité d'une éducation plus poussée à ceux qui ont le potentiel mais qui autrement auraient été laissés en bordure du chemin. Ils sont généralement issus de régions ou de familles défavorisées ou encore sont des 'slow learners' qui émergent lentement mais sûrement. A-t-on le doit moral de persister à leur refuser ce droit en raison d'un critère imposé à l'époque de l'administration coloniale ?
En ce qui concerne les examens du cycle secondaire, souhaitons que le ministre Bunwaree ira jusqu'au bout dans sa démarche de trouver une meilleure alternative.
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