Editorial: Quelle sauce !
On n’ira pas jusqu’à dire que la montagne a accouché d’une souris. Mais l’action d’éclat promise par le MMM pour la rentrée parlementaire de mardi s’est finalement soldée par un état de “business as usual”. N’était-ce la boutade du Premier ministre à l’égard du Whip Rajesh Bhagwan et la réplique de ce dernier, la séance de la Private Notice Question (PNQ) relative au dossier Medpoint aurait bien pu passer pour une séance bon enfant.
Pourtant, durant plusieurs semaines le MMM, à travers des conférences de presse, des campagnes d’affiches et des rassemblements publics, a mis le plein paquet pour sensibiliser l’opinion publique sur ce que ses dirigeants qualifient de “scandale du siècle”. Ils ont durant tout ce temps promis que la rentrée parlementaire constituerait l’apogée de ces actions car le gouvernement serait contraint de révéler à la Chambre tous les dessous de l’affaire Medpoint.Les arguments avancés par le MMM par l’entremise de son bouillant Whip pour s’enorgueillir du soi-disant coup d’éclat de la PNQ en disent long. Rajesh Bhagwan a choisi les ondes de Radio-Plus le même jour pour faire état du bilan du succès obtenu lors de cette séance : les physionomies apparemment ternes et crispées de ses adversaires, le silence qui régnait dans les travées du gouvernement et la brève altercation entre lui et le Premier ministre. Ni plus ni moins. Cependant, Rajesh Bhagwan s’est gardé de dire comment le gouvernement s’est senti acculé ou encore quelles sont les nouvelles révélations que la PNQ du leader de l’opposition a pu arracher du Premier ministre.
Par ailleurs, on comprend mal la stratégie de Paul Bérenger. D’abord il a tout fait pour s’assurer que le Premier ministre réponde à sa PNQ et qu’en aucune circonstance elle ne doit être dirigée vers la ministre de la Santé. Paul Bérenger sait qu’il est uniquement du ressort du Leader of the House de décider de l’institution d’un comité d’élite et que dans une telle circonstance il ne pourra pas transférer une telle question à un autre ministre. Et comme pour obtenir une double assurance, le leader de l’opposition a non seulement formulé sa question sur l’institution d’un comité d’élite mais il a trouvé l’astuce d’inclure une deuxième partie ayant trait à l’incendie de Belle Terre, c’est-à-dire un dossier qui relève directement du ministre de l’Intérieur qui est également l’attribut du Premier ministre.
Si Paul Bérenger voulait vraiment provoquer une atmosphère électrique dans l’hémicycle, la logique aurait dicté qu’il libelle sa question d’une telle manière que le Premier ministre n’ait d’autre choix que de demander à sa ministre de la Santé d’y répondre. Ce qui aurait permis au leader de l’opposition toute la latitude voulue pour se mettre sur le pied de guerre vis-à-vis du gouvernement, ou tout au moins contre le MSM sur toute la question entourant ce dossier. Allez savoir pourquoi il a opté pour une formule qui, à coup sûr, l’a contraint de troquer ses griffes contre des gants de velours.
Les ultimes ‘kamikazes’ de mardi dernier ayant misérablement raté leurs cibles que lui reste-t-il en réserve pour poursuivre sa guerre contre le gouvernement sur cette question ? Les quelques documents relatifs à l’acquisition de la clinique Medpoint que le MMM a circulés jusqu’ici n’ont rien d’incriminant. D’autres encore qui sortiront des tiroirs de certains fonctionnaires risquent de ne fournir aucun apport substantiel, si ce n’est de confirmer, à l’instar du mémo de la ministre de la Santé aux Finances, que les procédures administratives ont effectivement été suivies.
Les dirigeants du MMM doivent savoir que les Mauriciens ont fort évolué depuis les années 70. Les techniques qui ont fait leurs preuves à cette époque sont aujourd’hui devenues désuètes. Par exemple, à la faveur d’un accès plus facile à l’information et à la connaissance à travers les nouvelles technologies de communication, les méthodes de Goebbels sont révolues depuis belle lurette. Il s’agit pour ce parti de chercher d’autres avenues afin de maintenir sa crédibilité de chien de garde.
Le MMM doit s’efforcer de se mettre au diapason avec l’évolution de l’intelligence citoyenne. Pour ce faire, il est impérieux qu’il se réconcilie avec les réalités du moment. Une de ces réalités est que si on s’obstine à trop tirer sur la même corde elle risque de sauter au visage du tireur.
Par exemple, il convient de s’interroger sur ce qu’il convient d’appeler le ‘double standard’ du MMM en ce qui concerne son attitude relative au patrimoine foncier de la famille Jugnauth par rapport à l’Etat. Voyons certains faits qui semblent avoir échappé à l’attention du MMM. L’immeuble Sun Trust sis à la rue Edith Cavell, Port-Louis, appartient aux Jugnauth. Une fois sa construction terminée, le patriarche du Trust sir Anerood Jugnauth décide de louer ses locaux à l’Etat qu’il dirige lui-même en sa qualité de Premier ministre à un prix commercialement viable.
De 1992 à 1995 le MMM partage le pouvoir avec le MSM et, de ce fait, les ministres des mauves, y compris Paul Bérenger, trouvent non seulement honorable ce contrat entre l’Etat et le Sun Trust mais autorisent surtout les règlements des factures de location en faveur du Sun Trust. Par contre, l’opposition d’alors, le Parti travailliste, juge immorale cette relation propriétaire-locataire. Une fois au pouvoir en décembre 1995, le Parti travailliste décide de résilier ce contrat. L’affaire est portée devant la justice. Le tribunal donne gain de cause aux propriétaires du Sun Trust et somme l’Etat à leur verser Rs 45 millions sous forme de dommages. Entre-temps, le Parti travailliste perd le pouvoir et c’est à Paul Bérenger qu’il incombe de tirer sans broncher ce fameux chèque de Rs 45 millions puisées de l’argent des contribuables et de le remettre avec joie à son partenaire d’alors, le MSM…
Jackpot dites-vous ? Comme quoi, pour le MMM, “what is sauce for the goose is not sauce for the gander”…
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